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LALIQUE : La haute couture du cristal

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«Le verre est la matière merveilleuse»

Ainsi s’exprime René Lalique en 1925. L’artiste a alors 65 ans. Cela fait plus de quarante ans que son nom est associé à la pureté et à l’éclat du verre qui revêt objets, luminaires, mobilier, bijoux, parfums……. Cent trente ans après, l’esprit novateur du maître règne toujours sur la maison qu’il a fondée, à la renommée désormais internationale. 

Retour sur une destinée peu commune….

D’abord un maître bijoutier 

Résultat de recherche d'images pour "rené lalique"Réné Lalique entre en apprentissage chez un fabricant-bijoutier, tout en poursuivant des études à l’École des Arts décoratifs de Paris. Il part se perféctionner deux ans en Angleterre avant de s’illustrer auprès de grands joailliers parisiens auxquels il apporte sa touche novatrice en utilisant l’émail et le verre tels des pierres précieuses pour orner ses bijoux. Résultat de recherche d'images pour "rené lalique bijoux "Résultat de recherche d'images pour "rené lalique bijoux "

Sa volonté de «créer quelque chose que l’on aurait pas encore vu», lui vaut d’être sacré «inventeur du bijou moderne» par ses contemporains. 

En 1885, il fonde sa première verrerie à proximité de Paris et fabrique, pour le parfumeur Coty, des flacons de verre aux formes inédites.  Image associée

René Lalique, déjà maître joaillier de l’Art nouveau, devient maître verrier de l’Art déco ! 

Le «Rodin de la transparence»

Après la première guerre mondiale, en 1921, Lalique crée la Verrerie d’Alsace à Wingen-sur-Moder, au coeur d’une région de tradition verrière où il travaillera avec une main-d’oeuvre spécialisée et des artisans talentueux. Dès lors, il consacre son travail au verre industriel en jouant sur le contraste entre le verre transparent et le verre satiné, avec, parfois, une patine, un émail ou une coloration dans la masse. Résultat de recherche d'images pour "rené lalique vases "

C’est précisément cette opposition de matières qui demeure encore aujourd’hui la marque de fabrique Lalique. Image associéeSes créations s’inspirent des courbes féminines, de la force de la nature, ou de la grâce de la flore Résultat de recherche d'images pour "rené lalique vases "

Côté production, celui que l’on surnomme le «Rodin de la transparence», innove également avec la fabrication de moules en fonte ou en plâtre, à usage unique, et destinés aux très grandes pièces. Image associéeLe cristal est travaillé dans l’atelier du «verre chaud», où les températures sont extrêmes (le cristal en fusion atteint 1400°) . Récupéré à l’aide de cannes par des «cueilleurs», le cristal est ensuite mis en forme soit dans des moules, soit par des souffleurs, puis les pièces sont acheminées dans les ateliers du «verre froid». Là, les maîtres verriers leur font subir des retouches, des matages (des bains d’acide), un polissage….avant d’apposer, à main levée et au moyen d’une pointe diamantée, la touche finale, la signature Lalique : Résultat de recherche d'images pour "signature lalique france"

Puis vient l’ère du cristal 

A la mort du maître, en 1945, Marc Lalique : Résultat de recherche d'images pour "marc lalique" le fils de René, prend la tête de l’entreprise. C’est lui qui fait définitivement entrer Lalique dans l’ère du cristal. Sa fille Marie-Claude : Image associéelui succède en 1977. Dynamique, elle associe aux traditionnelles techniques de création, telles que le dessin et le modelage en terre, des procédés modernes comme la numérisation et l’impression 3D. 

En 2008, l’entreprise est rachetée par un groupe suisse, Art et Fragrance (devenue depuis Lalique Group), qui développe la capacité de production de la cristallerie. La société lance alors des collections inédites dans le domaine de la maison, de l’art contemporain, et renoue avec la haute joaillerie avec des créations dans le pur respect de l’esprit des oeuvres du père fondateur. 

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Une excellence reconnue aujourd’hui par le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV), qui distingue des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels prestigieux. 

Quelle est la différence entre le verre et le cristal ?

Tous les deux sont constitués de silice (oxyde de silicium), mais le cristal renferme également de 10 à 32 % d’oxyde de plomb, qui augmente la transparence et diffuse beaucoup plus de lumière.

C’est énorme ! 

  • La fabrication d’une pièce en cristal peut nécessiter jusqu’à 40 étapes
  • Il existe plus de 50 métiers chez Lalique : potiers, cueilleurs, souffleurs, sculpteurs..
  • Certains ouvriers constituent la cinquième génération à travailler dans l’entreprise, sachant qu’il faut plus d’une dizaine d’années pour devenir maître verrier.
  • Lalique compte huit meilleurs ouvriers de France parmi ses effectifs. Cette distinction reconnue dans le monde entier témoigne du talent de chaque artisan récompensé.
  • Le 13 novembre 2017, un collier Art nouveau de diamants et perles signé Lalique, créé en 1899-1901, a été cédé au prix de 978 480 dollars américains, soit l’équivalent de un million d’euros ! 

À VOIR

Le musée Lalique ouvert en 2011, il contient 600 oeuvres d’exception (bijoux, sculptures, vases, flacons….) et également des dessins et croquis de René Lalique.

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Musée Lalique, rue du Hochberg, 67290 Wingen-sur-Moder. 

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ARISTIDE ET MARGUERITE BOUCICAUT (XIXème siècle) LE DUO GAGNANT.

Aristide Boucicaut - Le Bon Marché — WikipédiaMarguerite Boucicaut (1816-1887), a participé à la création et à la prospérité du Bon Marché à Paris aux côtés de son mari Aristide Boucicaut et, femme d'une grande générosité, elle a montré constamment des préoccupations sociales et humanitaires. Elle a légué à sa mort son immense fortune à des œuvres de bienfaisance tout en assurant la pérennité du premier grand magasin parisien et en gratifiant ses employés.Entrepreneurs et visionnaires, les commerçants Aristide et Marguerite Boucicaut ont fondé,  AU BON MARCHÉ, modèle à l’origine des grands magasins.

Au Bon Marché (Department Store) 1952 History, Catalogue, Shop, Store Tom Keogh, Marguerite & Aristide Boucicaut, | Hprints.com

Le XIXème siècle a vu naître les grands magasins. Xavier Ruel a fondé le BHV ; Jules Jaluzot, Le Printemps ; Ernest Cognacq, La Samaritaine, et Théophile Bader, Les Galeries Lafayette. On doit le Bon Marché aux époux Boucicaut : ces derniers ont bousculé les codes du commerce de détail et imaginé un modèle qui a marqué durablement la société moderne de consommation.

Jacques-Aristide Boucicaut est né en 1810 dans une petite bourgade de Normandie. Fils d’un modeste commerçant, il doit travailler très jeune. D’abord employé dans la boutique paternelle, il devient ensuite colporteur en bonneterie. A 19 ans, il monte à Paris, où il est embauché comme vendeur Au Petit Saint-Thomas, magasin de nouveautés. Commercial hors pair, il prend rapidement du galon et est promu chef de rayon. C’est à cette époque qu’il rencontre Marguerite Guérin, pauvre et orpheline, mais également travailleuse et débrouillarde. La jeune femme a monté sa propre affaire : elle tient un bouillon qui sert toute la journée un plat unique aux ouvriers et aux employés. Marguerite et Aristide ont tous deux le goût de l’effort et le sens de l’initiative. Ils se marient en 1848. Cette même année, Aristide perd son emploi, mais rebondit vite en se faisant embaucher par Paul Videau, qui vient d’ouvrir, avec son frère Justin, un magasin baptisé «Au Bon Marché», situé dans l’angle de la rue de Sèvres et de la rue du Bac. La fibre commerciale et le génie des affaires d’Aristide se révèlent immédiatement. Sous son impulsion, la mercerie se métamorphose. Le 1er juin 1853, les Boucicaut s’associent aux frères Videau. Confiants, les époux mettent toutes leurs économies dans l’affaire. La boutique comprend alors quatre rayons et une douzaine d’employés et va progressivement devenir un grand magasin, proposant un large choix d’articles.

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Avec Aristide aux commandes, les innovations marketing et commerciales se multiplient. Elles peuvent se résumer en une phrase : désormais, le consommateur est Roi. Il peut entrer et sortir librement du magasin, sans obligation d’achat, il peut retourner un produit s’il n’est pas satisfait, acheter à crédit ; il a le droit de toucher et d’essayer la marchandise sans être importuné. Les prix sont affichés et fixes (finis, les prix «à la binette», qui variaient en fonction de la tête du client).

Aristide innove continuellement en offrant de nouveaux services, comme la livraison à domicile. Il édite dans les années 1860 son premier catalogue, permettant la vente par correspondance. Chaque saison, jusqu’à 500 000 exemplaires – accompagnés d’échantillons – sont envoyés à la clientèle, un service qui a lui seul, mobilise 150 employés. Cette nouvelle stratégie paie : la foule se presse Au Bon Marché. En dix ans, de 1853 à 1863, le chiffre d’affaires va progresser de 450 000 à 7 millions de francs. Malgré ce succès, Paul Videau est effrayé par l’audace de ses associés : Il décide de sortir de l’affaire en janvier 1863. Plus rien n’arrête alors les ambitions des Boucicaut. En 1869, il acquièrent un terrain et posent la première pierre d’un grand établissement commercial. Le nouveau Au Bon Marché sera, selon les mots de son propriétaire, «Le seul édifice spécialement construit et entièrement affecté à l’usage d’un grand commerce des nouveautés». Sous la conduite de l’architecte Louis-Charles Boileau et de l’ingénieur GUSTAVE EIFFEL, les espaces sont optimisés et magnifiés, grâce à l’alliance de la pierre, du fer et du verre.

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Ce nouveau bâtiment – dont la construction s’achèvera en 1887 – peut accueillir un large public sur une superficie de 52 800 mètres carrés. Il est organisé en 74 rayons gérés chacun par un chef, responsable de l’approvisionnement et de la vente. Le marketing et la publicité font leurs débuts avec des slogans tels que «Ici on reprend tout ce qui a cessé de plaire» ou «Chez Boucicaut, on livre à domicile aussi loin qu’un cheval peut aller dans Paris et sa banlieue». Les devantures de ce magasin moderne sont reproduites sur les catalogues, mais on les retrouve aussi sur des agendas, des papiers buvards et des plans de Paris. Chaque semaine, les enfants des clients reçoivent des images publicitaires à collectionner.

Aristide Boucicaut est également l’initiateur d’un événement promotionnel toujours en vigueur, le mois du blanc, durant lequel le linge de maison est vendu à prix réduit. En 1873, peu après les fêtes de fin d’année, alors qu’il errait dans un magasin vide, il avait imaginé cette animation afin de relancer les ventes….Et ça a fonctionné ! Autre innovation : pour capter et retenir la clientèle, le magasin dévient un lieu culturel grâce à un salon de lecture et à une galerie d’exposition.

Si les clients sont chouchoutés, les salariés ne sont pas en reste. Outre un intérêt direct à la vente, ils ont un accès gratuitement à des cours de langues étrangères, de chant, de musique et d’escrime. Ils bénéficient d’un jour de congé payé hebdomadaire, d’une médecine du travail, d’un réfectoire gratuit, d’une caisse de prévoyance, puis d’une caisse de retraite (qui sera largement financée par la fortune personnelle de Marguerite Boucicaut).

Aristide Boucicaut, est un patron qui fait rêver l’Amérique !

En 1877, Aristide meurt. Il laisse à sa veuve une entreprise réalisant un chiffre d’affaires de 72 millions de francs et employant plus de 1 700 personnes. Pendant dix ans, Marguerite va diriger seule la société, tout en poursuivant la politique commerciale et le management de son mari. En 1880, elle décide ainsi d’intéresser financièrement chaque salarié de la société. Elle décède sept ans plus tard, en 1887 dans sa villa cannoise. Ses somptueuses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Thomas-d’Aquin à Paris. De nombreux employés, clients et amis se déplaceront pour rendre hommage à sa bonté ainsi qu’à ses accomplissements. Son testament s’inscrit dans la continuité de ses œuvres sociales et philanthropiques : elle confie à l’Assistance publique, son légataire universel, la construction d’un hôpital moderne qui portera son nom,  lègue une partie de sa fortune à des oeuvres philanthropiques, l’autre à ses employés (chacun reçoit, suivant son ancienneté, de 1 000 à 10 000 francs).

Révolutionnaires dans leur approche de la relation client, les époux Boucicaut ont contribué à la diffusion de la mode parisienne en France et à l’étranger. La presse les présentait à l’époque comme «La Bonne Dame du Bon Marché» et «L’Homme que nous envie l’Amérique».

Une succes story Française immortalisée par Emile Zola, dans son chef-d’oeuvre «Au Bonheur des Dames». Une enquête passionnante dans laquelle Zola se révèle être un grand documentariste avant l’heure.

Leur savoir faire était axé autour de trois grand principes. D’abord, ils ont placé la qualité des produits au cour des enjeux marketing de réputation et de fidélisation : Ils proposaient, par exemple, aux consommateurs non satisfaits de retourner leurs achats. Ensuite, ils ont imaginé une expérience client unique. Pour la première fois l’acte d’achat est pensé comme un moment privilégié, déconnecté des contraintes du quotidien : les articles sont présentés dans de superbes mises en scène, les enfants peuvent être gardés dans le magasin… Faire des emplettes devient dès lors un loisir à part entière. Enfin, ils ont su mettre au centre de leur stratégie la fidélisation de la clientèle, tout en s’attachant à améliorer les conditions de vie et de travail de leurs employés.

Les Parisiennes prirent l’habitude de se retrouver dans ce grand magasin, échappant un temps à l’ennui de leur vie domestique. Et, ce faisant, certaines développèrent une addiction toute nouvelle au shopping !

Bon, et Le Bon Marché aujourd’hui ?  Détruit par un incendie, il est reconstruit en 1924 par Louis-Hippolyte Boileau. Depuis 1984, le Bon Marché est propriété du groupe LVMH  (C’est le premier groupe de luxe au monde avec quelques quinze milliards de chiffre d’affaire, 59 000 employés et 60 marques)  Bernard Arnault, qui sait se montrer intraitable avec les ouvrières qu’emploie son groupe de luxe LVMH, a entrepris une grande rénovation et refonte des espaces en vue de le moderniser. Le Bon Marché, démentant sans aucun scrupule son propre nom, puisque, «bon marché» signifie «peu onéreux», Le Bon Marché donc, est devenu le grand magasin de luxe de la rive gauche, celui dans lequel la bourgeoisie parisienne est assurée de trouver le fameux «bon goût à la française».

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Plein feux sur le berceau du cinéma

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Le «château» des Frères Lumière 

A Lyon se trouve un endroit mythique pour tout cinéphile : L’institut Lumière. C’est ici, en 1895, que le cinématographe est né du talent des frères Lumière, Louis et Auguste.

Sur l’ancien site des usines familiales, dans le quartier Montplaisir, un lieu de mémoire et de conservation a vu le jour. 

3 choses à retenir sur les frères Lumière :

• Auguste et Louis sont nés dans les années 1860 à Besançon.

• Comme leur père, Antoine, ils étaient des ingénieurs et industriels. Leurs inventions ont révolutionné l’histoire du cinématographe et de la photographie.

• Ils tournèrent le premier film de l’histoire du cinéma en 1895, Sortie d’usine, et organisèrent les premières projections publiques.

A la fin du XIXème siècle, la famille Lumière s’installe dans ce quartier de Lyon, qu’elle fait vivre jusque dans les années 70, époque où la production est délocalisée et les usines abandonnées. De ce vaste espace industriel, il ne reste plus que la villa Lumière et le hangar du Premier-Film, dernier vestige du site industriel, des symboles forts de cet héritage qui reste tourné vers l’avenir.

La villa Lumière est construite par le père, Antoine, et inaugurée en 1902. Le patriarche était fasciné par la pierre et aimait jouer aux architectes, comme en témoignent ses autres créations à la Ciotat, Evian et Cap-d’Ail, les lieux de villégiature de la famille. Surnommée «Le Château Lumière» par les habitants du quartier, la demeure reflète les goûts de son créateur : mosaïques en céramique, lustres, grandes fenêtres faisant enter la lumière ou encore cheminées en marbre sculptées. L’ensemble est de style Art nouveau, où priment les formes courbes inspirées par la nature. La villa est aujourd’hui devenue musée, retraçant, grâce à sa riche collection, l’histoire du cinéma et de la famille Lumière.

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Pour pénétrer dans la propriété, il faut traverser le porche majestueux qui permettait jadis l’entrée des chevaux et des voitures. Marguerite Lumière y fut souvent vue, se promenant sans la luxueuse Renault Vivastella de son mari Auguste. Le jardin d’hiver est une petite merveille aux multiples motifs ornementaux. La verrière inonde la pièce de lumière et offre une vue dégagée sur le jardin. Cette pièce servait de lieu de vie pendant les beaux jours, mais également de serre en hiver pour les plantes de Joséphine, la mère. Viennent ensuite les grands salons, également richement décorés, qui présentent l’évolution du cinématographe, ainsi que les inventions des frères qui révolutionnèrent les techniques photographiques.

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La visite se poursuit au premier étage, que nous atteignons en empruntant un escalier à la décoration assez étonnante. Sur les murs peints se trouvent des plants de maïs dans lesquels se cache une basse-cour composée de coqs, poules et poussins, symboles de la famille Lumière. On retrouve d’ailleurs un majestueux coq sculpté dans le bois à l’amorce de la rambarde.

Résultat de recherche d'images pour "musée des frères lumières lyon chambre d'Antoine"Une fois grimpées les marches, nous découvrons la chambre d’Antoine, reconstituée dans sa configuration d’époque, et qui laisse la même impression de voyage dans le temps que le jardin d’hiver. L’endroit est chaleureux et confortable : s’y mêlent les motifs fleuris, les nuances de bois clairs, le rouge groseille et le vert olive.

Le reste de l’étage est consacré aux inventions de la famille, les gammes de produits photographiques et, plus surprenant, médicaux (le tulle gras pour soigner les grands brûlés, par exemple). Il y a également une salle de projection et des expositions de photographie.

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Sortons maintenant découvrir le parc, lieu calme et ouvert à tous. Il est agrémenté de l’exposition en plein air L’allée des Inventeurs, rendant hommage aux prédécesseurs des Lumière. C’est aussi ici que prend place, chaque mois d’octobre, le village du festival Lumière.

Résultat de recherche d'images pour "musée des frères lumières lyon  hangar du premier film"Au fond du jardin se détache la silhouette du Hangar du Premier film.  C’est ici que fut tourné Sortie d’Usine, premier film de l’histoire du cinématographe. Ce Hangar, sauvé in extremis de la destruction, est classé Monument historique en 1994. Il a été transformé en salle de cinéma en 1998. La rue qui le longe fut naturellement rebaptisée rue du Premier Film.

L’institut Lumière est un savant mélange de passé, présent et avenir. Il se veut un endroit vivant, porteur d’un bel héritage, mais surtout passeur de mémoire pour les nouvelles générations, comme en témoigne sa riche programmation d’activités et d’événements pour petits et grands. La lumière des projecteurs n’est pas près de s’éteindre.

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Embarquement pour TOULOUSE avec Claude Nougaro.

Un des maîtres de la chanson  française, Claude Nougaro  a représenté dans le champ artistique une figure de métissage culturel qui puise ses racines dans la France populaire, l’Occitanie et les États-Unis d’Amérique. Seules les formes non écrites de la poésie savent toucher un vaste public, et Nougaro a confié à la chanson la mission d’exprimer son élan lyrique.

Claude Nougaro Résultat de recherche d'images pour "claude nougaro à toulouse" naît le 9 septembre 1929 à Toulouse, ville rose, hispanique et cathare qu’il magnifiera dans Toulouse en 1967.

Le chanteur, qui a passé une enfance et une adolescence difficiles à Toulouse, décide d’écrire cette chanson à un moment de sa vie  «passablement compliqué». La première version de la chanson, écrite à Paris à son domicile de l’ avenue des Terne, est donc relativement dure et c’est en discutant avec sa seconde épouse, Odette, qu’il décide d’en faire un « chant d’amour et non un chant de rancune » pour citer les mots de sa femme. Le texte, qui mêle à la fois des éléments du patrimoine matériel et immatériel de la ville, reprend dans son refrain les paroles de La Toulousaine, écrite en occitan   (La Tolosenca) par Lucien Mengaud.

Ò mon país !
Ò mon país !
Ò Tolosa,
Tolosa !

Le thème prend sa source dans la mélodie du carillon des Minimes, celle là-même qu’il a entendue toute son enfance sonner à l’église du quartier.

 À sa sortie, le disque ne remporte pas de réel succès, et c’est au cours des années 1970 et 1980, que la chanson passe à la postérité et, avec son auteur devient emblématique de la ville jusqu’à être considérée comme un hymne officieux de Toulouse et un symbole identitaire fort de la «cité gasconne», jouée notamment fréquemment lors des rencontres de rugby du Stade Toulousain.  Les paroles de la chanson figurent sur une plaque des quais de la Garonne.

«Toulouse est quand même un cadeau empoisonné, dit Alain Wodrascka, car elle a pu réduire Claude Nougaro à un chanteur régional.» Pour les Toulousains, c’est certain, il est leur chanteur. Dans cette fin des années 1960, où fleurissent les mots d’ordre «Gardarem lou Larzac» ou «Volem viure al païs», Toulouse peut apparaître comme une revendication identitaire. Pour les autres, c’est une chanson sur l’enfance et le souvenir. C’est aussi la France des trente glorieuses qu’esquisse Nougaro en cheminant dans sa ville qui n’oublie pas son passé alors que l’avenir la remodèle.

«La forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel», écrivait Baudelaire. Pourtant, le visiteur peut mettre ses pas dans ceux du gamin bagarreur et refaire cette promenade de rêveur solitaire. Le décor -l’eau verte du canal du Midi, Saint-Sernin, la brique- est conforme aux rimes. Aux Minimes, les écoliers n’ont plus de cartable mais un sac Eastpak, bourré de coups de poing lui aussi. On se traite toujours de con. Dans le ciel, les Caravelles de Sud Aviation ont laissé la place aux Airbus d’EADS, mais les avions sont toujours aussi beaux. «Ce qui a le plus changé à Toulouse, a dit un jour Claude Nougaro, c’est moi.»

56, boulevard d’Arcole : la maison natale.Résultat de recherche d'images pour "la maison natale de claude nougaro" Face à la place Arnaud-Bernard, une plaque commémorative indique : « Ici naquit Claude Nougaro, poète et chanteur. 1929-2004 ».«C’est la maison de ses grands-parents»Sa grand-mère paternelle était sage-femme. Ses parents étaient musiciens : Liette, sa mère, était pianiste ; son père, Pierre, chanteur d’opéra. Ils l’ont conçu lorsqu’ils étaient à Saïgon. Ils étaient constamment en tournée et Claude a été élevé par ses grands-parents. Ils parlaient peu et Claude Nougaro s’est beaucoup ennuyé durant son enfance. Il a vécu dans le silence mais aussi avec la radio, où il a découvert le jazz, et la littérature ».

 « Pendant son enfance, il a déménagé aux Minimes où il a vécu ses premières expériences de castagne. Un collège, une station de métro et un jardin portent son nom dans le quartier. C’est pourtant à Fermat qu’il a été collégien. Il était un véritable cancre et ses parents l’avaient mis en pension à Sorèze d’où il s’est enfui. Il a conclu sa scolarité en rendant copie blanche au bac. »

Place Arnaud-Bernard, retour aux sources. Résultat de recherche d'images pour "place arnaud bernard  claude nougaro" « Claude Nougaro aimait revenir dans son quartier, un lieu cosmopolite où réside Claude Sicre avec qui il était très lié. Jean-Pierre Mader, Magyd Cherfi et Claude Sicre revendiquent son influence, notamment l’accent qu’il a fait chanter sans complexes. »

 « Dans Ô Toulouse, il cite la basilique Saint-Sernin :Résultat de recherche d'images pour "basilique saint sernin" une fleur de corail que le soleil arrose.»

Le « petit taureau » de l’église du Taur.Résultat de recherche d'images pour "taureau de l'église st taur" « Le petit taureau revient dans ses textes et ses dessins. C’est un surnom que lui avait donné son maître spirituel, le poète Jacques Audiberti, pour son physique, très viril, et son jeu de scène. »

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C’est  place du Capitole qu’il avait été désigné roi du carnaval : on lui avait proposé de se hisser sur le toit de l’opéra où son père avait été premier baryton. Il avait dit qu’il allait chanter sur la tête de son père…  C’est sous les arcades que son ami Raymond Moretti a peint la série sur les figures toulousaines. Un caisson de voûte lui est consacré, entre le rugby et le spatial. »

Enfin, c’est aussi dans la Garonne, depuis le Pont Saint-Michel, qu’une partie de ses cendres a été dispersée.

85 ans jour pour jour après la naissance de Claude Nougaro et 10 ans après sa mort, le chanteur, véritable emblème de Toulouse, a  sa statue en plein centre-ville, place Charles de Gaulle, derrière le Capitole. Résultat de recherche d'images pour "statue de claude nougaro à toulouse"

L’oeuvre, signée Sébastien Langloys, a bénéficié lors de sa conception en terre du «coup de pattes» de centaines de Toulousains venus apporter leur grain de sel à la sculpture. La statue a ensuite été coulée en bronze dans une fonderie d’art Toulousaine.Résultat de recherche d'images pour "statue de claude nougaro à toulouse"

C’était donc sur Radio-Toulouse, chez ses grands-parents qui l’élèvent, qu’il découvre le jazz (il écrira Armstrong en 1966) : Il y reprend la musique d’une chanson de Louis Armstrong justement, Go Down Moses, inspirée d’un negro spiritual traditionnel du XIX°. Les Negro spirituals ont pour thèmes la rédemption, le triomphe de l’espoir sur la misère et la délivrance. La chanson raconte l’histoire de Moïse délivrant les Hébreux de l’esclavage en Égypte.

À Saint-Germain-des-Prés, il se lie avec Jacques Audiberti (Chanson pour le maçon, 1966), auquel il vouera une amitié indéfectible. Au cabaret montmartrois du Lapin agile, il lit des poèmes et chante ses premières chansons. Parolier pour Philippe Clay, Marcel Amont, Dario Moreno, Jean Constantin (Les Pantoufles à papa) ou Marguerite Monnot, c’est vers les hommes du jazz français, Michel Legrand  au premier rang, qu’il se tourne véritablement.  Le vrai succès vient lorsque Nougaro fusionne l’écriture de chansons avec les événements de sa vie privée : Je suis saoul (1964) est une amusante pochade, Cécile, ma fille (1963) dit comment le désir d’enfant avec l’épouse aimée l’emporte sur le malthusianisme du célibataire. D’autres titres étonnent, en ces temps de yé-yé, par leur façon d’exprimer dans l’euphémisme à la fois l’aigre-doux de la guerre des sexes (Les Don Juan ou Une petite fille en 1962), et la double attirance pour la chanson française et le jazz américain (Le Jazz et la java, 1962). Par ailleurs, sa passion conjuguée pour la musique d’outre-Atlantique et le cinéma devient le fondement d’une inspiration prise dans le chassé-croisé des mythologies des années 1960 : Chanson pour Marilyn, Le Cinéma, À bout de souffle … Le mouvement de Mai-68 lui inspire Paris-mai, plus lyrique que politique. Il s’oriente résolument vers des musiques venues du Brésil ou d’Afrique (Locomotive d’or, 1973), et enregistre tant avec Eddy Louiss qu’avec Baden Powell, dont il adapte Berimbau sous le titre de Bidonville (1966). Il développe en même temps la dimension scénique de son talent : l’Olympia ou Bobino lui permettent de donner libre cours à la fois à l’énergie animale qui l’habite et à un talent de troubadour généreux, à travers une diction articulée où s’entend un phrasé du Sud-Ouest qui redonne souffle à la langue française.

Ce fataliste amoureux de la vie écrit des morceaux comme Dansez sur moi (1973) ou Tu verras (1978), comme autant de pieds de nez adressés à la mort ou à l’usure de l’amour. Tandis qu’il tourne avec le trio de Maurice Vander, Pierre Michelot et Bernard Lubat, la relative désaffection du public dans les années 1980 est interrompue par Nougayork (1987) :

Remercié par Barclay conséquence des médiocres ventes de ses précédents disques, il part pour New-York avec pour seul bagage, l’adresse de la veuve de Charles Mingus. Sur place il enregistre Nougayork avec des pointures de la musique américaine.   Avec 503 000 exemplaires vendus lors de la sortie de l’album, il relance sa carrière. Pour cet opus le chanteur obtint la Victoire du meilleur album aux Victoires de la musique en 1988, ainsi que celle de l’artiste interprète masculin de l’année.

Les albums des dernières années furent sans doute de moindre importance (Embarquement immédiat, 2000). Les Fables de ma fontaine disent cependant l’amour des mots dans un dialogue gourmand avec le fabuliste. Mais Nougaro était malade depuis plusieurs années, et le public a quelque peu perdu de vue ce Toulousain de Paris quand il meurt, le 4 mars 2004. Résultat de recherche d'images pour "claude nougaro toulouse"

Il y a moins un style Nougaro qu’une formule sonore qui le fait immédiatement reconnaître : la résonance d’une voix ardente, la jonglerie verbale quand elle flirte avec le swing, la sympathique misogynie (L’Église, 1963) d’un amateur de femmes, de boxeurs et de taureaux (Petit Taureau, 1967 ; Quatre boules de cuir, 1968). C’est le parolier-poète qui restera inscrit au patrimoine populaire d’une world music de qualité France.