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La sentinelle du temps : L’HORLOGE

Le mot apparaît au XIVème siècle avec la chose, dont les rouages, pignons et poids font tourner les aiguilles. Des cathédrales, elle gagne les foyers bourgeois au XVIIIème.

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Dès la préhistoire, l’homme a cherché à mesurer le temps pour régler ses activités. Pendant des millénaires, il s’est contenté d’observer la course du soleil. À l’Antiquité, il conçoit des systèmes simples, tels que le Gnomom Résultat de recherche d'images pour "cadran solaire égyptien" ou le cadran solaire utilisant l’ombre portée du soleil et la division, établie par les Égyptiens, du jour et de la nuit en vingt-quatre heures. 

Du savoir au pouvoir, le pas est franchi très tôt par les villes médiévales qui affirment, au beffroi et au fronton de leur hôtel de ville ou au clocher de leur cathédrale, leur mainmise sur les horaires diurnes et nocturnes de leurs habitants. Un contrôle qui se veut aussi enseignement des beautés et mystères de la religion, grâce aux extraordinaires mécanismes d’horlogerie réglant des ballets d’automates, comme à la cathédrale de Strasbourg en 1354, à celles de Lyon et de Bourges ou encore de Besançon Résultat de recherche d'images pour "automate cathédrale de besançon " et de Beauvais, crées aux XIXè siècle. 

Pendant des siècles, seules les institutions civiles et religieuses peuvent se doter de ces merveilles et la vie des campagnes s’écoule au rythme des cloches paroissiales.


Au XVIIe siècle, les inventions géniales de Galiléependule oscillant – concrétisées par Huygens et Coster, sont à l’origine des pendules à balancier, plus précises et plus faciles à régler que les précédentes.

Les premières grandes horloges de parquet, ciselées par Boulle Résultat de recherche d'images pour "horloge de parquet de boulle" et d’autres ébénistes de renom, font leur apparition dans les palais et autres demeures aristocratiques. 

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En 1675, Huygens invente le ressort à spirale qui supprime le balancier. Une véritable révolution qui permet de fabriquer des pendules plus petites et modifie les usages. Louis XVI, passionné d’horlogerie, possède des centaines de pendules dans ses appartement et acquiert, en 1789, une monumentale horloge astronomique de plus de deux mètres de hauteur, Résultat de recherche d'images pour "pendule astronomique de louis xvi"encore plus perfectionnée que la célèbre pendule dite de la «création du monde» réalisée par Louis XV

Au XVIIIe siècle, les pendules de cheminée ou murales s’imposent dans les maisons bourgeoises, mais les campagnes restent fidèles aux horloges de parquet, dont la fameuse comtoise est l’archétype. Résultat de recherche d'images pour "pendule comtoise"Leur haute silhouette droite ou galbée, leur coffre souvent peint de motifs rustiques, leur cadran en cuivre et leur balancier visible derrière une vitre, en font les sentinelles d’un temps qui semble s’écouler moins vite qu’au cadran des cartels de la ville et de la cour. 

L’industrialisation de l’horlogerie au XIXe siècle et la nécessité croissante de contrôler le temps, à une époque où le progrès s’accélère et où l’on invente la productivité du travail, les trains, les avions et les programmes de télévision…accroissent l’exigence de précision et de miniaturisation.

 

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La montre bracelet a mis tout le monde à l’heure après 1950, le quartz et l’atome ont rendu caduques les horloges mécaniques dont on s’émerveillait encore il y a seulement un siècle. Accélération du temps et relativité des choses sont à l’ordre du jour. 

Pas de quoi en faire une pendule ! 

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Jean de La Fontaine, l’auteur de près de 250 fables

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Trois siècles après leur parution, les Fables de La Fontaine continuent d’être récitées par les enfants. Malgré leur apparente puérilité, les Fables laissent deviner les idées de leur auteur, notamment son pessimisme. 

Jean de La Fontaine naît à Château-Thierry (Aisne) le 8 juillet 1621. Son père était maître des Eaux et Forêts et capitaine des Chasses.

Une jeunesse sans soucis.

Après le collège, il entre en 1641 à l’Oratoire, où il mène une vie monacale qui ne l’intéresse pas plus que le travail scolaire. Il quitte l’établissement 18 mois plus tard. En 1649, il décroche un diplôme d’avocat. En 1647, son père le marie à une jeune fille de 14 ans, Marie Héricart. En 1652, il retourne à Château-Thierry et hérite de la charge paternelle de maître des Eaux et Forêts. Ne parvenant pas à exercer cette lourde tâche, il revend la charge. 

Préciosité et Libertinage 

Quand il se rend à Paris, il fréquente les société précieuses et libertines. Sa vocation poétique s’éveille de plus en plus. Il passe de longues heures à lire, traduit l’Eunuque de Térence, compose un poème, Adonis, qu’il offre à Nicolas Fouquet. Au moment de la chute de Fouquet, La Fontaine reste son plus fidèle défenseur. Cette fidélité lui vaut la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même. 

Ses protecteurs : 

Après Fouquet, il devient le protégé de la duchesse d’Orléans. En 1673, Mme de La Sablière le recueille et, après la mort de celle-ci en 1693, Mme d’Hervart. En 1684, il est élu à l’Académie française. Il y retrouve ses amis Boileau, Perrault et Furetière. Malade, il meurt chez ses derniers protecteurs, le couple d’Hervart

La FONTAINE a-t-il inventé la fable ?

Non, la fable est une forme littéraire très ancienne. Après avoir été longtemps oubliée, La Fontaine l’a remise au goût du jour. Avant lui, le fabuliste le plus célèbre est le Grec Ésope, mais aussi de Phèdre, du Moyen Age et du XVIe siècle. Il s’inspire aussi des légendes orientales, et notamment des récits exotiques de l’Indien Pilpay. Comme il le dit lui-même : «Mon imitation n’est point un esclavage,  / Je ne prends que l’idée, et les tours et les lois,/ Que nos maîtres suivaient eux-même autrefois…» Il essaie, en fait, de créer un genre nouveau. Son originalité réside d’abord dans la transposition de la prose en vers. Il se distingue aussi par un effort constant de la variation, afin que le lecteur ne s’ennuie pas.  Autre nouveauté : on ne trouve plus, comme chez Ésope, de sèche moralité à la fin du conte. La Fontaine s’amuse à en varier constamment à la place. Lorsqu’il arrive que celle-ci soit trop claire, il la supprime. Après lui, la fable devient une mode et influence des auteurs comme Perrault, Mme de Villedieu, ou encore Furetière. 

Une comédie animale et humaine. C’est ainsi que La Fontaine définit son recueil.

 

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Le fabuliste explique que ce sont toujours des hommes qui se cachent derrière les animaux : «Ce n’est pas aux hérons que je parle ; écoutez, humains.» Quelque 180 animaux peuplent ses fables. Parmi eux, il y a les puissants et les faibles. Les «Forts» sont souvent des carnivores (le lion, le loup, le renard, le chat…), des rapaces (le vautour, l’aigle…). Les victimes, ou «faibles», sont généralement symbolisées par l’agneau, l’âne ou la souris. Mais tous les personnages n’entrent pas forcément dans l’une de ces catégories. Les animaux utilisant la ruse peuvent parvenir à changer de classe : c’est le cas du renard ou du singe. 

L’Art d’instruire :

Les messages du premier recueil présentent une morale traditionnelle. La Fontaine signale au lecteur les dangers qui le menacent. Il lui propose de se contenter d’un bonheur simple. Il lui conseille de se méfier des autres, d’utiliser la ruse plutôt que la force brutale et, enfin, de ne compter que sur lui-même. Dans le 2ème recueil , il insiste souvent sur l’idée que l’homme est sot, avide et superficiel. Il l’accuse d’ingratitude, de cruauté et de manque de piété envers Dieu. Selon lui, il faut accepter la mort, savoir profiter de l’amitié, chercher la retraite dans la nature et respecter les autres peuples. Le fabuliste affirme aussi des idées politiques. Il défend la monarchie contre la démocratie, à condition que le peuple soit solidaire de son roi. Par ailleurs, la Fontaine est un catholique convaincu. Selon lui, seul Dieu peut guider les hommes. La sagesse passe par un équilibre entre l’âme et le corps. L’homme doit s’accepter tel qu’il est, supprimer ses désirs et ses passions. La Fontaine lui conseille de rester chez lui, de ne pas voyager ni de s’intéresser à la science. La sagesse passe par l’épicurisme : L’homme doit profiter de la vie, de façon modeste, en jouissant des biens que lui offre la nature. 

L’Art de divertir :

La Fontaine n’est pas un donneur de leçons. D’ailleurs, il sait ridiculiser les beaux discours, à l’image de celui du Pédant faisant la morale à l’Enfant qui se noie. Pour ne pas ennuyer le lecteur, il a recours au comique. La confusion qui règne entre le monde animal, humain, minéral, végétal et mythologique complique les récits. Mais elle permet surtout de jouer sur les mots et les situations. La Fontaine utilise la moquerie et la satire pour attaquer les vices. Le comique de description passe par la caricature. Celle du renard «Serrant la queue, et portant bas l’oreille» ou encore celle du Héron «au long bec emmanché d’un long cou». Les exemples de comique de geste sont également nombreux [L’Âne «se vautrant, grattant, et frottant»]. Enfin, l’auteur utilise aussi le comique de caractère pour grossir le défaut d’un personnage : La légèreté de la Cigale et l’avarice de la Fourmi, l’hypocrisie du Renard et la vanité du Corbeau. 

Son mot d’ordre : Plaire «On ne considère en France que ce qui plaît ; c’est la grande règle et pour ainsi dire la seule». Disait-il dans sa préface.  

Bien sûr, c’est la manière de dire les choses qui les rend légères ou sérieuses. La Fontaine joue sur le décalage. La fable est traditionnellement un genre qui s’adresse aux enfants. Or il est évident que La Fontaine a écrit cela pour les adultes. Les Fables de La Fontaine sont d’une richesse inépuisable. Mais elles sont également un texte difficile, pour les enfants comme pour les adultes.  Le langage de La Fontaine est en voie d’archaïsme. Il fait des allusions au langage savant. Son style est très allusif car il a souvent recours à l’ellipse. Tout cela fait que les Fables ne sont pas compréhensibles facilement. 

 

Par exemple : 

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Un loup affamé et affaibli rencontre un chien gras, beau et puissant. Le loup fait des compliments au chien qu’il admire, et celui-ci lui dit que si il veut être aussi bien soigné que lui, il n’a qu’à le suivre, et obéir à son Maître. Mais la contrepartie de ces soins est que le chien est attaché et qu’il est au service son Maître, justement. Le loup lui répond qu’il préfère être affamé mais libre, que bien nourri et asservi.

La morale de cette histoire est que la liberté n’a pas de prix. Il vaut mieux être libre mais affamé, que bien nourri mais attaché.

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LE CHOCOLAT, un guérisseur universel

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Cet «aliment des dieux», découvert par les conquistadors, fait son apparition en France dans la seconde moitié du XVIIème siècle, grâce à l’épouse espagnole de Louis XIV. On le boit avec du lait et parfois des oeufs.

Originaire de l’actuel Mexique, la fève de cacao est consommée depuis plus de trois mille ans.

Pour les Olmèques, les Mayas et les Aztèques, c’est un «aliment des dieux», mais aussi une monnaie d’échange.

On ignore si Christophe Colomb a goûté à cette boisson nourrissante, amère, que les élites aztèques servent dans des tasses d’or, en fin de repas, avec les tubes à fumer le tabac. Ils l’additionnent de piment, de vanille, de fleur de magnolia …Séduits, les colons espagnols se convertissent très vite à la coutume de boire du chocolate, mais ils le préfèrent chaud et avec du sucre.

En provenance de Veracruz, les premières fèves arrivent officiellement à Séville en 1585. Cinquante ans plus tard, nul ne saurait se passer de chocolat à la cour d’Espagne. Il devient la boisson nationale, du moins pour les riches. Dès qu’un hôte passe le seuil de la porte, on lui offre une tasse de chocolat qu’il serait fort impoli de refuser… Il est mélangé avec du piment, de la poudre de rose, de la cannelle, de la vanille, des amandes, de l’ambre, du musc…Tout comme les Aztèques, les Espagnols le font mousser avant de le boire et lui ajoutent du sucre.

Il est réputé être stomachique, cordial, calmant, aphrodisiaque…Il est censé guérir la goutte, le scorbut et même, pour certains, la vérole …

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Il fait son apparition en France dans la seconde moitié du XVIIe siècle, grâce à ses vertus thérapeutiques et au mariage de Louis XIV avec une infante espagnole.

On dit que le roi réprouvant l’habitude se son épouse de boire du chocolat, Marie-Thérèse est obligée de le faire en catimini.

Quelques années plus tard, inutile de se cacher, toute l’aristocratie en consomme. Ainsi, Madame de Sévigné Résultat de recherche d'images pour "Mme de sévigné chocolat" qui écrit à sa fille : «Vous ne vous portez pas bien, le chocolat vous remettra ». 

En Italie, le chocolat se diffuse à peu près à la même époque. En 1698, des recettes du cuisinier Massialot attestent que les Français le boivent avec du lait et parfois des oeufs pour qu’il mousse mieux. Les Anglais des Antilles y ajoutent du vin de Madère. Le Marquis de Sade Résultat de recherche d'images pour "Marquis de sade" est, sans nul doute, le plus grand «chocolatomane» du XVIIIe siècle. Sa fidèle épouse est chargée de lui faire parvenir, dans les différentes prisons qu’il fréquente, du chocolat bien sur, mais aussi des pastilles vanillées au chocolat ou des biscuits de Savoie glacés, fourrés au chocolat. 

Il faut attendre 1828 et l’invention par Van Houten de la poudre de cacao pour que le chocolat devienne accessible à presque tous.

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La première tablette industrielle voit le jour à Bristol, en 1847. On doit le chocolat au lait à Daniel Peter qui a l’idée, en 1875, d’ajouter au beurre de cacao du lait en poudre inventé par Henri Nestlé, quelques années auparavant. 

Aujourd’hui, les véritables amateurs se tournent vers des entreprises artisanales qui reprennent certaines règles établies au XVIIe et XVIIIe siècles, et, surtout qui «n’oublient» pas de mettre du chocolat dans leurs tablettes ! 

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La dangereuse percée de la pensée complotiste

De quoi parle-t-on quand on parle de «COMPLOT»

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Quand on cherche à nuire, il est plus facile et plus efficace de le faire en équipe et secrètement. C’est le principe du complot, nommé aussi «conspiration» (parfois, on dit que la conspiration implique plus de personnes, qu’elle est plus élaborée, mais toutes les définitions ne sont pas unanimes et, en français, les deux mots sont la plupart du temps présentés comme des synonymes, tandis que dans le monde anglo-saxon, seul le terme conspiracy a été conservé). 

On complote quand on a l’intention de nuire à une personne, un groupe de personnes, un pouvoir en place ou un pays entier, dans le but d’obtenir un avantage ou de tourner une situation en sa faveur. Pour pouvoir parler de «complot», il faut aussi que le projet soit tenu secret. Le nombre de participants peut varier, mais il faut obligatoirement plusieurs personnes pour fomenter un complot ; seul c’est impossible. Quant au méthodes, elles sont variables : on peut manipuler des situations, falsifier des documents, avoir recours à l’assassinat ou à l’enlèvement. Un complot implique souvent la manipulation et le contrôle de l’information, ne serait-ce que pour maintenir le projet secret, mais parfois aussi pour influer sur l’opinion publique. 

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On trouve dans l’histoire un certain nombre de complots célèbres, comme celui de la dépêche d’Ems. En 1870, la France redoutait la puissance prussienne. Le trône d’Espagne était vacant, et le candidat le plus probable était un prince allemand. Les Français demandèrent diplomatiquement le retrait de ce candidat, ce qu’ils obtinrent. La situation semblait donc aller vers l’apaisement, mais Bismarck, chancelier de Prusse, et quelques uns de ses sbires, déformèrent légèrement la dépêche (provenant de la ville d’Ems) qui confirmait ce retrait. Le ton, plus sec, donna aux Français une impression de provocation de la part des Prussiens. L’intérêt de Bismarck était de créer un conflit, ce qui fonctionna parfaitement : la France déclara la guerre à la Prusse, et la perdit. Cette anecdote véridique est un bel exemple de complot réussi, par simple manipulation d’un document. 

La cabale est un autre type de complot qui vise plutôt à détruire la réputation d’un individu.

On parle aussi de «machination». Dans le passé, des cabales ont par exemple été lancées contre des pièces de Molière (considérées comme offensantes par certains petits groupes) afin d’empêcher leur succès. Mais c’est peu fréquent aujourd’hui. Lors de l’affaire DSK, certains se sont empressés de parler de «cabale» ; les accusations d’agression sexuelle portées contre D.Strauss-Kahn étaient selon eux une machination destinée à le discréditer pour l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2012. DSK l’a lui-même suggéré dans une interview télévisée, mais comme il a par ailleurs choisi d’éviter un procès en dédommageant financièrement la plaignante, il est impossible de connaître le fin mot de l’histoire. Même si nous le devinons facilement, au vu des accusations portées contre lui ensuite.

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Complot, conspiration, cabale et machination reposent sur le secret. Paradoxalement, ils sont toujours véhiculés par la rumeur. La rumeur est invérifiable, on ne connaît pas son origine (elle peut d’ailleurs en avoir plusieurs, plus ou moins simultanées), elle peut être partiellement vraie ou entièrement fausse. 

Et le méga-complot, ça existe ?


De nos jours, on entend souvent parler d’un «nouvel ordre mondial». Cette expression très vague est en général utilisée pour désigner la mise en oeuvre d’un complot planétaire.

Elle a une origine : le titre d’un livre d’H.G.WELLS publié en 1940, The New World Order, où l’auteur évoque la possibilité d’un gouvernement mondial unique et l’établissement d’une liste de droits que tous les humains devraient posséder. Plus récemment, c’est George Bush père qui dans un discours au Congrès en 1990 a parlé d’un «nouvel ordre mondial (…) une nouvelle ère, moins menacée par la terreur».  Son souhait était de décrire une inflexion dans la diplomatie américaine et les relations internationales. Pourtant, l’expression a aujourd’hui une connotation beaucoup plus large et parfois très éloignée de son origine. Selon certains, le nouvel ordre mondial existe déjà car le petit groupe qui dirige le monde en secret a atteint son objectif ; selon d’autres, cela ne saurait tarder. En tous les cas, c’est dans cette grille de lecture univoque que l’on trouve le plus haut degré d’irrationalité. 

On peut distinguer les théories du complot, c’est-à-dire le fait d’expliquer un événement que l’on ne comprend pas par d’hypothétiques complots, de l’expression au singulier, qui englobe tous les événements pour supposer qu’ils émanent d’un unique complot. On peut alors parler de «conspirationnisme», car l’existence d’un complot d’une telle ampleur n’a jamais été prouvée et paraît à l’heure actuelle parfaitement délirante. 

A quels indices repère-t-on un discours complotiste ?

Plusieurs critères nous permettent de déceler un tel discours. La caractéristique la plus flagrante est sa rapidité d’apparition. Le 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie Hebdo, les premières thèses complotistes apparaissaient l’après-midi même. Ces thèses se propagent de façon virale sur les réseaux sociaux – tout un chacun peut en effet publier un statut Facebook, un Tweet ou un commentaire sans avoir pris le temps de la réflexion. Des followers peu consciencieux prennent ensuite la responsabilité de «partager» ce point de vue, le répercutant ainsi à l’infini. Mais comment faire confiance à une théorie échafaudée sans la moindre preuve, dans les heures qui suivent l’apparition d’un événement ? Outre la rapidité, on remarque dans l’explication complotiste une opposition systématique à la version dite «officielle». Cette opposition se fonde sur l’idée que les journalistes présentent une version préapprouvée par les comploteurs, voire fournie par eux-mêmes, pour tromper le grand public. Ce qui revient à discréditer en bloc tout discours des médias traditionnels.

Parfois, cette opposition est d’une mauvaise foi absolue. De nombreuses hypothèses de type complotiste ont circulé à propos des attentats du 11 Septembre, contestant la version des événements communément acceptée. Mais le soupçon permanent est précisément la marque des complotistes qui se croient plus lucides que les autres, refusant d’être «dupes», comme si les choses n’étaient jamais ce qu’elles semblaient être. Cette forme de scepticisme total est systématique permet clairement de repérer un discours conspirationniste. 

Le paradoxe du discours complotiste

On pourrait s’attendre à ce que les théories du complot se trahissent par leur incohérence. Or, c’est plutôt le contraire: un autre indice permettant de repérer un discours complotiste se trouve justement dans son implacable logique. 

Après l’effondrement des tours jumelles Résultat de recherche d'images pour "tours jumelles 2001" du World Trade Center en 2001, un passeport appartenant à l’un des terroristes a refait surface, intact, sur les décombres. Après l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, la carte d’identité de l’un des suspects a été retrouvée dans une voiture utilisée par les tueurs. Dans les deux cas, la découverte de ces documents offre pour les complotistes la preuve évidente d’une machination : selon eux, elles auraient été placées là intentionnellement pour orienter l’opinion publique et faire accuser des innocents. La personne qui anime le site Conspiracy Watch, s’efforce de dénoncer les théories du complot. Elle  rappelle qu’en 2001, la fameuse découverte du passeport ne s’est pas produite exactement comme les complotistes le disent. Le passeport était bien intact, mais il n’a pas été retrouvé sur un tas de gravats après l’effondrement des tours, il a été ramassé juste avant l’effondrement, par un inspecteur de police, Yuk H.Chin. Aucun tenant de la théorie conspirationniste n’a jamais demandé à lui parler, car cela aurait contredit l’hypothèse du complot. Il aurait fallu alors prendre en compte un autre fait : de nombreux effets personnels appartenant aux passagers avaient été retrouvés intacts également.

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Pour la carte d’identité trouvée après l’attentat contre Charlie Hebdo, on a pu lire sur Facebook dès le jour du drame qu’aucun tueur ne serait bête au point de signer son crime d’une telle façon, quelqu’un avait donc forcément placé là la carte d’identité pour faire porter le chapeau au suspect. Pourtant un terroriste a aussi le droit d’être stupide et incohérent, ni plus ni moins que le commun des mortels. 

Pourquoi est-il difficile de couper le sifflet à un complotiste ?

Hormis le refus du hasard et des coïncidences, une autre caractéristique du discours conspirationniste consiste à refuser, ignorer ou feindre d’ignorer les témoignages, parfois très nombreux, que ne vont pas dans le sens de sa théorie. Si vous n’êtes pas d’accord, soit vous êtes trop naïf, soit vous faites partie du complot. Dans tous les cas, pas moyen de débattre, le conspirationniste a réponse à tout. 

Une autre constante encore permet de démasquer un discours complotiste : l’utilisation très particulière de l’argument d’autorité. Procédé classique de la rhétorique, cet argument consiste à utiliser l’avis d’un expert pour convaincre. Parfois ce recours est justifié car nos connaissances ont des limites. Mais pour les théoriciens du complot, il s’agit de donner une respectabilité à leurs thèses, une apparence de sérieux. 

Dans le cas du 11 septembre, qui a donné lieu à une abondante littérature complotiste, deux groupes d’experts sont souvent cités : Les Architects & Engineers for 9/11 Truth (Architectes et ingénieurs pour la vérité sur le 11 Septembre) et les Pilots for 9//11 Truth (Pilotes pour la vérité sur le 11 Septembre), deux associations américaines. Un documentaire Italien de Giulietto Chiesa intitulé Zéro s’appuie même sur l’opinion d’un prix Nobel.

Si les références aux architectes, ingénieurs et pilotes peuvent sembler solides et crédibles, les premiers ne sont pourtant pas des spécialistes du calcul des structures, ce groupe comprenant par ailleurs des architectes d’intérieur dont le niveau d’expertise en matière d’analyse dans le domaine concerné est égal au vôtre ou au mien. Les pilotes pour la vérité ont de leur côté essayé de décrypter les enregistrements des boites noires mis à disposition par les autorités et ont cru identifier des incohérences ; le problème est qu’ils n’ont ,«ni les compétences ni les logiciels permettant de décoder cette boîte noire» Enfin, pour le prix Nobel qui apportait sa caution à la thèse du complot, il s’agit de Dario Fo, un dramaturge ayant effectivement reçu un prix Nobel….Mais de littérature. 

Ces trois exemples nous montrent que lorsque notre degré de connaissance d’un sujet technique et complexe est nul, nous avons tendance à écouter aveuglément l’avis d’«experts» improvisés. Sans vérifier au préalable leurs compétences ou leur légitimité. 

Avec les réseaux sociaux, le complotisme a de beaux jours devant lui. Il peut désormais s’adresser au plus grand nombre, et quand on saura dans quel bain d’ignorance barbotent parfois les masses indifférentes, on est en droit de s’inquiéter. À lui seul, il est capable de ramener l’humanité vers cet obscurantisme dont elle a eu tant de mal à s’émanciper. On en sent déjà le frémissement chaque  jour de plus en plus affirmé, sans que nous soyons capables de nous y opposer. 

Est-il possible, dans ces conditions, d’éviter de tomber dans le complotisme ?  C’est difficile, mais on peut tenter de garder une certaine lucidité. Par exemple en s’informant sur le site : 

Conspiracy Watch ◄ 

Dont la spécialité est de repérer, d’examiner et de dénoncer les rumeurs conspirationnistes. 

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BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (5 et fin).

Cagliostro le sait : L’Angleterre ne lui a jamais porté bonheur. 

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Qui ne se souvient des Scott, qui l’ont jadis persécuté ? Mais il semble ne craindre rien ni personne. Il est parvenu à un tel degré de suffisance et de foi qu’il se sent au-dessus des lois comme des turpitudes qui pèsent sur le commun des mortels. Cette fatuité sera la cause de sa dégringolade. À peine a-t-il débarqué sur le sol de la perfide Albion qu’on le fouille au corps et qu’on lui dérobe un écrin farci de diamants dont les policiers anglais pensent qu’il ne peut s’agir que des diamants du fameux collier de la Reine….L’affaire fait si grand bruit qu’elle est connue de toute l’Europe. Qu’importe ! À peine installé à Londres, le voici donc qui, avec impudence, fait tapage contre les ministres du roi de France, qui le servent si mal, contre l’arbitraire, la Bastille, les lettres de cachet. 

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La France ? Il n’y reviendra qu’une fois la Bastille devenue «une promenade publique» ! Propos évidemment prémonitoires….«Vous avez tout pour être heureux, vous autres Français…Il ne vous manque q’un petit point, c’est d’être sûrs de coucher dans vos lits quand vous être irréprochables !». écrit-il. (Cité par P.Brunet, Cagliostro, op.cit., page 284)  Par-dessus le marché, il se permet de faire suivre sa diatribe d’une citation devant le Châtelet de Paris assignant le gouverneur de la Bastille, de Launay.

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À Versailles, on ne rit pas de ces pitreries, et on tend un piège au persifleur en lui faisant valoir qu’on autorise son retour en France pour le temps du procès.

Cagliostro n’est pas assez idiot pour se laisser prendre au piège, mais il se le tient pour dit : il est surveillé comme un rat par une meute de chats !  Il s’en va dire à l’ambassadeur de France qu’il ne rentrera en France qu’armé d’une autorisation signée en bonne et due forme par le roi en personne. Ce qui, on s’en doute, est impossible. 

Dans son entourage, nombreux sont ceux qui commencent à prendre peur. Serafina en tête….Mais Cagliostro n’en a cure. Il lui suffira de fonder une nouvelle loge de rite égyptien sur le sol anglais pour que, depuis toute l’Europe, on accoure pour se placer sous son aile ! On le voit Cagliostro se ment à lui-même comme il ment à tout le monde. 

Sérafina, dotée d’une perspicacité de diablesse, l’a deviné : Alexandre Cagliostro est en train de redevenir l’imposteur escroc Giuseppe Balsamo. Ce Balsamo dont il dément être le réincarnation : «JE NIE ÊTRE BALSAMO ! » hurle-t-il.

Alexandre Cagliostro a beau renier haut et fort son ancienne défroque, il n’y peut rien : il redevient Balsamo. Balsamo dont le nom, comme le rocher de Sisyphe, lui retombe sans cesse sur le visage. Partout, depuis la France, l’Angleterre, depuis les tanières de tous ses ennemis, on le murmure, puis on le crie : «OUI, CAGLIOSTRO ET JOSEPH BALSAMO NE FONT QU’UN ! OUI, LA DAME DE CAGLIOSTRO N’EST AUTRE QUE LORENZA FELICIANI, ÉPOUSÉE À ROME ET UN JOUR ENFERMÉE À SAINTE-PÉLAGIE SUR LES PLAINTES DE BALSAMO SON MARI, POUR RAISON DE SON LIBERTINAGE !». 

À partir de ce moment, les réseaux d’amitié se désagrègent autour du Grand Cophte. On commence à ne voir en lui qu’un aventurier, proxénète et escroc. Oui, Balsamo, n’en déplaise à Alexandre Dumas, rattrape Cagliostro ! Bientôt, on considère que la maçonnerie égyptienne n’est qu’une escroquerie fumeuse. Ses transmutations ? Elles ne sont que l’oeuvre d’un faussaire ! Le 30 mars 1787, au bout du rouleau, Cagliostro quitte l’Angleterre pour ne plus y revenir. 

Serefina demeure, cette fois, en Angleterre où elle est finalement arrivée pour partager le sort de son mari. C’est une première dans l’histoire des Cagliostro. Il n’a jamais supporté d’être séparé de sa femme. Que s’est-il passé? Serafina se souvient-elle soudain de son emprisonnement à Sainte-Pélagie, dont elle a tant souffert ? Pressent-elle que son mari ressemble de plus en plus à ce Joseph Balsamo, aventurier sans foi ni loi, à demi proxénète et escroc sans morale ? Alexandre veut-il éprouver Serafina – la mettre au défi de se ternir sagement ? Après tout, n’est-elle pas la moitié de l’homme le plus extraordinaire de la Terre ?  

Seulement, Serafina n’est plus la gamine de quinze printemps fascinée par son mentor. À trente-quatre ans, la femme intuitive fait la part des choses. Elle sait que la bonne étoile de son mari est en train de pâlir. Et que l’éclipse risque cette fois de durer. Elle fait le bilan de sa vie. Un bilan douloureux. Alors elle le renie. En réalité, elle renie Balsamo en Cagliostro. Les espions de l’ambassade de France se disent qu’ils tiennent le mage. Un simple petit mot. Oui, un petit mot de Serafina qui attesterait par exemple que les charges se son mari contre de Launay sont des mensonges….et le tour est joué ! 

Pourtant, la belle s’y refuse. Jouer les judas ? Très peu pour elle. Du moins pour l’instant. La voici donc qui rejoint son mari en Suisse.

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L’atmosphère commence de devenir irrespirable pour le mage. Ses hôtes le harcèlent. Ils n’attendent de lui qu’une seule et unique chose : qu’il fabrique des diamants et grossisse des pierres précieuses, voilà tout. Il s’y refuse. Pour qui le prend-on ? Alors, son hôte, vexé, lui annonce tout de go que Serafina l’a trahi. Le mage est effondré. Il se laisse aller. 

Commence pour le couple à la dérive un long périple durant lequel Serafina, petit à petit, songe qu’elle pourrait pour de bon trahir Cagliostro.

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Bientôt, ils sont à Turin, car Serafina languit de sa patrie d’origine. Choix abominable : Turin est sous la coupe de Victor-Amédée, roi de Sardaigne, qui est lié à la cour de France par le comte d’Artois. Un ordre part aussitôt. Les Cagliostro doivent fuir Turin sous peine d’y être arrêtés. Gênes, Parme, Vérone….Les Balsamo-Cagliostro évoquent de plus en plus un couple de fugitifs. Qu’ils le veuillent ou non, ils sont redevenus Giuseppe et Lorenza, les errants du temps jadis. Lorenza s’abîme dans la prière. Elle prie Dieu qu’il la débarrasse de ce Giuseppe dont elle ne veut plus et qui est son calvaire. Elle ne le respecte plus. Elle ne l’admire plus. Elle veut retourner dans sa famille, revoir les siens. Là-bas, à ROME.

À Trente Résultat de recherche d'images pour "Trente italie", Cagliostro connaît un retour de fortune : on dirait qu’il guérit des cancéreux. Hélas, ils trépassent au bout de quelques semaines. Le feu sacré semble éteint. Pourtant il persévère. Mgr Thun, l’évèque de Trente, ne s’est-il pas entiché de lui ? Ne lui conseille-t-il pas de persuader le Saint-Siège de bénir sont rite égyptien ? Et puis, Serafina ne veut-elle pas rejoindre Rome, où l’attendent les siens ? Y a t’il une raison, même minuscule, de ne pas s’y rendre ? Aucune. Le Vatican ne semble pas nourrir d’hostilité à l’égard de Cagliostro. 

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Ce que le mage oublie, c’est qu’il est seul, désormais, face au Vatican, et que le cardinal de Rohan ne lui servira pas d’intermédiaire. Il ne peut que compter sur lui-même et personne d’autre.

Le 27 mai 1789, le couple arrive à Rome.  

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Il a décidé de jouer sa vie à quitte ou double.

Il est de plus en plus seul. Ses beaux-parents, catholiques bigots, le haïssent. Pire sa lettre au papa ne rencontre que le silence. Il est blessé dans son orgueil. Il aurait voulu se réfugier à Malte, le berceau de ses origines, mais le grand maître Emmanuel de Rohan ne l’entend pas de cette oreille, car Cagliostro, désormais, sent le soufre, et Rohan ne veut pas se mettre en délicatesse avec le Vatican. Il est devenu un poison. Pour tout le monde. 

En juillet 1789, on apprend une nouvelle ahurissante : La Bastille a été prise, et on a coupé la tête à de Launay !  Pour Pie VI, il ne faut voir là que le résultat du travail de toutes ces sectes et société secrètes….Le COUPABLE est dès lors tout désigné : il s’appelle CAGLIOSTRO ! Le mage marche désormais au bord du gouffre. Il suffit de le pousser.  Et c’est SERAFINA qui s’y emploie. On a pu penser que la comtesse avait été le jouet de sa famille et de l’Église. Pas du tout. En réalité, la charmante Lorenza-Serafina, maintenant, le déteste. Elle ne lui pardonne pas leur ruine. Elle hait en lui ce Giuseppe Balsamo qu’il est redevenu. Où dont est passé le Cagliostro amoureux qui idolâtrait sa femme ? Maintenant, il la moque pour ses prières, l’injurie, lève la main sur elle. 

En septembre, le Saint-Office apprend que la comtesse de Cagliostro

 a des révélations à faire pour libérer sa conscience.

 le 27 décembre, le Grand Cophte est arrêté par la police

 du Saint-Office et incarcéré au château Saint-Ange. 

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Le château Saint-Ange à Rome 

Au XVIIIème siècle, le Saint-Office, c’est à dire l’Inquisition, fait toujours peur. On imagine à quelle vitesse les rares soutiens que Cagliostro compte encore s’envolent comme une nuée de moineaux.  Même Rohan, qui hier encore l’assurait de son appui, demeure muet comme une tombe….. Cagliostro est au secret. On l’enchaîne car on craint qu’il se suicide.  On vient de trouver dans ses papiers une prophétie : Pie VI sera le dernier pape  de l’Église. Le crime est flagrant ! Dans sa cellule putride, celui qui a été le Grand Cophte attend maintenant son jugement. À l’issue de quinze mois de tortures morales abominables, Cagliostro est enfin livré aux juges. 

De quoi l’accuse-t’on ? Il est franc-maçon, 

il a blasphémé,

 il s’est adonné à une kyrielle de pratiques magiques et sataniques.

 À cela s’ajoutent les charges imputables à Giuseppe Balsamo, c’est à dire le faux, 

l’escroquerie, des filouteries sans nombre.

 Pour l’Inquisition, il est un symbole. 

Si on condamne un Cagliostro, l’Église est assurée de faire peur à 

tous ceux qui osent la défier. 

On a pas idée aujourd’hui de l’abjection de l’Inquisition, inventée par le célèbre Torquemada au XVIème siècle.

Retenons simplement qu’il s’agit d’une machine à écraser, sans aucun débat possible entre l’accusateur et l’accusé. 

Son dossier ? Le pauvre homme qui se trouve entre ses griffes ne le voit jamais. On paie les délateurs, car toute dénonciation est la bienvenue, d’où qu’elle vienne, de quelque nature qu’elle soit. Enfin, cerise sur le gâteau, l’accusé doit se charger lui-même s’il veut espérer la clémence des juges. 

La torture fait évidemment partie du tableau. Pour Cagliostro Résultat de recherche d'images pour "cagliostro mort", ce seront onze mois de procès. L’accusé, arrivé encore pimpant est sûr de lui, peu à peu se désagrège. Sous le feu d’interrogatoires plus pervers les uns que les autres, il prend peu à peu conscience qu’il est fini, que ces gens-là ont juré sa perte et….que Serafina elle-même, sa compagne, son double, l’a irrémédiablement trahi.  Cuisinée, la charmante petite comtesse confie à des prêtres experts en diableries tout ce qu’ils désirent. Absolument tout. Voulant sauver sa peau – autant que son âme -, confite de haine, Serafina accuse son mari du pire, c’est-à-dire de commercer avec Satan. 

Épuisé, le corps comme l’esprit brisés, Joseph Balsamo alias Cagliostro confesse ses crimes, puisque, ainsi que ses avocats le lui représentent, c’est la seule façon d’attendrir le tribunal. La sentence est prononcée en présence de Pie VI, le 7 avril 1791. 

Cagliostro, agenouillé, la tête recouverte d’un voile noir, entend le déroulé de ses crimes. Normalement, l’Église, qui ne tache pas ses mains pures du sang des condamnés, livre leurs corps au bras séculier, autrement dit à la justice laïque, qui seule se charge de l’exécution des sentences. Cette fois, par commisération, l’Église na pas voulu que le sang soit  versé. Elle commune la peine de mort prononcée contre Cagliostro en prison perpétuelle. 

Pour que cette grâce lui soit accordée, encore a-t-il fallu que le condamné abjure publiquement et solennellement ses crimes. Il acceptera cette épreuve odieuse pour sauver sa vie. Vêtu de blanc, cierge à la main, il ira depuis sa prison jusqu’au parvis de Sainte-Marie-de-la-Minerve, face à l’obélisque égyptien. 

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Un obélisque égyptien…. Tout un symbole pour celui qui,  jadis, s’appelait «Le Grand Cophte». 

Il est enfin transféré à la forteresse de San Leo Image associée pour y purger sa peine. Il y parviendra à dos de mulet le 20 avril 1791. Il y restera jusqu’à la fin de ses jours dans le silence. Le silence de la mort. La cellule est abjecte. La nourriture infâme. Seul le vin lui est servi à profusion ; il en ingurgite quatre litres par jour. Comme il s’agite et injurie ses gardiens, on finit par le jeter dans un puits. S’ensuivront des mois affreux, des mois d’agonie lente, sous les coups et le plus souvent l’entrave des chaînes. 

Il pleure Serafina Résultat de recherche d'images pour "Sérafina cagliostro", que, dans son délire, il croit emprisonnée elle aussi, comme jadis à la Bastille. Enfin, au bout de cinq années de ce régime épouvantable, la mort le libère.

C’était un 26 août 1795. 

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BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (4)

Voyons quelle histoire à joué Cagliostro dans l’affaire du collier de la Reine. 

En 1785, le mage quitte Strasbourg de façon semble-t-il précipitée. Pourquoi abandonner cette ville, la seule qui l’ait reconnu ? C’est que le grand Cophte est inquiet. Son ambition augmente au fur et à mesure qu’il vieillit. Lui reste-t-il encore le temps de parvenir à cette gloire dont le désir le brûle telle une tunique de Nessus ? En février de cette année-là, un convent extraordinaire de la maçonnerie doit se réunir à Paris, et Cagliostro veut absolument qu’on y proclame la supériorité de son rite égyptien. 

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Les divers courants vont s’y chamailler, et Cagliostro rêve d’imposer alors «SA» maçonnerie. Que lui restera-t-il alors à accomplir ? À faire bénir la maçonnerie de rite égyptien par le pape. Il n’est pas interdit de rêver. Oui, réconcilier l’Église et la maçonnerie, le voilà, le grand dessein ! 

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C’est alors qu’il emménage rue Saint-Claude, à Paris, où il installe au premier étage une loge égyptienne. Son train de vie est de plus en plus somptueux. Il vit à l’égal des grands princes. Ses dépenses avoisinent les 100 000 livres par an – c’est trois fois son train de vie strasbourgeois.  

D’où sort-il cet argent ? Des poches du cardinal de Rohan, son protecteur ? C’est peu probable : La fameuse comtesse de La Motte-Valois soutire déjà des fortunes au prélat. Justement, Rohan parle à Cagliostro d’un collier magnifique, oeuvre de deux grands Joailliers. 

L’idée saugrenue de la comtesse de La Motte serait qu’il achète, lui, Rohan, pour l’offrir à Marie-Antoinette…..Que répond Cagliostro ? On l’ignore. Certains affirment qu’il dissuade le cardinal de faire cet achat. D’autre au contraire qu’il l’y encourage. Quoi qu’il en soit, le collier est livré par les joailliers. Image associée Mais hélas, il tombe entre les doigts crochus de la comtesse de La Motte et de ses complices. 

Pendant ce temps, Cagliostro, au fond peu intéressé par l’histoire du collier, progresse dans son délire.

Il jette des pions sur le chemin qui doit le conduire au sommet de la maçonnerie universelle. Et soudain, patatras ! Il suffit d’une lettre à tous ses frères où Cagliostro ne parle pas autrement que Jésus des Évangiles pour tout ficher par terre : le mage est bel et bien un mégalomane. Les francs-maçons qui l’ont adulé désormais le haïssent. Rien de tel pour exalter encore la suffisance de Cagliostro, qui fait de la rue Saint-Claude le Vatican de la nécromancie européenne. 

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À ses dîners de nabab, trois ou quatre fois par semaine, on voit à la place d’honneur Son Éminence de Rohan, flanqué de cette Jeanne de La Motte que le maître de céans tolère plus qu’il ne l’apprécie. L’appui de Rohan lui est plus que jamais nécessaire pour arracher à Rome la reconnaissance de sa maçonnerie. Alors, il ferme les yeux sur la présence de Mme de La Motte, cette gourgandine. 

À cette époque, il semble que Cagliostro se fasse moins guérisseur. la toute-puissante faculté de Paris ne vient-elle pas d’obtenir la disgrâce et l’exil de son concurrent, le fameux Mesmer, Résultat de recherche d'images pour "mesmer magnétisme animal"l’inventeur du «magnétisme animal» ? Mais le comte est tout à son ambition : régner sur vingt et un millions de maçons d’une maçonnerie reconnue comme la «fille aînée de l’Église». Devenir ainsi immortel. Le mage déraisonne. Pourtant, on ne parle que de lui dans les salons. On s’arrache une foule d’objets gravés à son effigie. bref, il fait fureur. Il est devenu la coqueluche du tout-Paris pré-révolutionnaire. De séances divinatoires en charlatanismes de haute-volée, le mage a conquis Paris !.

Pendant ce temps, alors que ses complices essaient d’écouler les diamants du fameux collier à Londres, Jeanne de La Motte coule des jours heureux en songeant que, si l’affaire tourne mal, elle pourra toujours «mouiller» l’alchimiste fabricant de diamants en série….Il fera un parfait bouc émissaire! Cagliostro, dans sa fatuité, ne devinera pas – LUI LE GRAND DEVIN – ce qui se trame, tout occupé qu’il est à ouvrir la première loge féminine, la loge Isis, présidée par l’incontournable Serafina, qui agglomère autour d’elle les noms les plus prestigieux de la cour de France. 

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Le 15 août 1785, on arrête Rohan en pleine galerie des Glaces, à Versailles. La monarchie est ébranlée. La rumeur aussitôt se met à circuler : le mage tremperait dans ce scandale dont le roi et surtout la reine ne se relèveront pas. L’escroquerie du siècle ne serait que la face émergée d’un complot maçonnique visant à détruire la monarchie de droit divin. Il faut bien convenir que tous les acteurs de l’affaire du collier sont plus ou moins liés à la maçonnerie – y compris Jeanne de Valois et davantage encore son complice de frère, Jacques, qui est un protégé du duc de Penthièvre, lui-même beau-père du grand maître de la maçonnerie française, le duc de Chartres. Ce dernier, devenu Philippe Égalité et révolutionnaire, contribuera à faire couper le cou à son cousin Louis XVI ! 

Cagliostro, qui tient le cardinal comme le marionnettiste tient son pantin, ne peut qu’avoir trempé dans le complot ! Qu’importe si tout cela est cousu de fil blanc, si Cagliostro n’arrive en fait à Paris qu’une fois le bijou déjà acheté…Sans doute n’est-il pas besoin d’être présent pour tirer les ficelles d’un complot ? 

Le 15 août, le cardinal a été arrêté. Le 23 août, c’est au tour du grand Cophte. L’arrestation s’opère sans ménagements et s’assortit de la confiscation de ses poudres, onguents et élixirs. 

Résultat de recherche d'images pour "Cagliostro en prison"Direction la Bastille, où Cagliostro est incarcéré dans une geôle qui porte le nom de «la Calotte»  – c’est l’une des plus rudes, on y cuit l’été pour y geler l’hiver. Jeanne De La Motte dort deux étages plus bas. Ce que le mage ignore encore, c’est que Serafina va les rejoindre. Il est au désespoir. De crainte qu’il ne veuille en finir, on le dépouille de tous les objets un peu pointus dont il pourrait faire usage. Mais c’est mal connaître Cagliostro et son incroyable capacité de rebondir que d’imaginer qu’on puisse ainsi le neutraliser….. 

D’abord, il témoigne de si habile façon que Serafina sort de la Bastille pour ne plus être inquiétée. Ensuite, il est bien décidé à se défendre pied à pied. C’est ce qu’il fait durant neuf mois, entre août 1785, date de son arrestation, et mai 1786, date de l’ouverture du procès.

Pendant ce temps et sans qu’il le sache, Jeanne de La Motte le désigne comme le «faux prophète», le «bas alchimiste» et le deus ex machina du complot. L’aventurière a-t-elle le choix ? Probablement pas, car il est pour elle hors de question de charger Rohan, trop puissant. Dénoncer un étranger qui sent le souffre devient son seul recours.

Maître Doillot, l’avocat de la belle, n’y va pas de main morte….Écoutons-le plutôt : 

Dépositaire de la part de M.de Rohan du splendide collier, Cagliostro l’a dépecé pour en grossir le trésor occulte d’une fortune inouïe…. Oui, c’est lui le coupable. C’est lui qui a fait vendre le bijou à Londres ! Que peut-on attendre de celui qui, pour dire son âge, prétend qu’il a assisté aux noces de Cana ? Sa fortune ? Mais elle est le fruit de son escroquerie, bien sûr ! La comtesse de La Motte comme le cardinal sont les victimes de sortilèges de Cagliostro. Ils ont été ensorcelés.

Cagliostro n’est nullement prêt à se laisser faire. il se défend avec hauteur et habileté, préférant s’appuyer sur l’évidence : était-il à Paris au moment de la négociation avec les Joailliers ? Non, il était à Bordeaux ! La confrontation entre les deux protagonistes est sanglante. Jeanne l’accuse d’ignominies – en particulier d’avoir abusé d’elle ! Indigné, le mage la traîne dans la boue, tant et si bien que l’exaltée s’empare d’un chandelier et tente de l’assommer. La confrontation s’achève en pugilat. Comme son amant Rétaux de Villette a fini par avouer, la comtesse de La Motte se retrouve empêtrée dans ses délires, d’autant que ledit Rétaux, aux abois, lave Cagliostro de tout soupçon. 

On connaît l’issue de l’affaire : le parlement de Paris disculpe Cagliostro comme son ami le cardinal. Le voici acquitté et triomphant. Les portes de la Bastille s’ouvrent devant lui. Le peuple de Paris en liesse l’acclame. On craint même une émeute tant sa popularité est grande. Hélas, le roi, vexé de la décision du Parlement, intime bientôt à Rohan l’ordre de se démettre de ses charges, ce qu’il fait sur-le-champ. Brave-t-on un ordre du roi ? Quant à Cagliostro, le voici «relégué», dans l’obligation de quitter le royaume sans tergiverser. Derrière l’ordre du roi, on devine la volonté de la reine – la principale responsable, hélas, de ce tragique vaudeville. Elle exècre Rohan, mais elle méprise tout autant Cagliostro. Vaincu le Grand Cophte fait ses malles. Serafina, qui n’est pas exilée, l’accompagne jusqu’à Boulogne, où il embarque pour l’Angleterre.

À Suivre….

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BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (3)

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Cagliostro est à présent en Pologne. 

Malédiction pour Cagliostro : partout où il passe, le bon peuple attend qu’il le fasse rêver, et les Polonais, à leur tour, sont déçus que le grand Cophte ne se montre pas enclin à changer le plomb en or plutôt qu’à guérir les fripouilles dont le sort leur importe peu. Tous ces nobles l’attendent au tournant : sait-il oui ou non, grossir les perles et accroître les fortunes ? Comme il renâcle à fabriquer or, diamants et pierreries, les admirateurs de la veille le lâchent le lendemain et crient à l’imposture. Bientôt, il n’aura plus d’autre solution que de quitter cette Pologne incrédule. 

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Strasbourg 

Pourquoi choisit-il alors Strasbourg comme port d’attache ? C’est que cette ville au carrefour des civilisations européennes est alors dirigée par un prince-évêque étrange :  Louis René de Rohan Résultat de recherche d'images pour "louis rené de rohan" en féru d’ésotérisme. Il a été ambassadeur à Vienne, s’imagine volontiers qu’il pourrait devenir un autre Mazarin à la cour de France. 

Il y a hélas loin de la coupe aux lèvres ….En effet, la jeune reine Marie-AntoinetteImage associée, pas plus que sa mère, Marie-Thérèse d’Autriche Résultat de recherche d'images pour "marie thérèse d'autriche", ne peut le souffrir. Et elle souffre le froid à l’oreille de son mari, Louis XVI, au sujet du cardinal. 

Pour le brave cardinal, l’avenir soudain s’assombrit. D’autant qu’il manque toujours d’argent. Il a beau être riche comme Crésus, le grand train de sa maison et ses folles dépenses aplatissent sa bourse sans qu’elle trouve jamais le temps de se remplir. 

Pour Cagliostro, Strasbourg présente un double avantage : la maçonnerie ésotérique y est florissante, comme elle l’est en Allemagne, et l’amitié du prince-évêque l’aide à faire taire l’Église, qui l’accuse volontiers de pactiser avec le diable.

Très vite, le renom de Cagliostro Résultat de recherche d'images pour "cagliostro en 1781" grandit dans la cité. Sa suffisance, sa morgue, sa soif d’honneurs exaspèrent ceux qui exigent vérité et modestie. Le mage n’en a cure et continue, imperturbable, de soigner et de guérir les souffrances humaines. Son succès lui vaut de l’argent. Beaucoup d’argent. Le couple vit sur un grand pied : Alexandre et Serafina s’installent à la place d’armes, dans une demeure aristocratique où tout n’est que luxe – lit de plumes, meubles en bois de rose, lustres de cristal (P.Brunet.Cagliostro, op, cit, page 103) – laquais en livrée et emperruqués. 

D’où vient tout cet argent ? De l’or et des diamants que le comte fabrique comme il respire ?  Des parties de jambes en l’air de la toujours ravissante Serafina ? Résultat de recherche d'images pour "serafina cagliostro" De la fortune volée à un prince d’Asie ? Ou bien encore de l’amitié sonnante et trébuchante du cardinal de Rohan ? Mystère. Cagliostro connaît les méfaits de la rumeur quand on la laisse courir….Mais il se tait. 

Très vite, le cardinal-prince le reçoit en son palais de Saverne avec tous les honneurs dus à son rang. Cagliostro lui souffle à l’oreille : «Votre âme est digne de la mienne et vous méritez d’être le confident de tous mes secrets» (Ibidem, page 105). Rien ne peut flatter davantage le cardinal à la perruque poudrée….Oui, Rohan est séduit. Le prélat sémillant est plus avide de prodiges que d’initiation aux grands mystères. Qu’importe ……

 

L’amitié de Rohan vaut à Cagliostro un prestige inouï, et l’année 1781 marque son zénith.

Tout le monde alors veut se montrer en sa compagnie, chacun veut se mettre à l’ombre de sa gloire. Toutes les personnalités que comptent Strasbourg et l’Europe prient le mage de leur faire l’aumône de quelques mots, de les honorer d’un regard. À se presser dans le sillage du comte, les femmes ne sont pas les dernières, à l’instar de cette Mme Sarazin, épouse d’un banquier rongée de mélancolie qu’il guérit par des remèdes mystérieux.  On révère le couple comme d’authentiques dieu et déesse. À leur côté, on a le sentiment de boire la coupe de l’immortalité. 

ce n’est guère, on s’en doute, du goût de la toute-puissante faculté de médecine. Les officiels sont jaloux des succès de Cagliostro et sonnent l’hallali. Sa médecine, que l’on qualifierait aujourd’hui d’«orientale», apparaît comme le fruit d’un pacte avec le diable. Ses ennemis l’attendent au tournant, dans l’espoir de le coincer. Au moindre échec du mage – un décès, une rechute…-, ils pavoisent. 

Image associée

Cagliostro, impavide, les tient pour une docte assemblée d’imbéciles et le clame. Son orgueil lui joue parfois de vilains tours. L’appui du cardinal fait penser qu’il est intouchable. Ne vient-il pas de guérir un malade particulièrement cher à Son Éminence, son propre cousin, Charles de Rohan, Résultat de recherche d'images pour "charles de rohan" prince de Soubise, qui se mourait de la gangrène ? 

À l’été 1781, devant l’assistance ébahie du château de Rohan à Saverne, Alexandre Cagliostro consulte un flacon d’eau lustrale et déclare voir la naissance d’un dauphin de France. 

Quelques semaine plus tard, Marie-Antoinette Résultat de recherche d'images pour "Marie antoinette"accouche d’un fils….Bien sûr, le mage n’avait qu’une chance sur deux de ne pas se tromper. Mais tout ce beau monde est éberlué. 

Vient d’apparaître à Strasbourg une jeune créature que la comtesse de Boulainvilliers présente au Cardinal de Rohan et qui jouera un rôle désastreux à la fois dans l’histoire de France et dans celle de Cagliostro. elle s’appelle Jeanne de Valois Résultat de recherche d'images pour "jeanne de valois" et descend des amours d’Henri II par la jambe gauche. Résultat de recherche d'images pour "henri ii" Le naïf prélat pense aussitôt redorer son blason à la cour de France en présentant à Versailles une descendante des Valois. 

À suivre ……

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BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des Lumières (2)

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Si la maçonnerie est florissante en cette seconde moitié du XVIIIème siècle dans l’Europe entière, nulle part elle n’affiche une influence aussi considérable qu’en Angleterre. Georges III, reconnaissant de l’appui qu’elle fournit à la monarchie Hanovrienne, la loue et la défend contre tous ses ennemis. Avec lui, les loges d’obédience anglaise essaiment sur tout le continent. Bientôt, Cagliostro va s’y illustrer.  D’abord, il ouvre à Londres un cabinet d’alchimiste qui acquiert pignon sur rue. Toute la bonne société se persuade qu’il possède le secret de la fabrication de l’or. Ce serait là l’explication de son luxueux train de vie, de cet argent qu’il dépense à tout va, des parures et des toilettes de Lorenza. La rumeur court : Londres abrite un personnage inouï, aux immenses pouvoirs. Il serait plus riche que Crésus. 

Cette fortune, d’où provient-elle ?

probablement de l’ordre de Malte, qui a choisi Giuseppe comme un agent en Angleterre, ce nirvana des spiritualistes. Le grand maître de l’ordre, Emmanuel de Rohan, l’a sûrement désigné, lui, Balsamo, comme le représentant de l’ordre dans le monde.  Certes, le bonhomme apparaît un peu trop voyant et sûr de lui, mais qu’importe….La fin ne justifie-t-elle pas les moyens ? 

Peu à peu, toutes les personnalités qui comptent se pressent chez Balsamo : des grands de ce monde, attirés par les talents du personnage, mais aussi, on s’en doute, des aigrefins qui flairent l’or. Un couple de concubins, les Scott – qui se prétendent «Lord» et «Lady» -, ne comprend rien au «grand oeuvre» mais en revanche s’y entend à merveille pour faire fortune. Et Giuseppe frappe fort : Il leur prédit, avec succès, les numéros gagnants de la grande loterie d’Angleterre. 

Bref, Cagliostro rameute vers sa demeure la foule des requins

 désireux de faire fortune à peu de frais. 

Dépassé par son succès, il doit leur fermer la porte au nez : tous ces gens n’en veulent qu’à l’or. Du reste, c’est-à-dire de la «connaissance suprême», ils n’ont que faire.

Les Scott prennent peur. Ils font le siège de Lorenza. ils tempêtent, pleurent à chaudes larmes. Giuseppe veut-il les ruiner ? Lorenza s’interpose et convainc son mari. Dame ! c’est pour de si braves gens….D’autres numéros de loterie gagnante vont bientôt sortir, et les Scott remplissent leur bourse. Désormais, ils tiennent le mage, ou croient le tenir ….grâce à Lorenza

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La rumeur enfle dans Londres : il existe un voyant, un fabricant d’or, qui enrichit tous ceux qui l’approchent. Un être unique, comme il n’y en a jamais eu.

Évidemment, pareil individu  ne saurait se contenter de servir des parasites comme les Scott et de prédire de bons numéros de loterie. Giuseppe profite de son séjour Londonien pour fréquenter les cercles théosophes, où il s’imprègne de la pensée de Swendenborg, «spirituel» suédois mort cinq ans plut tôt et dont les travaux occultes font alors fureur. 

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Ce Swedenborg qui s’est autoproclamé le fils spirituel de Paracelse (l’alchimiste de la Renaissance) a lancé sur le marché de la spiritualité un mouvement, l’«illuminisme», qui prend de l’ampleur.

Pour Swedenborg, l’Église ne détient pas le monopole de la connaissance de Dieu. Cette connaissance n’est pas un savoir rabâché dans tous les catéchismes mais le fruit d’une illumination.

Balsamo est séduit par la pensée de Swedenborg, qui conforte sa propre intuition. Swedenborg, est par ailleurs l’un des maîtres de la maçonnerie anglaise, qui assure la synthèse entre la pensée du maître suédois, la tradition ésotérique des Rose-Croix et celle, chevaleresque et templière, de jadis. Balsamo se sent désormais suffisamment mûr pour habiter enfin son vrai nom : Cagliostro. En 1777, c’est sous ce nom, «comte Joseph Cagliostro», qu’il entre en maçonnerie au sein de l’Observance, petite loge templière. Il y est reçu d’emblée comme maître. C’est dire son prestige. 

Les Scott, ces parasites, furieux d’être éconduits par le mage, portent plainte en justice et l’accusent de sorcellerie. Cagliostro s’en tire sans trop de mal mais décide de quitter sans tarder l’Angleterre : Albion sent le soufre. 

Trois ans plus tard, Scott, condamné à mort pour vol avec effraction, finira au bout d’une corde. De là à évoquer la vengeance de Cagliostro, il n’y a qu’un pas – et la rumeur, évidemment, le franchit ! Entre-temps, notre mage découvre les antiques usages de la maçonnerie égyptienne et osiriaque, enfouis sou les siècles de traditions médiévales et templières. Et ses contemporains le désignent comme le patron de cette maçonnerie. On l’appelle «Le Grand Cophte». C’est dit. Joseph Balsamo est mort. 

Il ne reste plus qu’Alexandre Cagliostro, celui qui diffuse sa lumière sur le monde.

Le mage est flanqué de sa compagne, son double, une sorte d’ange qui prend le nom de «Serafina» : Lorenza a eu droit, elle aussi, à un nouveau baptême. Elle est le séraphin qui protège Cagliostro ! Le comte et la comtesse de Cagliostro reprennent leur vie d’errance. Mais celle-ci n’a plus rien à voir avec les pérégrinations de jadis. Le couple d’escrocs semble assagi. Attiré d’abord par la Hollande, Cagliostro fonde à la Haye la première loge de son rite égyptien en 1778. 

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Puis, les voici en Belgique ; de là, ils vont à Innsbruck, puis à Nuremberg, où ils sont accueillis en héros. En effet, l’Allemagne de Frédéric II, versée dans un mysticisme romanesque et préromantique, reçoit avec faste le Grand Cophte et sa compagne. 

En 1778, ils sont à Berlin et , de là, vont à Leipzig, où ils rencontrent le fameux dom Pernety, ancien aumônier dans l’escadre de Bougainville, disciple idolâtre de Swedenborg qui s’est réfugié en Allemagne, où il jouit de la protection du grand Frédéric. 

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La Russie de Catherine II attire maintenant Cagliostro :

 tant de légendes courent sur la souveraine hors norme

 qui protège les philosophes et collectionne les amants…. 

Las, Cagliostro, qui s’est juré de la conquérir, tombe sur un bec : Catherine refuse de le recevoir. La tsarine voit d’un mauvais oeil ce Cagliostro frais émoulu des loges anglaises venir sur ses terres lui faire la leçon à elle qui, pour des raisons toutes politiques, tresse des couronnes aux loges suédoises. 

Mais le renom du Grand Cophte est si extraordinaire que les grands de Russie lui ouvrent leurs portes pour se régaler du bonhomme. PotemkineRésultat de recherche d'images pour "potemkine amant de catherine ii"  l’amant et favori de l’impératrice, est fasciné par le couple – spécialement par la comtesse. 

Tout l’arsenal des pouvoir, réels ou supposés, de Cagliostro est mis à contribution, même si le Grand Cophte se plaint de devoir en faire étalage comme un vulgaire charlatan.

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Il sort des palais, se balade dans les rues de Saint-Saint-Pétersbourg et se met à guérir à qui mieux mieux  les pauvres et leurs fièvres et scrofules – guérisons inexpliquées, donc miraculeuses, qui font enfler la rumeur : Cagliostro guérit les mourants. Bientôt, il ressuscitera les morts ! Son cabinet de guérisseur ne désemplit pas. 

Non content de soigner les pauvre, il s’attaque aux maux des riches. Cagliostro guérit à tout va : le fils du prince Galitzine, la baronne Stroganov, qui a perdu la tête, et un certain Isleniew, cancéreux condamné par la médecine, sont sauvés grâce à un élixir à base d’or potable. 

Les rationalistes qualifient Cagliostro de «sorcier». Le propre médecin de la tsarine l’accuse d’exercice illégal de la médecine. Le comte le provoque alors en un curieux duel : «Vous allez avaler deux pilules d’arsenic que je vous donnerai, et j’avalerai moi le poison que vous me donnerez, quel qu’il soit. Celui de nous deux qui mourra sera considéré par les hommes comme un porc». (Philippe brunet, Cagliostro, Paris, François Bourin, 1994, page 79).

L’archiatre, couard, se le tient pour dit et s’abstient. La rumeur, ce poison, court de plus belle : le mage ne serait qu’un imposteur. Sa femme ne serait qu’une putain à la cuisse légère qui se prête à des jeux interdits en compagnie du beau Potemkine. 

Pour L’impératrice Résultat de recherche d'images pour "catherine ii de russie" c’en est trop….Elle va sévir. Ce sera le Knout ou la geôle – voire les deux. 

Très peu pour eux ! prudemment, les Cagliostro repassent d’urgence la frontière pour se réfugier en Pologne. 

À suivre …..

 

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BALSAMO CAGLIOSTRO, l’escroc des lumières (1)

Palerme, en Sicile, 2 juin 1743.

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Un bébé vient au monde, que ses parents, Pietro Balsamo, marchand drapier, et Felicia Bracconieri prénomment Giuseppe. Quelques jours plus tard, le bambin est baptisé dans la grande cathédrale de Palerme, en bon catholique – n’en déplaise à ceux qui, à l’instar du poète Goethe, voudraient que Guiseppe Balmoso soit juif. À la décharge de Goethe, il faut souligner que les rumeurs courront sur le personnage durant toute sa vie et que les mystères que lui-même entretiendra favoriseront toutes les spéculations. 

Quoi qu’il en soit, c’est bien une de ses grand-tantes qui le porte sur les fronts baptismaux. Elle se nomme Vincenza Gagliostro. Retenez bien son nom, car c’est celui que prendra Giuseppe Balsamo beaucoup plus tard. 

Pietro, le père de Giuseppe, n’est pas un marchand ordinaire : s’il est contraint de travailler pour vivre, un peu de sang bleu circule dans ses veines, lui venant des Balsamo de Messine – qui, eux, sont nobles. Gentilhomme ou pas, Pietro fait bientôt faillite et , dépité, ne trouve rien de mieux que de mourir avant l’heure. Notre bambin est élevé à la diable par une mère au foyer qui éprouve quelque peine à joindre les deux bouts et qui finit par confier Giuseppe à une de ses amies. Celle-ci possède une officine de pharmacie. 

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Ainsi, Giuseppe, durant ses vertes années, va respirer baumes et onguents et s’intéresser -déjà- à l’art de soigner ; ce qui ne lui sera pas inutile dans sa carrière future. 

Au bout de trois années de cette initiation, voilà notre Giuseppe de retour chez sa mère, à Palerme, où on lui fait miroitier, comme c’est l’usage pour tous les nobliaux cadets de la famille (il a une sœur), une carrière ecclésiastique. Sagement, il accompli séminaire et noviciat avant de se lasser de la vie monacale, qui lui vaudra l’amitié d’un prêtre apothicaire avec lequel il discute déjà de philtres et de pharmacopées. Il multiplie alors incartades et provocations – comme il se doit en ce XVIIIème siècle libertin -, allant jusqu’à remplacer dans ses prières les noms des saintes par ceux des prostituées les plus connue de Palerme. Cela n’est guère du goût du père abbé, qui flanque Giuseppe au cachot! Il s’en évade aussitôt pour aller retrouver les femmes de petite vertu. 

Bref, Giuseppe mûrit dans un univers de polissonneries qui n’augure rien de bon : au «casier» du jeune homme, ivresse, débauches et petites escroqueries – avec aussi un penchant certain pour l’imposture. Comme les Palermitains ont la tête farcie des souvenirs de l’occupation musulmane de jadis, Giuseppe persuade un orfèvre qu’il vient de découvrir dans un songe l’emplacement d’un trésor fabuleux oublié par les Arabes. L’autre, appâté, le suit…. et se fait copieusement rosser et détrousser par Balsamo et ses copains. Scandale ! Giuseppe doit déguerpir pour Messine dare-dare afin d’échapper à la maréchaussée.

Le voici désormais auprès de son grand-oncle, un certain Joseph Cagliostro, homme droit et de devoir, qui tente en vain de donner au jeune Giuseppe l’éducation et les principes qui lui manquent. Il lui parle de l’ordre de Malte, dont plusieurs Balsamo ont été des adeptes. Cette évocation marque si fort le jeune homme qu’il dépeindra plus tard son grand-oncle sous les traits du fameux Althotas – celui qui aurait été son maître. 

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Malte

Giuseppe débarque en 1766 à Malte. Au sein de l’Ordre, il s’initie à la sagesse du grand maître, qui a troqué depuis belle lurette le souci de défendre la civilisation chrétienne – une mission qui date des croisades – contre un amour fou pour les sciences occultes. La philosophie et le rationalisme desséchant sont désormais les ennemis de l’Ordre et ont pris la place de l’infidèle. L’ésotérisme et la magie, ces armes maîtresses, vont fonder la civilisation de demain. La mystique des Rose-croix a succédé depuis des siècles à la mystique templière, frappée à mort par la dissolution de l’ordre du Temple et le supplice de Jacques de Molay.

Ainsi, Giuseppe devient membre de l’ordre de Malte, et le grand maître lui donne accès à son laboratoire privé. Giuseppe est à présent élève alchimiste. Il comprend que l’alchimiste, loin d’être un vague sorcier qui transforme le plomb en or, rétablit l’harmonie universelle qui régnait aux commencements des temps entre la nature et l’homme. L’homme n’est-il pas le seul et unique Dieu ?  Au bout de deux ans d’initiation au «grand mystère», le jeune homme est adoubé.  Il abandonne sa défroque d’homme ordinaire et change de nom : Il prend celui de son grand-oncle. La métamorphose est accomplie. Giuseppe Balsamo est devenu à vingt-cinq ans comte de Cagliostro, titulaire de la triple chevalerie templière, maltaise et rosicrucienne. Pourtant, durant dix années encore, il continue à se faire appeler «Balsamo», comme s’il n’avait pas encore lavé son âme de toutes les souillures. C’est qu’il est perfectionniste, Giuseppe ! 

La vérité, c’est qu’il a beaucoup de mal à faire sienne la misogynie du monde initié. Pour ce monde-là, la femme, descendante d’Ève, est une fauteuse de troubles : la femme est assimilée à la tentation, au sexe obscur, à la magie noire et à la sorcellerie. N’a-t-on pas brûlé des dizaines de milliers de sorcières dans les siècles précédents ? Et pourquoi donc ?  Parce que la femme incarne la passion maléfique. 

Balsamo, lui , n’est pas d’accord : Il aime la femme et ses passions.

C’est que le bonhomme vient de rencontrer une fille qui incarne à elle seule tous les péchés de son sexe. Elle s’appelle Lorenza Feliciani. Résultat de recherche d'images pour "Laurenzo felliciani" En 1768, ayant quitté Malte, Giuseppe se retrouve à Rome, et c’est là, dans un quartier mal famé, qu’il fait la connaissance de cette jeune personne de quinze ans, fille d’un fondeur de bronze et belle comme le jour – ou comme la nuit. 

Ravissante quoique à peine sortie de l’enfance, elle n’est déjà plus tout à fait innocente, car il faut bien vivre. La Napolitaine qui l’héberge est une mère maquerelle de haut vol qui prostitue la petite. Giuseppe, doté d’un charme fou,  Résultat de recherche d'images pour "balsamo cagliostro mariage"conquiert la belle sans coup férir. Les deux tourtereaux se retrouvent unis pour le meilleur et pour le pire : Le mariage est célébré le 20 avril 1768. Mais la rumeur ne tarde pas à circuler : Lorenza continuerait son fructueux commerce, pour faire bouillir la marmite. Giuseppe ferme les yeux. Il est de doute façon peu attiré par les choses du sexe. C’est sans doute le résultat de l’ascèse spirituelle, qui a fait taire les tourments de la chair.  Si l’on veut être pur, il faut être chaste – précepte que Lorenza, elle, n’aura jamais appris ! 

En fait, celui qui est encore Giuseppe Balsamo ne rêve que de voyage initiatique ; de Saint-Graal à conquérir, à l’instar des chevaliers de la Table ronde, pour aguerrir l’âme et purifier le coeur.

En attendant, le couple, sans le sou, tire le diable par la queue : Lorenza, sans doute, «travaille moins». Giuseppe, lui, qui a toujours eu les poches trouées, dépense trop….Mais il est doué d’un sacré caractère, d’une ténacité redoutable et de la faculté de rebondir. Il ne renonce jamais. Le couple part bientôt sur les routes poussiéreuses pour réaliser le pèlerinage par excellence, celui de Saint-Jacques de Compostelle. 

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À cette époque, un voyage, initiatique ou pas, dure des années et ménage des temps de repos. ne soyons donc pas étonnés de voir les tourtereaux se prélasser deux années durant à Barcelone, où Giuseppe attire les gogos par ses tours de magie. Lorenza, elle, continue à faire bouillir la marmite à sa manière. Ensuite, on les trouve à Madrid, où ils gravissent peu à peu l’échelle de la bonne société. Les dames se pâment cette fois devant les talents de peintre du mage. L’animal à plusieurs cordes à son arc. Tandis qu’il croque des portraits plus ou moins réussis, Lorenza se fait, elle, la maîtresse du duc d’Albe, Image associée grand d’Espagne et passionné de corrida. Un peu plus tard, ils sont au Portugal, dans la Lisbonne grouillante et affairée qui renaît après le tremblement de terre qui l’a détruite de fond en comble. 

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Là, c’est un banquier armateur enrichi par le commerce avec le Brésil, un certain Sobral, qui couche dans les draps de Lorenza. 

Soudain, Giuseppe, de moins en moins peintre et de plus en plus mage et nécromant, se laisse persuader par un chevalier anglais des bienfaits des brumes de la Tamise.

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Londres est alors le coeur de la maçonnerie – la vraie, celle qui descend des croisés de la Terre sainte et des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Giuseppe arrache sa Lorenza aux douceurs portugaises, et le couple fait ses bagages pour Londres. Du voyage à Compostelle, il n’est plus question….Hélas, la vie londonienne coûte cher, surtout quand on est affligé comme Lorenza de goûts de luxe, et la petite bourse de pierres précieuses rapportée du Portugal a tôt fait de fondre comme neige au soleil. Lorenza qui n’est jamais à court de ressources, redore le blason du couple avec l’aide opportune d’un amant quaker richissime. Un petit chantage à l’adultère – sévèrement puni en Angleterre – permet de doubler la mise et de plumer l’amant, qui préfère payer et s’en aller plutôt que d’affronter les juges. 

Bientôt, Lorenza trouve Londres trop humide, et les Balsamo franchissent le Channel en 1772. Sur le bateau, ils s’abouchent avec un jeune avocat du nom de Duplessis, qui, tombé évidemment sous le charme de la belle, lui promet tout, sa vie et sa fortune. 

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Les voici à Paris ….Giuseppe a repris ses pinceaux et augmenté ses tarifs. Lorenza se partage entre l’opéra et les ballets d’alcôve. 

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le diable cette fois ne choisissait de s’en mêler et de rendre l’épouse amoureuse pour de bon ! Voilà qui soudain change la donne. Le mari, qui ferme volontiers les yeux sur les galipettes, ne saurait les fermer devant la vraie trahison : celle du cœur. Giuseppe, furieux, dénonce son épouse comme femme adultère (mineure de surcroît) et la fait emprisonner pour quatre mois à Sainte-Pélagie, la prison pour les femmes de mœurs légères. Giuseppe ne badine pas avec ces enfantillages. Il dit avoir entamé une quête initiatique et ne tolère pas de la voir dévoyée par la passion.

Qu’en dit Lorenza ? Ces quatre mois de prison lui ont-ils servi de leçon ? A-t-elle fait amende honorable ? Oui, en apparence – en apparence seulement. Car, en secret, elle nourrit une belle rancune….

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Naples

Mais la vengeance se mange froide. Le couple se rabiboche et s’en va conquérir Naples, où, sous les noms de «marquis» et de «marquise de Pellegrini», ils enchantent les Napolitains, elle par son charme, lui par ses talents de mage. 

Giuseppe a rangé définitivement pinceaux, toiles et chevalets pour se consacrer au fameux livre des secrets rapporté de Malte, qui regorge de recettes pour guérir les rhumatismes des vieillards
et préserver la jeunesse des jolies femmes. 

Giuseppe plume allègrement les riches gogos, puis soudain décide de foncer à Malte, sa mère patrie spirituelle, pour y faire retraite. Car Giuseppe Balsamo est résolu à monter plus haut ; beaucoup plus haut !  À l’issue de ces mois d’ascèse et d’apprentissage, le voici, en compagnie à nouveau de Lorenza, sur les routes d’Espagne. Puis il retourne à Londres. Nous sommes en 1776. Seulement, le Balsamo qui débarque à Londres n’est plus le même : Il est métamorphosé. Bientôt, si s’appellera «Cagliostro». 

A suivre…..

Publié dans Actualité, DÉCRYPTAGE

LE JOUR DE L’AN, Voeux très pieux ..

En mars, en septembre, en décembre….Il faut attendre 1564 pour que le début de l’année soit fixé au 1er janvier. Quelle que soit la date, la tradition des cadeaux a toujours existé.

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L’année n’a pas toujours commencé le 1er janvier. En 46 av.J.C , Jules César décide de refondre le calendrier romain. Jusqu’à alors, l’année commence en mars, mois de la reprise des activités agricoles et guerrières. Il instaure un nouveau calendrier dit «julien», réglé selon le cours du soleil, comptant douze mois et commençant en janvier : un calendrier qui ressemble beaucoup au nôtre : 

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Sous la république romaine, aux calendes (premier jour du mois) de janvier, les Romains échangent des présents appelés étrennes. Un usage hérité, selon la légende, du règne du roi sabin Tatius, à l’époque de la fondation de Rome. Celui-ci avait l’habitude de recevoir en offrande de la verveine venant du bois sacré de Strenna, la déesse de la santé, d’où le nom d’«étrennes» venu jusqu’à nous. 

Afin de placer le début de l’année sous un bon augure, des cadeaux sont échangés dans toutes les classes de la société romaine. Les amis s’offrent des figues, des dattes et du miel, en se souhaitant une année douce et agréable. 

Résultat de recherche d'images pour "figues"Résultat de recherche d'images pour "dates"Résultat de recherche d'images pour "Miel"

Si, au fil du temps, les présents prennent de la valeur (monnaie d’or et d’argent ou meubles précieux), les Romains les plus modestes se contentent de petits cadeaux proches de nos porte-feuilles et agendas. 

Cette tradition s’institutionnalise et devient une fête solennelle dédiée à Janus Résultat de recherche d'images pour "janus dieu" divinité aux deux visages, qui donne son nom au mois de janvier. La conquête progressive du calendrier par l’église va bouleverser la tradition romaine. 

Dès le concile d’Auxerre en 577, les autorités ecclésiastiques condamnent la pratique des étrennes, jugée diabolique. 

Le début de l’année coïncide, à présent, avec l’événement du calendrier chrétien, considéré comme le plus important par le roi. Si à l’époque des Mérovingiens, l’année commence généralement le 1er mars, Charlemagne  privilégie Noël. Sous son règne, le 25 décembre marque le début du nouvel an. Quant aux Capétiens, ils optent pour Pâques, dont la date varie d’une année sur l’autre.

Il faudra attendre le règne de Charles IX Résultat de recherche d'images pour "charles IX" pour que la nouvelle année commence le 1er janvier. 

En 1564, un édit l’institue officiellement, mais il ne sera appliqué que trois ans plus tard. Par-delà la variation de dates fixant la Nouvel an, la coutume des étrennes et des voeux échangés de vive voix subsiste pendant plusieurs siècles.  L’usage est même respecté à la cour de France, comme le confirme la correspondance de la princesse Palatine Résultat de recherche d'images pour "princesse palatine" sous le règne de Louis XIV

Dans un souci de rompre avec le temps religieux, les Révolutionnaires vont choisir l’équinoxe d’automne, en septembre, pour marquer le début de l’année. Au milieu du XIXème siècle, en Grande-Bretagne, une nouvelle habitude s’instaure, celle d’envoyer ses voeux sur une carte. 

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L’invention du premier timbre-poste Résultat de recherche d'images pour "1er timbre poste français"  et du procédé de lithographie va permettre l’essor de ce nouveau rituel qui se répand dans toute l’Europe. Un autre l’accompagne, voué de même à un grand avenir. 

L’imprimeur François-Charles Oberthur donne, en 1810, à l’Almanach des postes sa forme moderne. 

Résultat de recherche d'images pour "François-Charles Oberthur almanach 1849"

Résultat de recherche d'images pour "facteur"Les facteurs seront autorisés à les offrir à leurs clients en 1849. Baptisés successivement Almanach des postes et des télégraphes, puis Almanach du facteur en 1989, il a évolué au fil des ans tout en restant le même. 


Résultat de recherche d'images pour "bonne année 2019"Pour 2019….