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Chez Victor Hugo en exil

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En voilà une restauration réussie ! A Guernesey , la maison de l’écrivain a rouvert ses portes. Y entrer c’est aussi entrer dans sa tête.

D’abord, il y a le léger choc atmosphérique entre le dehors et le dedans. Dans la petite rue qui monte de Saint Peter Port jusqu’à Hauteville House, tout est blanc, lisse et brillant comme un village anglo-normand rincé par l’orage. Mais derrière la porte du numéro 28, d’un «vert salade voulu par l’écrivain» explique Gérard Audinet, directeur des Maisons de Victor Hugo, il fait sombre et gothique, il fait fou, excentrique.

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A peine un pas dans le vestibule d’entrée et , déjà, Quasimodo, Esmeralda, Phoebus et toute une cour des miracles vous observent du haut d’un porche comme les gargouilles penchées au-dessus du frontispice de Notre-Dame. Il faut garder les yeux levés.

D’un côté, l’inscription ave («salut») surplombe la porte à deux vantaux de la salle de billard où amis et autres proscrits fumaient, buvaient, parlaient «à voix haute de tout et à voix basse d’autre chose».  En face, un obscur corridor émaillé d’oeils-de-boeufs et de porcelaines. Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey corridor" Des pots, des plats, des assiettes, partout, sur les murs et au plafond. De part et d’autre de ce «couloir aux faïences», un salon et l’atelier, tapissés du sol au plafond – si bien que l’on pourrait presque les retourner et y marcher à l’envers – Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey salon"

Pas de doute on est chez Victor Hugo. Sa maison d’exil – lui et sa famille y ont habité pendant quinze ans, de 1856 à 1870 – vient de rouvrir, rénovée à l’identique, telle que l’écrivain l’avait conçue et décorée, comme un «poème en plusieurs chambres», dixit son fils Charles.

Constatant que la bâtisse, constamment exposée aux vents marins, prenait l’eau, faisant courir un risque aux collections, la mairie de Paris, (à qui appartient la maison) a lancé des études en 2016 pour sauver le trésor : 800 000 euros ont été débloqués. Le mécénat de François Pinault, d’un montant de 3.5 millions d’euros, a permis d’envisager la restauration totale. Sofas retapissés de tapis turcs, miroirs et boiseries restaurés et tissus retissés à l’identique : il a fallu recourir à ses lettres familiales, à des photos d’archives pour reconstituer le défi qu’il avait ainsi formulé à son ami Jules Janin :

«Désormais je serai chez moi, les murs, les planchers et les plafonds seront à moi ; je serai un propriétaire, un landlord, la chose sacrée en Angleterre. (…) Je suis curieux de voir si les pierres anglaises sauront défendre un proscrit français. L’expérience est curieuse et vaut la peine d’être faite. La maison sort tout entière des «contemplations»

Oui, l’expérience mérite d’être faite. Découvrons, par exemple, la salle à manger et sa spectaculaire cheminée en H – Hauteville ou Hugo ? – :

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couronnée de mille curiosités et d’une statue de Notre-Dame-de-Bon- Secours lovée dans un quatrain. Dès le rez-de-chaussé, on est décoiffés.

Mais l’outre-monde de Victor Hugo ne se contente pas de l’abîme, et , dans l’escalier couvert d’un feutre épais, sous les puits de lumière, le visiteur «monte des ténèbres à l’idéal», comme dans la préface de «la légende des siècles».

Nous voilà au premier étage. Le long de la même bibliothèque que celle de la Tourgue  dans «Quatrevingt-treize», c’est à dire «oblongue et ayant la largeur du pont», où Shakespeare côtoie Homère, Corneille et Dickens, les salons rouge et bleu sont troués de fenêtres à la française, et non à l’anglaise – Hugo étant contre la peine de mort – par lesquelles le ciel, les arbres et la mer se déversent. Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey 1er étage les salons"

Plus sa boîte – de Pandore – domestique et crânienne se dévoile, plus la tête vous tourne. Baguenaudant au milieu de cette fête étrange, au bord de la poésie et du génie, l’on se croit myope ou complètement ivre ; c’est établi, Hugo a fait siège de notre esprit, on ne voit plus que lui. Hugo nous a pris. Image associée Et puisque «tout lieu de rêverie est bon, pourvu que le coin soit obscur et que l’horizon soit vaste» [écrivait-il dans «Actes et paroles»], vous poursuivez jusqu’à l’azur l’ascension de son oeuvre architecturale. Au sommet d’un escalier minuscule semé de miroirs où vous vous regardez en songeant au «Quand je vous parle de moi, je parle de vous.(…) Ah ! insensé, qui croit que je ne suis pas toi !» de la préface des «Contemplations» : la vigie, le bord du vide, l’encielement d’une oeuvre prodigieuse et d’une pensée athlétique, ce qu’il appelait le «Look-out». Voilà la pièce maîtresse de la maison, le cabinet de travail où s’achèvent «Les misérables», «la légende des siècles» et les plus belles pages d’histoire politique sur l’abolition de la peine de mort :

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Depuis ce poste d’observation bombardé de lumière, on regarde la baie de Havelet en face, peut-être même les côtes de France quand le temps est clair, mais aussi le jardin repensé par le paysagiste Louis Benech, et ce chêne «des États-Unis d’Europe», planté là un certain 14 juillet 1870, quelques semaines avant le retour du premier proscrit de France «chez lui».

«Quand la liberté rentrera, je rentrerai» 

avait annoncé Hugo au lendemain du coup d’État Bonapartiste de décembre 1851. C’est chose faite, le 5 septembre 1871, après la défaite de Napoléon «le Petit» à Sedan, le lendemain de la proclamation de la IIIe République, et après dix huit ans d’exil dont quinze à Guernesey.

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On quitte la maison d’Hugo, grisé comme on l’est par l’étroite proximité que l’on a, parfois, avec un grand texte. Hugo n’est pas parti. A Hauteville House, son hold-up mental est total. S’y aventurer est une odyssée de l’esprit, c’est «marcher vivant dans un rêve» comme dans «le livre des tables», lire une «page de grimoire écrite en pierre», comme dans «Notre-Dame de Paris», tandis qu’au-dehors, sous le crachin anglo-normand, tout est toujours blanc, lisse et brillant.

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Sète, la petite Venise du Sud

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Ville posée sur l’eau, Sète est entourée d’une part, par l’étang de Thau et, d’autre part, par la Méditerranée. Entre les deux, des canaux et des ponts relient la ville chère à Georges Brassens et donnent à cette petite cité du Sud des allures de Venise languedocienne.

Le port de Sète constitue le véritable socle de la ville. Ouvert le 29 juillet 1666, il a été creusé de toutes pièces sur la volonté de Louis XIV qui voulait offrir un débouché maritime au canal du Midi pour relier l’Atlantique à la mer méditerranée. Le port s’est ensuite enrichi grâce au commerce du vin.

Résultat de recherche d'images pour "sète france" Le ballet de ses cargots, paquebots et bateaux de pêche n’a cessé d’inspirer les artistes sétois, de Paul Valéry à Jean Vilar, en passant bien sûr, par Georges Brassens.

La promenade Jean-Baptiste-Marty vous plonge directement dans l’ambiance portuaire. Elle surplombe le quai de la Consigne, l’ancien siège des ateliers de salaison du poisson bleu (sardines, anchois, maquereaux), qui accueille désormais les ateliers d’entretien des filets de pêche. 

Creusé en même temps que le port, le canal de Sète constitue la colonne vertébrale de la cité portuaire. La partie comprise entre le pont de la Savonnerie et le pont de la Civette, appelée Cadre Royal, représente à elle seule un concentré de la vie Sétoise : Résultat de recherche d'images pour "Sète france Cadre royal"

Les bateaux amarrés le long des quais lui donnent des allures de carte postale, qu’il est agréable de découvrir sur l’une de ces petites vedettes de croisière qui sillonnent la ville. C’est la meilleure option pour admirer de part et d’autres des quais les façades colorées, clin d’oeil à l’Italie et à ses populations venues jadis s’installer dans ce paradis languedocien. 

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Le palais consulaire autrefois chambre de commerce, il abrite aujourd’hui la Maison de la Mer. Sa tour évoque un minaret symbole des liens économiques de Sète avec le Maghreb, notamment l’Algérie.

Le quai Lemaresquier abrite le palais consulaire, construit dans un style Art déco avec des grappes de vigne sculptées qui rappellent l’importance du négoce du vin. Les restaurants en enfilade se succèdent sur le quai Général-Durand, appelé aussi quai de la Marine. Entre ces deux ponts, c’est sur le canal que se déroulent chaque été les fameux tournois de joutes nautiques, une institution sétoise. 

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Rendez-vous au village des Pointus

Impossible de ne pas succomber au charme de ces petites cabanes de pêcheurs. A la pointe courte, posée sur l’étang de Thau, c’est comme si le temps s’était arrêté. 

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Ce village de pêcheurs, dont les habitants se nomment les pointus, est resté dans son jus avec ses barques colorées et ses filets qui sèchent le long de l’étang. 

L’artère principale s’appelle la «rue de la Pétanque» : Tout est dit ! A la fin de l’été, il ne faut pas manquer le spectacle des pêcheurs amassés le long des quais et attendant les dorades qui transitent de l’étang vers la mer. 

Dans les pas des poètes

Sète s’apprécie aussi vue d’en haut. Situé sur le versant méridional du mont Saint-Clair, le cimetière Saint-Charles a été rebaptisé Cimetière marin en 1945 en référence au poème du même nom de Paul Valery. Image associée Le poète, né à Sète en 1871, y repose, tout comme l’homme de théâtre Jean Vilar, Résultat de recherche d'images pour "Sète france jean Vilar" créateur du festival d’Avignon. 

Une partie du cimetière est réservée à la communauté protestante qui a joué un rôle essentiel dans l’essor de l’activité du port aux XVIIIe et XIXe siècles. Les Sétois ont aussi l’habitude de l’appeler le «cimetière des riches», par opposition au «cimetière des pauvres», le cimetière Le Py, situé en face de l’étang de Thau, et où repose Georges Brassens. Résultat de recherche d'images pour "Sète france Georges brassens", sa tombe est d’une grande simplicité (à l’image de l’artiste). Des années après sa disparition, il  déplace toujours les foules. Il est aussi possible de se balader devant sa maison natale située au 20, de la rue qui porte son nom sur les pentes du mont Saint-Clair. L’espace Brassens, musée qui lui est consacréRésultat de recherche d'images pour "espace georges brassens sète" propose des scénographies pour redécouvrir la jeunesse de l’artiste-poète. Enfin chaque été en juin, le théâtre de la Mer organise un festival de chansons françaises intitulé «Quand je pense à Fernande»….Vous connaissez la suite !

Supplique de Georges Brassens pour être enterré sur la plage de Sète (extrait)

Mon caveau de famille hélas ! n’est pas tout neuf. Vulgairement parlant, il est plein comme un oeuf
Et, d’ici que quelqu’un n’en sorte, il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens  » poussez vous donc un peu ! » Place aux jeunes en quelque sorte.
Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus, creusez, si c’est possible, un petit trou moelleux

Une bonne petite niche, auprès de mes amis d’enfance, les dauphins, Le long de cette grève où le sable est si fin, sur la plage de la corniche.

C’est une plage où, même à ses moments furieux, Neptune ne se prend jamais trop au sérieux, Où, quand un bateau fait naufrage, le capitaine crie : » je suis le maître à bord ! Sauve qui peut ! le vin et le pastis d’abord! chacun sa bonbonne et courage ! »

Et c’est là que jadis, à quinze ans révolus, à l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus, Je connus la prime amourette. Auprès d’une sirène, une femme-poisson, Je reçus de l’amour la première leçon, avalai la première arête  …

Halte indispensable à la criée.

Le bâtiment, acquis par la ville en 1966, avec son toit en forme de pagode, vaut vraiment le détour. 

Visite guidée de la Criée à Sète

Construite en 1967 et inaugurée en 1969, la Criée de Sète fut la première à être informatisée dans les années 1980. Climatisée et respectant ainsi la chaîne du froid, elle contient un amphithéâtre où les professionnels achètent les lots de poissons au cours d’enchères descendantes. Là, les produits défilent avec leurs informations et les acheteurs se tiennent à l’affût, appuyant sur leur télécommande à infrarouge lorsqu’un lot les intéresse.

L’office du tourisme organise de février à novembre des visites guidées pour plonger dans l’ambiance, certes un peu bruyante, mais si typique, de cette grand messe du poisson

Sur une bande roulante, les cageots remplis de dorades, rougets et autres seiches défilent à la queue leu leu tandis que sur les murs, les chiffres des enchères défilent à toute allure. Ça crie, on passe commande et ça sent bon le poisson frais….impressionnant ! 

En sortant de la Criée, les participants rendent les badges qui leur avaient été remis pour entrer. Les touristes marchent alors à côté des camions qu’on charge du poisson récemment acquis. Une fois devant, la dernière petite information de la visite concerne l’immeuble face à la Criée. Il s’agit de l’ancienne habitation d’un mareyeur, un vendeur de poisson. Son emplacement lui assurait d’avoir un poisson on ne peut plus frais.

Les nombreux visiteurs sont séduits par cette visite d’un lieu finalement peu commun et la fréquentation générale prouve que ces “coulisses” intéressent le public.

 

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VENISE Dans les pas de Casanova.

Aux femmes, il a toujours préféré sa liberté. Joueur invétéré et libertin, il s’est vanté d’en avoir aimé 122….en 39 ans ! C’est à Venise qu’il a commencé à exercer ses «talents»….

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Le Palais des Doges

Résultat de recherche d'images pour "giacomo casanova"Né en 1725 à Venise, Giacomo Casanova est le fils de modestes artistes. Lui-même déploiera d’immenses talents de comédien non seulement pour se rapprocher des puissants, mais aussi pour séduire la gent féminine. Ainsi, vers 1740, alors qu’il est nommé abbé de l’église San Samuelle, à deux pas du palais Grassi, construit entre 1748 et 1772, la beauté des femmes l’émoustille déjà et il se détourne vite de sa vocation. Tandis qu’il prépare un sermon, il tombe amoureux d’Angela, la nièce du curé, qui prend des leçons de broderie. Casanova passe ses journées à la regarder travailler en lui déclarant sa flamme, mais ne reçoit en retour que mépris et indifférence. La jeune femme, pourtant loin d’être insensible, a compris que ce beau parleur ne l’épouserait jamais…

Casanova jette alors son dévolu sur Nanette et Marton, deux soeurs brodeuses, comme Angela. Et cette dernière va jouer les entremetteuses. Elle propose à Casanova de se joindre à elle et ses deux amies pour une soirée libertine. Il faut se replacer dans le contexte de la Venise de l’époque, réputée être la ville d’Europe où l’on s’amusait le plus et qui attirait les célébrités du monde entier, pour ses théâtres, son carnaval (qui durait six mois) et aussi des bordels ! «Ablutions collectives ..Nuit blanche, Casanova passe de Nanette à Marton, de Marton à Nanette » écrit la romancière Chantal Thomas dans la biographie qu’elle consacre à l’aventurier Résultat de recherche d'images pour "casanova un voyage libertin de chantal thomas"Casanova, à seulement 14 ans, a perdu sa virginité. 

A la même époque, notre don Juan, 1.90 mètre de séduction et de muscles, tombe sous le charme de Teresa Imer. Le jeune homme fréquente alors assidûment le palais Malipiero, l’un des plus beaux palais de Venise, situé sur le grand canal, Résultat de recherche d'images pour "Le palais Malipiero"à quelques minutes à pied de la place Saint-Marc. Il y rencontre la belle Teresa, convoitée par le sénateur Malipiero, et….la séduit. Les amants se font surprendre et Casanova se fait chasser du palais à coups de bâtons. Leur idylle ne durera pas bien longtemps, mais la légende raconte qu’ils auraient eu deux enfants.

Décidément, dans cette Venise du siècle des Lumières, tout est permis ! Même les nonnes ont des aventures et Casanova compte bien en profiter. Le séducteur a 28 ans et fréquente les soirées masquées en vogue durant le carnaval. Résultat de recherche d'images pour "carnaval de venise"Il y rencontre celle qu’il appelle «C.C» dans ses mémoires, une jeune fille de bonne famille. Casanova veut l’épouser, mais le père de C.C. refuse et, par précaution, fait enfermer la malheureuse au couvent de l’île de Murano, Résultat de recherche d'images pour "île de Murano"à 1.5 kilomètres au nord de Venise.

Dépité, le jeune homme se rend plusieurs fois au couvent pour tenter d’apercevoir sa bien-aimée, quand il est repéré par M.M (Marina Morosini), une autre religieuse, issue d’une lignée de Doges. Il n’en faut pas plus à cet épicurien pour céder à la tentation ! Résultat de recherche d'images pour "Casanova libertin" M.M, l’invite dans son «casin», une de ces garçonnières où les Vénitiens s’adonnaient à toutes sortes de plaisirs. L’alcool coule à flots et les sens s’éveillent…..C.C. apprenant que son premier amour s’est rapproché de celle qui joue auprès d’elle le rôle d’une protectrice, ne tarde pas à les rejoindre pour une orgie d’anthologie ! 

Arrêté à Venise le 26 juillet 1755 – pour crime contre la religion, libertinage ou escroquerie, voire après une dénonciation par quelques maris jaloux, les hypothèses sont nombreuses ! Casanova est incarcéré à la prison des Plombs, Résultat de recherche d'images pour "prison des plombs venise"située dans le palais des Doges (le Pont des soupirs, est un trait d’union entre le palais et la prison : la joie et la douleur)  Un enfer. Là Casanova hurle, se tape la tête contre les murs. «C’est ainsi que je commencerai à devenir fou», écrira-t-il dans ses mémoires. 

La prison est réputée inviolable, il s’en évade pourtant le 31 octobre 1756. Il s’enfuit par les toits alors que les cloches de Saint-Marc sonnent les douze coups de minuit. Après son évasion rocambolesque, il file en gondole sur la lagune, et fuit sa ville chérie. Après une vie d’aventurier, il finit ses jours dans un château de Bohême (en République Tchèque), où il rédige son oeuvre la plus célèbre, Histoire de ma vie, qu’il résumait ainsi : «J’écris ma vie pour me faire rire, et j’y réussis».

Au XVIIIème siècle, Venise surnommée la Sérénissime, comptait 150 000 habitants ; Ils y en a moins de 60 000 aujourd’hui.

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Avec ses 20 millions de visiteurs annuels, cet écrin de beauté insulaire, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, devient de moins en moins agréable à vivre. Surtout l’été. Le tourisme de masse fragilise considérablement la ville que ses habitants désertent, fuyant les voyageurs, trop nombreux, et les rues devenues impraticables. Il faut jouer des coudes pour se frayer un passage dans les ruelles ou franchir les ponts surplombant les canaux. Les magasins de souvenirs, de masques ou de bibelots ont souvent pris la place de boutiques traditionnelles, artisanat de qualité ou commerces alimentaires. Le centre historique perd tous les ans quelques centaines d’habitants, avant 2030 il risque de se vider presque totalement transformant la ville en un «nouveau Disneyland».

Mais à Venise règne toujours l’insouciance, l’idée que l’art peut résister à tout et sauver de tout.

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Les LANDES. Des charmes cachés !

Combien de fois ai-je entendu cette phrase :

Il n’y a rien à voir dans les Landes.

Je vais essayer de vous en faire découvrir ses charmes, hors des sentiers battus.

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Ne vous attendez pas à ce que surgisse un berger juché sur ses échasses, surveillant son troupeau de moutons. Ils sont couchés dans les livres d’images. Certains ont disparu au fond des marécages depuis que, selon la volonté de Napoléon III, on a planté une forêt de pins qui les ont asséchés.

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Les conifères se pressent par milliers le long de routes rectilignes, sur des distances telles qu’une poignante monotonie nous étreint ; d’où le sentiment qu’à part ces géants habillés de vert, hiver comme été, les Landes n’offrent que peu d’intérêt. L’âme des bergers subsiste pourtant, il suffit d’écouter le vent, porteur de mémoire. Depuis quelques années, un pâtre nostalgique de cette époque révolue a endossé la houppelande ; il parcourt le pays sur ses tchanques et il a ressuscité la transhumance.

Tournons cette page de poésie pour nous arrêter à Solférino. Ici plane le fantôme de Napoléon III. Sur l’impulsion de l’empereur, des essais de culture ont été faits, notamment de coton. Le long d’une route s’alignent des cottages autrefois occupés par les ouvriers. Un musée désormais fermé gardait le vélo et l’appareil photo de Félix Arnaudin avec lesquels ce collecteur de souvenirs sillonnait la région. Aujourd’hui, ces deux témoins de l’histoire régionale sont visibles au musée d’Aquitaine, à Bordeaux. Solférino demeure, émouvant village oublié au coeur de la lande, comme un reflet d’autrefois.

Du pétrole et des vaches

Naguère aussi oublié que Solférino, Parentis-en-Born s’est soudain réveillé pour devenir un Dallas en miniature. En 1953, le pétrole a jailli.

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De la forêt et des eaux du lac ont émergé des puits. Le village a grandi, est sorti de l’anonymat. Aujourd’hui l’or noir coule toujours. Des structures d’accueil se sont développées et attirent bien des visiteurs. Lorsque j’ai appris que des courses de vaches avaient lieu dans des arènes, j’en suis restée abasourdie : «Ils sont fous ces Landais !» Je précise  que je réprouve fortement les corridas. On Visite l’église et on remarque une porte basse murée flanquée d’un petit bénitier. Durant plusieurs siècles, une communauté fut mise au ban de la société. Ces gens, on les appelait les 〈cagots〉 soi-disant descendants des lépreux, ce qui expliquerait cette discrimination. Ils n’avaient pas le droit d’entrer dans les églises que par ces portes basses, en courbant l’échine dans une attitude d’insupportable soumission !

On mange des gâteaux aux pignons dont ce village du pays de Born s’est fait une spécialité. La myrtille y est reine, comme l’asperge qui se plaît dans ce sol pulvérulent. Ici, nous dit-on le miel de bruyère a le goût du bonheur. On le goutte,  Je préfère le miel d’acacia …Au bord du lac commun à Parentis et Biscarrosse paissent des vaches écossaises qui entretiennent la vraie nature de ces prairies et paysages lacustres.

Le lac de Sanguinet

Le Lac de Sanguinet

Dix minutes en voiture et nous voici à Biscarrosse. Des boutiques s’ouvrent sur une place, les promeneurs s’attardent. Il fait si bon flâner ! Quelques kilomètres séparent le bourg des vastes plages blondes. L’hiver y est,  parait-il,  tiède et doux comme le sable. De nombreux lacs jalonnent le littoral. Comment se sont-ils formés ? Sous l’effet des vents du large, les dunes se font, se défont et le sable a obstrué les estuaires des fleuves côtiers. Le meilleur exemple se trouve à Sanguinet. Des plongeurs extraient des fonds vaseux maints objets témoignant de la présence humaine à l’époque gallo-romaine. Certains usuels, d’autres très rares. On découvre le passé de la petite cité, l’antique Losa, dans le musée qu’elle a créé. Et l’on peut profiter de son lac pour naviguer et se baigner.

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Domaine du duc de Westminster

Plus tard au sud, Mimizan mérite une halte : la mer, un lac que surplombe Woolsack, domaine du duc de Westminster qui venait y chasser le sanglier, et Winston Churchil y peindre la nature. Coco Chanel loua une maison pour offrir à ses cousettes les premiers congés payés. Le portail monumental de l’abbaye est un livre de pierre ouvert sur des scènes de la vie rurale. Bâtie entre le bourg et la plage, elle a failli disparaître, engloutie dans les sables mouvants. À proximité s’élève une petite pyramide, vestige d’une sauveté, refuge où même les criminels bénéficiaient de l’immunité. Au loin mugit l’océan.  La D41 nous amène à Lévignac, ravissant village où les maisonnettes rivalisent de coquetterie. Un ruisseau le traverse en glougloutant. On poursuit vers le littoral, les mouettes nous offrent un ballet et nous saluent de leurs cris. Sans quitter la côte, on arrive à Hossegor qui nous attend dans l’un de ses restaurant pour une dégustation d’huitres au bord de son lac marin. Il se remplit et se vide au rythme des marées.

Maisons près du lac d'Hossegor #landes #hossegor #lac #nature #lake #house

Nous faisons le tour du lac pour apprécier les belles demeures qui se mirent dans ses eaux. Cela fait beaucoup d’eau ! Sachez cependant que les Landes produisent un délicieux vin de sable !

Nous remontons dans les terres jusqu’à Dax, réputée pour ses boues. Dans ce pays de sable et d’eau, nombreuses sont les fontaines dites miraculeuses.

Fontaine chaude - Dax

Dax, fontaine chaude

Une légende raconte….Un légionnaire romain avait un chien perclus de rhumatismes. La sachant incapable de le suivre, il le jeta dans l’Adour pour le noyer. (Charmant !) Quelle ne fut sa surprise de le retrouver fringant au retour de sa campagne. La boue dans laquelle il s’était vautré sur la rive du fleuve l’avait revigoré. Il venait d’initier le thermalisme et ses bienfaits. Au musée de Borda on peut voir les restes des fondations d’une basilique édifiée par les Romains au début de notre ère. Ce ne sont pas les seuls atouts de cette ville charmante où subsistent des remparts, où le shopping  est roi et que traverse l’Adour qui rime si joliment avec amour… Plus à l’est, Brassempouy, devenu célèbre grâce à la dame à la capuche, She's a jar... with a heavy lid... | Head of a woman known as the  “Venus of... une statuette en ivoire sculpté, première représentation de visage humain : Une merveille de finesse et d’élégance âgée de 25 000 ans ! Un musée nous transporte au coeur de la préhistoire pour mettre nos pas dans ceux de nos ancêtres. Émerveillement garanti pour les amoureux de cette époque lointaine.

Du gras et des ballons

Connaissez-vous les Festivolailles ? Ces marchés au gras nous ramènent à des découvertes plus gustatives. Entre le confit, le magret frais ou fumé et le suprême foie gras fermier, le canard nous donne rendez-vous en différents lieux pour goûter à ces délices du palais arrosés d’un vin de Tursan. Les Landais le servent dans du Samadet,  cette fameuse vaisselle dont le village éponyme perpétue l’art, ô combien noble, né dans l’ancienne faïencerie royale. Musée de la faïence à Samadet. On se mêle à la foule des vendeurs et des acheteurs. Ici, on soupèse, on tâte, on compare, on marchande. On palabre longuement avant de conclure. Et l’on repart avec, dans son panier, de quoi festoyer dignement.

Les berges de la Midouze #montdemarsan #landes #riviere #berges #cloud

Terminons ce périple à Mont-de-Marsan, la ville aux trois rivières : de la rencontre de la Douze et du Midou naquit la Midouze. On flâne le long des berges par l’ancien chemin de halage. De portes ouvertes nous parviennent des éclats de voix : on parle rugby, on s’échauffe. Ici la star, c’est le ballon ovale. Il n’est que d’entendre les supporters s’enflammer et les ovations s’élever dans des gradins. Les fêtes y sont nombreuses, car dans ce pays du bien manger, dont le cœur bat au rythme des flonflons, on sait se divertir et donner libre cour à sa formidable joie de vivre !

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Peut-on encore affirmer qu’il n’y a rien à voir dans les Landes ?

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Jean de La Fontaine, l’auteur de près de 250 fables

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Trois siècles après leur parution, les Fables de La Fontaine continuent d’être récitées par les enfants. Malgré leur apparente puérilité, les Fables laissent deviner les idées de leur auteur, notamment son pessimisme. 

Jean de La Fontaine naît à Château-Thierry (Aisne) le 8 juillet 1621. Son père était maître des Eaux et Forêts et capitaine des Chasses.

Une jeunesse sans soucis.

Après le collège, il entre en 1641 à l’Oratoire, où il mène une vie monacale qui ne l’intéresse pas plus que le travail scolaire. Il quitte l’établissement 18 mois plus tard. En 1649, il décroche un diplôme d’avocat. En 1647, son père le marie à une jeune fille de 14 ans, Marie Héricart. En 1652, il retourne à Château-Thierry et hérite de la charge paternelle de maître des Eaux et Forêts. Ne parvenant pas à exercer cette lourde tâche, il revend la charge. 

Préciosité et Libertinage 

Quand il se rend à Paris, il fréquente les société précieuses et libertines. Sa vocation poétique s’éveille de plus en plus. Il passe de longues heures à lire, traduit l’Eunuque de Térence, compose un poème, Adonis, qu’il offre à Nicolas Fouquet. Au moment de la chute de Fouquet, La Fontaine reste son plus fidèle défenseur. Cette fidélité lui vaut la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même. 

Ses protecteurs : 

Après Fouquet, il devient le protégé de la duchesse d’Orléans. En 1673, Mme de La Sablière le recueille et, après la mort de celle-ci en 1693, Mme d’Hervart. En 1684, il est élu à l’Académie française. Il y retrouve ses amis Boileau, Perrault et Furetière. Malade, il meurt chez ses derniers protecteurs, le couple d’Hervart

La FONTAINE a-t-il inventé la fable ?

Non, la fable est une forme littéraire très ancienne. Après avoir été longtemps oubliée, La Fontaine l’a remise au goût du jour. Avant lui, le fabuliste le plus célèbre est le Grec Ésope, mais aussi de Phèdre, du Moyen Age et du XVIe siècle. Il s’inspire aussi des légendes orientales, et notamment des récits exotiques de l’Indien Pilpay. Comme il le dit lui-même : «Mon imitation n’est point un esclavage,  / Je ne prends que l’idée, et les tours et les lois,/ Que nos maîtres suivaient eux-même autrefois…» Il essaie, en fait, de créer un genre nouveau. Son originalité réside d’abord dans la transposition de la prose en vers. Il se distingue aussi par un effort constant de la variation, afin que le lecteur ne s’ennuie pas.  Autre nouveauté : on ne trouve plus, comme chez Ésope, de sèche moralité à la fin du conte. La Fontaine s’amuse à en varier constamment à la place. Lorsqu’il arrive que celle-ci soit trop claire, il la supprime. Après lui, la fable devient une mode et influence des auteurs comme Perrault, Mme de Villedieu, ou encore Furetière. 

Une comédie animale et humaine. C’est ainsi que La Fontaine définit son recueil.

 

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Le fabuliste explique que ce sont toujours des hommes qui se cachent derrière les animaux : «Ce n’est pas aux hérons que je parle ; écoutez, humains.» Quelque 180 animaux peuplent ses fables. Parmi eux, il y a les puissants et les faibles. Les «Forts» sont souvent des carnivores (le lion, le loup, le renard, le chat…), des rapaces (le vautour, l’aigle…). Les victimes, ou «faibles», sont généralement symbolisées par l’agneau, l’âne ou la souris. Mais tous les personnages n’entrent pas forcément dans l’une de ces catégories. Les animaux utilisant la ruse peuvent parvenir à changer de classe : c’est le cas du renard ou du singe. 

L’Art d’instruire :

Les messages du premier recueil présentent une morale traditionnelle. La Fontaine signale au lecteur les dangers qui le menacent. Il lui propose de se contenter d’un bonheur simple. Il lui conseille de se méfier des autres, d’utiliser la ruse plutôt que la force brutale et, enfin, de ne compter que sur lui-même. Dans le 2ème recueil , il insiste souvent sur l’idée que l’homme est sot, avide et superficiel. Il l’accuse d’ingratitude, de cruauté et de manque de piété envers Dieu. Selon lui, il faut accepter la mort, savoir profiter de l’amitié, chercher la retraite dans la nature et respecter les autres peuples. Le fabuliste affirme aussi des idées politiques. Il défend la monarchie contre la démocratie, à condition que le peuple soit solidaire de son roi. Par ailleurs, la Fontaine est un catholique convaincu. Selon lui, seul Dieu peut guider les hommes. La sagesse passe par un équilibre entre l’âme et le corps. L’homme doit s’accepter tel qu’il est, supprimer ses désirs et ses passions. La Fontaine lui conseille de rester chez lui, de ne pas voyager ni de s’intéresser à la science. La sagesse passe par l’épicurisme : L’homme doit profiter de la vie, de façon modeste, en jouissant des biens que lui offre la nature. 

L’Art de divertir :

La Fontaine n’est pas un donneur de leçons. D’ailleurs, il sait ridiculiser les beaux discours, à l’image de celui du Pédant faisant la morale à l’Enfant qui se noie. Pour ne pas ennuyer le lecteur, il a recours au comique. La confusion qui règne entre le monde animal, humain, minéral, végétal et mythologique complique les récits. Mais elle permet surtout de jouer sur les mots et les situations. La Fontaine utilise la moquerie et la satire pour attaquer les vices. Le comique de description passe par la caricature. Celle du renard «Serrant la queue, et portant bas l’oreille» ou encore celle du Héron «au long bec emmanché d’un long cou». Les exemples de comique de geste sont également nombreux [L’Âne «se vautrant, grattant, et frottant»]. Enfin, l’auteur utilise aussi le comique de caractère pour grossir le défaut d’un personnage : La légèreté de la Cigale et l’avarice de la Fourmi, l’hypocrisie du Renard et la vanité du Corbeau. 

Son mot d’ordre : Plaire «On ne considère en France que ce qui plaît ; c’est la grande règle et pour ainsi dire la seule». Disait-il dans sa préface.  

Bien sûr, c’est la manière de dire les choses qui les rend légères ou sérieuses. La Fontaine joue sur le décalage. La fable est traditionnellement un genre qui s’adresse aux enfants. Or il est évident que La Fontaine a écrit cela pour les adultes. Les Fables de La Fontaine sont d’une richesse inépuisable. Mais elles sont également un texte difficile, pour les enfants comme pour les adultes.  Le langage de La Fontaine est en voie d’archaïsme. Il fait des allusions au langage savant. Son style est très allusif car il a souvent recours à l’ellipse. Tout cela fait que les Fables ne sont pas compréhensibles facilement. 

 

Par exemple : 

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Un loup affamé et affaibli rencontre un chien gras, beau et puissant. Le loup fait des compliments au chien qu’il admire, et celui-ci lui dit que si il veut être aussi bien soigné que lui, il n’a qu’à le suivre, et obéir à son Maître. Mais la contrepartie de ces soins est que le chien est attaché et qu’il est au service son Maître, justement. Le loup lui répond qu’il préfère être affamé mais libre, que bien nourri et asservi.

La morale de cette histoire est que la liberté n’a pas de prix. Il vaut mieux être libre mais affamé, que bien nourri mais attaché.

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La dangereuse percée de la pensée complotiste

De quoi parle-t-on quand on parle de «COMPLOT»

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Quand on cherche à nuire, il est plus facile et plus efficace de le faire en équipe et secrètement. C’est le principe du complot, nommé aussi «conspiration» (parfois, on dit que la conspiration implique plus de personnes, qu’elle est plus élaborée, mais toutes les définitions ne sont pas unanimes et, en français, les deux mots sont la plupart du temps présentés comme des synonymes, tandis que dans le monde anglo-saxon, seul le terme conspiracy a été conservé). 

On complote quand on a l’intention de nuire à une personne, un groupe de personnes, un pouvoir en place ou un pays entier, dans le but d’obtenir un avantage ou de tourner une situation en sa faveur. Pour pouvoir parler de «complot», il faut aussi que le projet soit tenu secret. Le nombre de participants peut varier, mais il faut obligatoirement plusieurs personnes pour fomenter un complot ; seul c’est impossible. Quant au méthodes, elles sont variables : on peut manipuler des situations, falsifier des documents, avoir recours à l’assassinat ou à l’enlèvement. Un complot implique souvent la manipulation et le contrôle de l’information, ne serait-ce que pour maintenir le projet secret, mais parfois aussi pour influer sur l’opinion publique. 

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On trouve dans l’histoire un certain nombre de complots célèbres, comme celui de la dépêche d’Ems. En 1870, la France redoutait la puissance prussienne. Le trône d’Espagne était vacant, et le candidat le plus probable était un prince allemand. Les Français demandèrent diplomatiquement le retrait de ce candidat, ce qu’ils obtinrent. La situation semblait donc aller vers l’apaisement, mais Bismarck, chancelier de Prusse, et quelques uns de ses sbires, déformèrent légèrement la dépêche (provenant de la ville d’Ems) qui confirmait ce retrait. Le ton, plus sec, donna aux Français une impression de provocation de la part des Prussiens. L’intérêt de Bismarck était de créer un conflit, ce qui fonctionna parfaitement : la France déclara la guerre à la Prusse, et la perdit. Cette anecdote véridique est un bel exemple de complot réussi, par simple manipulation d’un document. 

La cabale est un autre type de complot qui vise plutôt à détruire la réputation d’un individu.

On parle aussi de «machination». Dans le passé, des cabales ont par exemple été lancées contre des pièces de Molière (considérées comme offensantes par certains petits groupes) afin d’empêcher leur succès. Mais c’est peu fréquent aujourd’hui. Lors de l’affaire DSK, certains se sont empressés de parler de «cabale» ; les accusations d’agression sexuelle portées contre D.Strauss-Kahn étaient selon eux une machination destinée à le discréditer pour l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2012. DSK l’a lui-même suggéré dans une interview télévisée, mais comme il a par ailleurs choisi d’éviter un procès en dédommageant financièrement la plaignante, il est impossible de connaître le fin mot de l’histoire. Même si nous le devinons facilement, au vu des accusations portées contre lui ensuite.

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Complot, conspiration, cabale et machination reposent sur le secret. Paradoxalement, ils sont toujours véhiculés par la rumeur. La rumeur est invérifiable, on ne connaît pas son origine (elle peut d’ailleurs en avoir plusieurs, plus ou moins simultanées), elle peut être partiellement vraie ou entièrement fausse. 

Et le méga-complot, ça existe ?


De nos jours, on entend souvent parler d’un «nouvel ordre mondial». Cette expression très vague est en général utilisée pour désigner la mise en oeuvre d’un complot planétaire.

Elle a une origine : le titre d’un livre d’H.G.WELLS publié en 1940, The New World Order, où l’auteur évoque la possibilité d’un gouvernement mondial unique et l’établissement d’une liste de droits que tous les humains devraient posséder. Plus récemment, c’est George Bush père qui dans un discours au Congrès en 1990 a parlé d’un «nouvel ordre mondial (…) une nouvelle ère, moins menacée par la terreur».  Son souhait était de décrire une inflexion dans la diplomatie américaine et les relations internationales. Pourtant, l’expression a aujourd’hui une connotation beaucoup plus large et parfois très éloignée de son origine. Selon certains, le nouvel ordre mondial existe déjà car le petit groupe qui dirige le monde en secret a atteint son objectif ; selon d’autres, cela ne saurait tarder. En tous les cas, c’est dans cette grille de lecture univoque que l’on trouve le plus haut degré d’irrationalité. 

On peut distinguer les théories du complot, c’est-à-dire le fait d’expliquer un événement que l’on ne comprend pas par d’hypothétiques complots, de l’expression au singulier, qui englobe tous les événements pour supposer qu’ils émanent d’un unique complot. On peut alors parler de «conspirationnisme», car l’existence d’un complot d’une telle ampleur n’a jamais été prouvée et paraît à l’heure actuelle parfaitement délirante. 

A quels indices repère-t-on un discours complotiste ?

Plusieurs critères nous permettent de déceler un tel discours. La caractéristique la plus flagrante est sa rapidité d’apparition. Le 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie Hebdo, les premières thèses complotistes apparaissaient l’après-midi même. Ces thèses se propagent de façon virale sur les réseaux sociaux – tout un chacun peut en effet publier un statut Facebook, un Tweet ou un commentaire sans avoir pris le temps de la réflexion. Des followers peu consciencieux prennent ensuite la responsabilité de «partager» ce point de vue, le répercutant ainsi à l’infini. Mais comment faire confiance à une théorie échafaudée sans la moindre preuve, dans les heures qui suivent l’apparition d’un événement ? Outre la rapidité, on remarque dans l’explication complotiste une opposition systématique à la version dite «officielle». Cette opposition se fonde sur l’idée que les journalistes présentent une version préapprouvée par les comploteurs, voire fournie par eux-mêmes, pour tromper le grand public. Ce qui revient à discréditer en bloc tout discours des médias traditionnels.

Parfois, cette opposition est d’une mauvaise foi absolue. De nombreuses hypothèses de type complotiste ont circulé à propos des attentats du 11 Septembre, contestant la version des événements communément acceptée. Mais le soupçon permanent est précisément la marque des complotistes qui se croient plus lucides que les autres, refusant d’être «dupes», comme si les choses n’étaient jamais ce qu’elles semblaient être. Cette forme de scepticisme total est systématique permet clairement de repérer un discours conspirationniste. 

Le paradoxe du discours complotiste

On pourrait s’attendre à ce que les théories du complot se trahissent par leur incohérence. Or, c’est plutôt le contraire: un autre indice permettant de repérer un discours complotiste se trouve justement dans son implacable logique. 

Après l’effondrement des tours jumelles Résultat de recherche d'images pour "tours jumelles 2001" du World Trade Center en 2001, un passeport appartenant à l’un des terroristes a refait surface, intact, sur les décombres. Après l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, la carte d’identité de l’un des suspects a été retrouvée dans une voiture utilisée par les tueurs. Dans les deux cas, la découverte de ces documents offre pour les complotistes la preuve évidente d’une machination : selon eux, elles auraient été placées là intentionnellement pour orienter l’opinion publique et faire accuser des innocents. La personne qui anime le site Conspiracy Watch, s’efforce de dénoncer les théories du complot. Elle  rappelle qu’en 2001, la fameuse découverte du passeport ne s’est pas produite exactement comme les complotistes le disent. Le passeport était bien intact, mais il n’a pas été retrouvé sur un tas de gravats après l’effondrement des tours, il a été ramassé juste avant l’effondrement, par un inspecteur de police, Yuk H.Chin. Aucun tenant de la théorie conspirationniste n’a jamais demandé à lui parler, car cela aurait contredit l’hypothèse du complot. Il aurait fallu alors prendre en compte un autre fait : de nombreux effets personnels appartenant aux passagers avaient été retrouvés intacts également.

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Pour la carte d’identité trouvée après l’attentat contre Charlie Hebdo, on a pu lire sur Facebook dès le jour du drame qu’aucun tueur ne serait bête au point de signer son crime d’une telle façon, quelqu’un avait donc forcément placé là la carte d’identité pour faire porter le chapeau au suspect. Pourtant un terroriste a aussi le droit d’être stupide et incohérent, ni plus ni moins que le commun des mortels. 

Pourquoi est-il difficile de couper le sifflet à un complotiste ?

Hormis le refus du hasard et des coïncidences, une autre caractéristique du discours conspirationniste consiste à refuser, ignorer ou feindre d’ignorer les témoignages, parfois très nombreux, que ne vont pas dans le sens de sa théorie. Si vous n’êtes pas d’accord, soit vous êtes trop naïf, soit vous faites partie du complot. Dans tous les cas, pas moyen de débattre, le conspirationniste a réponse à tout. 

Une autre constante encore permet de démasquer un discours complotiste : l’utilisation très particulière de l’argument d’autorité. Procédé classique de la rhétorique, cet argument consiste à utiliser l’avis d’un expert pour convaincre. Parfois ce recours est justifié car nos connaissances ont des limites. Mais pour les théoriciens du complot, il s’agit de donner une respectabilité à leurs thèses, une apparence de sérieux. 

Dans le cas du 11 septembre, qui a donné lieu à une abondante littérature complotiste, deux groupes d’experts sont souvent cités : Les Architects & Engineers for 9/11 Truth (Architectes et ingénieurs pour la vérité sur le 11 Septembre) et les Pilots for 9//11 Truth (Pilotes pour la vérité sur le 11 Septembre), deux associations américaines. Un documentaire Italien de Giulietto Chiesa intitulé Zéro s’appuie même sur l’opinion d’un prix Nobel.

Si les références aux architectes, ingénieurs et pilotes peuvent sembler solides et crédibles, les premiers ne sont pourtant pas des spécialistes du calcul des structures, ce groupe comprenant par ailleurs des architectes d’intérieur dont le niveau d’expertise en matière d’analyse dans le domaine concerné est égal au vôtre ou au mien. Les pilotes pour la vérité ont de leur côté essayé de décrypter les enregistrements des boites noires mis à disposition par les autorités et ont cru identifier des incohérences ; le problème est qu’ils n’ont ,«ni les compétences ni les logiciels permettant de décoder cette boîte noire» Enfin, pour le prix Nobel qui apportait sa caution à la thèse du complot, il s’agit de Dario Fo, un dramaturge ayant effectivement reçu un prix Nobel….Mais de littérature. 

Ces trois exemples nous montrent que lorsque notre degré de connaissance d’un sujet technique et complexe est nul, nous avons tendance à écouter aveuglément l’avis d’«experts» improvisés. Sans vérifier au préalable leurs compétences ou leur légitimité. 

Avec les réseaux sociaux, le complotisme a de beaux jours devant lui. Il peut désormais s’adresser au plus grand nombre, et quand on saura dans quel bain d’ignorance barbotent parfois les masses indifférentes, on est en droit de s’inquiéter. À lui seul, il est capable de ramener l’humanité vers cet obscurantisme dont elle a eu tant de mal à s’émanciper. On en sent déjà le frémissement chaque  jour de plus en plus affirmé, sans que nous soyons capables de nous y opposer. 

Est-il possible, dans ces conditions, d’éviter de tomber dans le complotisme ?  C’est difficile, mais on peut tenter de garder une certaine lucidité. Par exemple en s’informant sur le site : 

Conspiracy Watch ◄ 

Dont la spécialité est de repérer, d’examiner et de dénoncer les rumeurs conspirationnistes. 

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Le Corbusier (1887-1965) Une maison est une machine à habiter.

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Charles-Édouard Jeanneret-Gris voit le jour le 6 octobre 1887, dans le Jura  Suisse. Ce n’est qu’en 1920 qu’il se fera appeler par son pseudonyme : Le Corbusier. Figure du mouvement moderne, c’est un homme à multiples casquettes. Bien connu pour ses réalisations architecturales et ses réflexions sur l’urbanisme, Le Corbusier exerçait aussi dans de nombreux autres domaines tels que l’art de la sculpture, la peinture, les lettres, le graphisme… Ses diverses expériences ont nourri son travail d’architecte tout au long de sa vie.

Visionnaire et créateur, il a dessiné notre quotidien, inventé de nouvelles formes, donné au béton ses lettres de noblesse et terrorisé souvent l’académisme par ses audaces. Il n’est pas seulement le père des HLM sinistres et des grandes barres cauchemardesques, mais un grand poète de notre habitat, sobre, élégant et lumineux à la fois. D’abord peintre, Le Corbusier n’est pas homme à rester enfermé dans un atelier. Il faut qu’il ressente physiquement les choses qu’il représente. Une culture autodidacte fondée sur l’expérience personnelle du regard et sur le rôle du dessin. À trente ans, il s’installe à Paris. Il admire les machines avec leur fuselage parfait. Il veut une maison aussi belle et commode qu’un avion ou une automobile. Avec le peintre Ozenfant et sa revue «l’Esprit nouveau», il défend le purisme contre un art décoratif. Durant l’exposition des Arts décoratifs de 1925, Le Corbusier fait sensation en présentant des «cellules d’habitation» avec des casiers, des chaises, des tables. Ici pas de superflu, que de l’épure. Trop à l’étroit sur la toile, Le Corbusier s’oriente vers l’architecture, qui lui permet de trouver d’autres espaces pour créer.

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La villa Savoye de Poissy

En 1926, Le Corbusier définit les «cinq points d’une architecture nouvelle» : Le plan libre, la façade libre, la fenêtre courante, les pilotis, le toit-jardin. Cette manière inédite de bâtir n’est possible que par l’utilisation du béton. Ce matériau autorise une plus grande liberté. On peut par exemple créer des jardins suspendus ou de grandes terrasses sur les toits. Le Corbusier conçoit immédiatement des villas puristes (la villa Savoye de Poissy notamment) sortes de maisons-sculptures toutes blanches, dépouillés mais ouvertes sur la nature et le soleil. Un art d’habiter inscrit dans sa doctrine de l’urbanisme, la Charte d’Athène (1930). Marqué par la vie en communauté, il invente l’université d’habitation, immeuble collectif transformé en ville.

Parfois ses utopies peuvent dégénérer. Ainsi son insensé Plan Voisin (1925) qui prévoit de raser le Marais, un des plus beaux quartiers de Paris, pour le remplacer par un parc d’où surgissent d’immenses bâtiments de deux cents mètres de haut.

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La Chapelle de Ronchamp (Haute-Saône)

Dans les années 1950, avec la Chapelle de Ronchamp, le couvent des Tourettes et la ville de Chandigarh en Inde :  Résultat de recherche d'images pour "le corbusier Chandigarh inde" l’architecte joue avec les matières brutes (béton, pierre), exploite toutes leurs potentialités, les rend sensuelles, étranges. Puis Le Corbusier éprouve le besoin de retrouver une forme d’habitation minimale pour mener une vie de moine. Le «Cabanon» du cap Martin Image associée répond à cette exigence. C’est une cellule de 3.66 mètres de côté et de 2.26 mètres de hauteur. Ce cube est la quintessence de son art de vivre.

Le Corbusier ne consacre pourtant pas tout son temps à l’architecture. Chaque jour, de 8h à 13h, il se consacre à la création, à la peinture, Résultat de recherche d'images pour "le corbusier peinture" la sculpture, les collages. Une « pause artistique » dans son activité d’architecte, qu’il considère comme nécessaire. Il dessine énormément durant ses voyages, constituant une véritable collection de carnets de croquis. Il est à l’origine de nombreuses statues, notamment en bois, qu’il peint parfois : bleu, jaune, rouge, vert, ses couleurs de prédilections, qu’on retrouve d’ailleurs dans certaines œuvres architecturales ou encore dans ses peintures.

Homme de rigueur et rationnel, Le Corbusier invente une unité de mesure qu’il nomme Le Modulor. Résultat de recherche d'images pour "le corbusier le modulor" Basé sur le nombre d’or et les proportions humaines, il défini les mesures de son architecture : la hauteur des plafonds, la largueur et hauteur d’une chaise, la largeur d’un couloir… Bon nombre de ses réalisations sont basées sur ce rapport : le couvent de la Tourette, les unités d’habitation… L’architecte utilise également le Modulor dans la réalisation d’affiches, ou pour ces peintures. Il met en place des tracés régulateurs, qui lui permettent d’ordonner ses compositions, de fixer la géométrie de l’ouvrage de manière non-arbitraire.

Il va aussi subir l’opposition des architectes conservateurs qui affirment que les habitants développeront des maladies mentales en vivant dans ces bâtiment ! La Cité radieuse de Marseille sera par exemple baptisée « La maison du fada » par les marseillais…

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Départ de Marseille. Ce soir on dort chez Corbu ! Dans la « Maison du Fada », il y a un hôtel avec des « suites », tout là-haut, qui promettent. Sortie métro Prado, à peine un œil sur le mythique stade Vélodrome, construit en 1937. La Cité Radieuse se profile bientôt sur le trottoir d’en face. Arrivé au pied du bâtiment, c’est le choc : que c’est grand ! 56 mètres de haut, 165 de long, 337 appartements.

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Le hall d’entrée, façade de la Cité Radieuse

De près, dedans, les charmes de la Cité Radieuse finissent par opérer. Ceux du béton brut, des couleurs, des beaux appartements traversants — mais pas très larges —, du balcon du bar-restaurant… La chambre, « dans son jus » n’est pas mal, même si «la suite» annoncée n’est qu’un studio côté mer.

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Mais le mieux, c’est le toit-terrasse tout là-haut, sous le ciel cobalt de Marseille. Avec son école, sa pataugeoire où les habitants barbotent, sa petite scène de théâtre, son gymnase devenu récemment galerie d’art … Bien vu, Corbu !

Et si, vue d’en bas, la Cité radieuse écrase le paysage, son toit-terrasse est un havre de sérénité. Vraiment moderne par son approche des formes, simples, orthogonales, mais très dessinées, et son utilisation des matériaux de son temps, le métal, et surtout le béton qu’il coffre à sa volonté, Le Corbusier fait de ses bâtiments de véritables sculptures. Un architecte n’est-ce pas  aussi un artiste ?

Les détracteurs de Le Corbusier le critiquent souvent pour son côté « froid » et brutal, car il a toujours privilégié le béton et le dépouillement. Ce n’est pourtant pas le sentiment que l’on a en visitant la Cité radieuse. Dans les espaces publics comme à l’intérieur des appartements, l’ambiance est chaleureuse, conviviale et vivante. Lors de ma visite, j’ai eu l’occasion d’échanger avec quelques habitants de la Cité. Ils m’ont tous dit s’y sentir très bien et ne veulent pas quitter ce « village vertical ». Les appartements sont  des pièces d’un jeu de construction, et la grande différence avec ce que l’on appelle les «clapiers» HLM construites dans des ZUP – c’est la qualité des matériaux et l’excellente isolation phonique. Dans la cité radieuse, on emménage avec ses valises, sans avoir besoin de meubles, tous les meubles sont intégrés ou presque. «Dès qu’il fait beau, j’organise des pique-niques sur le toit-terrasse, dit Cécile. Sous la grande cheminée, on a l’impression d’être à bord d’un transatlantique quittant la côte !» La lumière, le silence, la mer, l’absence de vis-à-vis, l’intimité alternant avec la vie communautaire : tels sont les ingrédients de l’inoxydable affection que «radieux» et «radieuses» vouent à leur chère Cité. Sans oublier l’essentiel, rappelle un habitant :  «Le Corbusier a mis beaucoup de lui-même dans cet immeuble. Son esprit est à l’intérieur.»

A la Cité Radieuse de Marseille, il y a même des appartements à vendre, comme celui-ci :

Ces logements sociaux avaient été conçus pour des gens modestes. Mais aujourd’hui, ce sont plutôt des personnes aisées, enseignants ou architectes, qui y habitent.

Depuis 2016, 17 de ses réalisations ont été reconnues «patrimoine mondial de l’UNESCO» qui comprend, dans l’ordre chronologique : les maisons La Roche et Jeanneret Résultat de recherche d'images pour "le corbusier lles maisons La Roche et Jeanneret" (1923) à Paris, une villa au bord du Lac Léman (1923) à Corseaux (Suisse), la Cité Frugès (1924) à Pessac (Gironde), la Maison Guiette (1926) à Anvers (Belgique), les Maisons de la Weissenhof-Siedlung Résultat de recherche d'images pour "le corbusier  les Maisons de la Weissenhof-Siedlung" (1927) à Stuttgart (Allemagne), la villa Savoye et la loge du jardinier (1928) à Poissy (Yvelines), l’immeuble Clarté (1930) à Genève, l’immeuble locatif de la Porte Molitor (1931) à Boulogne-Billancourt (Haut-de-Seine), l’Unité d’habitation (1945), dite « Cité Radieuse », à Marseille (Bouches-du-Rhône), la Manufacture (1946) à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine), la maison du Docteur Curutchet (1949) à La Plata (Argentine), la Chapelle Notre-Dame-du-Haut (1950) à Ronchamp (Haute-Saône), le Cabanon de Le Corbusier (1951) à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), le Complexe du Capitole (1952) à Chandigarh (Inde), le Couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1953) Résultat de recherche d'images pour "le corbusier le couvent de la tourette" à Eveux (Rhône), le Musée National des Beaux-arts de l’Occident (1955) à Taito-Ku (Japon) et la Maison de la Culture (1953) à Firminy (Loire).

A une époque où les voyages sont difficiles, cet homme n’hésite jamais, saute dans un paquebot, un Zeppelin, un avion, traverse les océans et, quasi seul de sa génération, construit partout.  Et tout récemment redécouvert, un gymnase à Bagdad… Dans chaque édifice, il met la même force, le même engagement, sans concession. Pas de doute, il s’agit là d’une œuvre-manifeste du XXe siècle qui justifie son classement au patrimoine de l’huma­nité.

Le Corbusier a construit ou pensé nos villes modernes. Il est l’un des rares architectes connus du public, au point de soulever des passions contradictoires.

A Marseille, la Cité Radieuse est désormais le troisième monument le plus visité de la ville. Nombreux sont les visiteurs étrangers, fans d’architecture, venus notamment du Japon.

 

 

 

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Échappée en Forêt-Noire

À quelques dizaines de kilomètres de Strasbourg, le Land Allemand du BADE-WURTEMBERG déploie de grands espaces naturels ponctués de charmants villages aux traditions bien ancrées.

foret noire./muenstertal-talweiden

Le cousin germanique des Vosges

Pour visualiser la région, imaginez un livre ouvert : au milieu coulerait le Rhin, la page de gauche serait le massif français des Vosges. Sur la page de droite, un peu décalée vers le haut, figurerait la Forêt-Noire (Schwarzwald). Ce massif s’étend sur 200 kilomètres, en parallèle de l’Alsace, de Pforzheim à Bâle.

Photographic Print: Switzerland, Bernese Oberland, Lauterbrunnen Town and Valley by Michele Falzone : 24x18inAu nord, les routes serpentent entre les grandes étendues de hêtres, de sapins et surtout d’épicéas. À Bad Wildbad, un chemin surélevé et une tour d’observation en pente douce (Baumwifelpfad) permettent de se prendre pour un oiseau. À 40 mètres de haut, les arbres se dévoilent depuis la cime et le regard porte jusqu’aux Alpes suisses.

Le centre de la Forêt-Noire est moins austère, cédant la place à des coteaux ensoleillés et à des prairies veillées par des fermes traditionnelles Vineyard hill - Baden-Wurttemberg, Germany Premium wines delivered to your door.  Get in. Get wine. Get social.La vigne s’épanouit notamment dans le Rebland, aux portes de Baden-Baden. Les exploitations comme Weingut Schloss Neuweier, accueillent les visiteurs, curieux des vignes en terrasses et des déclinaisons du riesling ou du pinot noir. Les hauts sommets et les lacs préalpins dominent la partie sud. Le feldberg culmine à 1493 mètres avec maints suiveurs à plus de 1000 mètres. Les vacanciers apprécient les rives du Schluchsee et du Titisee. bateau sur lac Titisee

Coucous, gâteaux et pompons

Peu de régions allemandes possèdent des traditions aussi vivaces que la Forêt-Noire. Du chapeau à gros pompons rouges aux horloges à coucou, le folklore local a rendez-vous dans le musée de la Forêt-Noire, à Triberg. Aux intérieurs artisanaux succèdent une galerie des minéraux ou une collection d’orgues de barbarie. La passion des horloges à coucou est telleGerman cuckoo clocks! I always wanted to see one up close. A traditional piece of folk art at its finest.qu’une entreprise a crée le plus grand modèle du monde (6 tonnes) aux abords du village (Eble Uhren-Park)  Les marchés de Noël mettent en avant les spécialités locales en décembre. Les plus renommés se déroulent à Baden-Baden, Fribourg, Triberg ou Breitnau, sous le grand viaduc de Ravennaschlucht. Et le fameux gâteau ? Eh bien, on n’y coupe pas ! Pâtisseries et restaurateurs le déclinent à l’envi. Chacun s’inspire de la recette de 1915, mêlant une génoise au cacao imbibée de Kirsch, des cerises au sirop et une généreuse crème chantilly :

Forêt noire

Les bienfaits de thermalisme

Il existerait 350 stations thermales en Allemagne, dont une cinquantaine dans le land du Bade-Wurtemberg. Il suffit de répéter le mot Bad (bain) dans le nom de la localité. La sécurité sociale allemande ne prenant plus en charge les cures médicales, la plupart se sont reconverties dans le bien-être.  S’il ne fallait retenir qu’une station, ce serait forcément Baden-Baden.

Plaisirs d'Hiver/ Laure P-R

Friedrichsbad Roman-Irish Thermal Bath. Baden-Baden, Germany. 150 years of curative relaxation.Quintessence du thermalisme avec ses sources à 68°C, elle existe depuis les Romains, voire les Celtes. Mais c’est au XIXème siècle qu’elle prend son essor, attirant artistes et têtes couronnées de toute l’Europe. Aujourd’hui encore, elle garde une aura internationale. Les salons du casino (les plus beaux du monde, selon Marlène Dietrich) rutilent tels les grands appartements de Versailles, tandis que les spectacles se succèdent dans le plus grand opéra du pays. Côté bains, les moins prudes optent pour la pompe du Friedrichsbad avec sa coupole néo-Renaissance et son parcours en 17 étapes. Ceux qui préfèrent garder le maillot se dirigent vers les thermes modernes de Caracalla.

À 40 kilomètres à l’est, Bad WildbadBild: Touristik Bad Wildbad GmbH est le parfait exemple d’une station qui a su s’adapter.

Des cités de caractère

Comme en Alsace, les petites villes et les villages ont gardé leur charme médiéval, alternant pignons, colombages et façades colorées au fil des rues. Les placettes se parent de fontaines, de mairies cossues, de temples ou d’églises, tandis que les terrasses des Biergarten et des Weinstuben désaltèrent les amateurs de bière ou de vin.

Freiburg im BreisgauFribourg-en-Brisgau (Freiburg im breisgau) revendique le titre de capitale de la Forêt-Noire et de cité écolo grâce à son quartier vert. Abîmée pendant la guerre, la vieille ville a néanmoins gardé son cachet. La tour de 116 mètres de la cathédrale est un immanquable point de repère La cathédrale de Fribourg en Brisgau  tandis que l’on flâne le long des rues. La plupart sont décorées de galets du Rhin et bordées par le bächle. Dans ces rigoles de pierre coule une eau pure : elle fait la joie des enfants qui y traînent  de petits bateaux et le malheur des étourdis. Il serait vain de citer tous les beaux villages tels Gengenbach, Gernsbach ou Triberg. Ce dernier se distingue en abritant les plus hautes cascades allemandes et de nombreuses possibilités de randonnées.

Triberg Waterfall - Black Forest, Germany Gutach River, Triberg, Baden-Wurttemberg, Germany  http://www.tripadvisor.com/Attraction_Review-g187285-d190949-Reviews-Triberger_Waterfall-Triberg_Black_Forest_Baden_Wurttemberg.html

Les musées de Stuttgart

La capitale régionale est une bonne porte d’entrée vers la Forêt-Noire. Très bombardée, la ville n’a d’intérêt que par ses collections muséales.

The Mercedes-Benz Museum is an automobile museum in Stuttgart, Germany. It covers the history of the Mercedes-Benz brand and the brands associated with it. Stuttgart is home to the Mercedes-Benz brand and the international headquarters of Daimler AG. Postcard.

Mercedes-Benz ou Porche ? Ces fleurons automobiles ont crée des musées design. Côté Mercedes, le long de paliers en spirale se déploient des ancêtres, une voiture à portière papillon, des bolides ou une Papamobile. Côté Porsche, on passe de la classique 911 à la 917 de course, sans oublier la fameuse Coccinelle. Résultat de recherche d'images pour "la premiere voiture coccinelle"

L’art fait bonne figure avec la galerie nationale d’Art qui présente une large palette, de Hans Holbein à Paul Cézanne ou Jeff Koons. Le musée des Beaux-Arts complète avec les expressionnistes allemands, en particulier Otto Dix.

L’éclat du baroque

Bien érudit qui pourrait s’y retrouver parmi les ducs de Wurtemberg ou les margraves de Bade…mais ces maisons souveraines ont couvert, au XVIIIème siècle, leurs principautés de somptueux palais.

À Ludwigsbourg, dans la banlieue de Stuttgart, deux corps de logis reliés par des galeries forment une impressionnante cour. Castle, Concluded Favorite Ludwigsburg Germany Cas #castle, #concluded, #favorite, #ludwigsburg, #germany, #cas  Germany Castles  Acceda a nuestro sitio Mucho más información   https://storelatina.com/germany/travelling Deux chapelles, un théâtre, de ravissants petits cabinets et des stucs à perte de vue complètent le décor.  À Rastatt, près de Baden-Baden, plus qu’au palais principal, on s’arrête dans la résidence de la favorite, plus raffinée. Schloss Favorite (Rastatt) – Wikipedia Les sols de scagliola imitent le marbre tandis que les murs sont recouverts de milliers de carreaux de faïence. 1f

Couvents et abbayes ne sont pas en reste. À Sankt-Peter, près de Fribourg, le faste de l’église rivalise avec les ornements de la bibliothèque. Non loin, à Sankt-Blasien, l’immense dôme est le troisième plus large d’Europe après Saint-Pierre de Rome et les Invalides :

St. Blasien (Sankt Blasien), Germany, is a town in the Waldshut district in Baden-Württemberg. It is located in the southern Black Forest, 17 km northeast of Waldshut-Tiengen. The town is twinned with Saint-Blaise in Switzerland. There is also a well known Jesuit College Kolleg St. Blasien and an abbey with a famous boy's choir. I was invited to visit the church with a German friend on a cold weekend in 1985. It's round dome dominated the town, its interior was spell-bounding.

Pour finir, détente à Europa-Park

Les 95 hectares du plus grand parc d’attractions d’Europe, après Disney-land Paris, se situent à Rust, entre Strasbourg et Fribourg. Outre une soixantaine de manèges, montagnes russes et parcours à thèmes, Europa-Park propose un véritable tour d’Europe en 14 quartiers nationaux. On passe de Jeanne d’Arc à Don Quichotte via la station spatiale. Miracle …

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PARIS, dans les villages du 20ème arrondissement.

Rue de Ménilmontant — Wikipédia

Depuis ma fenêtre, je vois les tuyaux rouges et bleus de Beaubourg et de la rue des Cascades. The 'regard Saint-Martin' in rue des Cascades, Paris © French Moments #Paris #SecretParis #Belleville La rue des Cascades…le coeur battant du village. Ici, tout le monde se connaît, se salue.   À chaque fois que je sors, je croise l’aimable Raoul, vêtu de sa sempiternelle salopette, graveur venu du Mexique, qui a ouvert il y a trente ans son atelier sur des Cascades. C’est Raoul qui est à l’initiative de la création des ateliers d’artistes de Belleville, qui ouvrent leurs portes deux fois l’an. Les portes ouvertes des ateliers de Belleville cest aujourdhui et demain (dimanche concert de piano à 15h30) #Belleville #poaab2018 . Until tomorrow come to visit artists workshop in #Belleville #paris20 #parissecretD’une famille plus que modeste, Raoul a commencé à travailler à l’âge de 7 ans ; ensuite il est venu faire des études à Paris, et est devenu cet artiste généreux, dont le partage est le maître mot. Un peu plus loin, je salue Lucio, écrivain anarchiste espagnol, toujours sur le pas de sa porte, à guetter un rayon de soleil. Et voilà que passe Rodrigo, homme de théâtre chilien, toujours chic, qui joue Garcia Lorca dans les bars du quartier et anime un café-poésie nomade.

Au bout de la rue, sur la devanture du bistrot des Mésanges, une odalisque géante s’étale sur la façade ; j’ai vu la street artist 13 bis la réaliser sous mes yeux : moment magique. D’ailleurs, les graffiteurs de talent ne sont pas rares dans le XXème arrondissement. Et voilà que je croise le comédien Denis Lavant, qui semble toujours sorti d’un film de Leos Carax, et ne se déplace jamais sans un livre. Devant le Café littéraire, tenu par une prof de lettres défroquée, on cause politique et littérature.

La colline de Belleville

Le vent a chassé les nuages, je remonte la rue des Envierges ; le café Moncoeur à sorti ses tables multicolores en face du parc de Belleville, la plus belle vue sur tout Paris.Paris Parc des Buttes-Chaumont Je regarde tomber les feuilles d’or des ginkgos, puis j’entre dans le parc. Gérard, le maître-jardinier créateur du lieu, est l’âme de ce parc, le plus charmant de Paris, le plus pentu aussi. Il faut le voir tisser ensemble des végétaux que personne n’aurait eu l’idée d’accorder, et dont il fait des broderies végétales. Enfant de l’assistance, il a poussé droit grâce aux jardins, et fait partager sa passion. Il ne part jamais en vacances en été : «Le parc est bien trop fragile sous le soleil ardent», me dit-il, les mains dans la terre. À dix minutes d’ici, dans le XIXème arrondissement, il y a les Buttes-Chaumont, parc immense et fastueux, mais ceux que je préfère sont les jardins suspendus de Belleville. Parc de Belleville - Belleville - 47 conseils de 1841 visiteurs

je traverse la rue de Belleville, et me voici en plein quartier asiatique : un restaurant coréen vient de s’installer entre le Pacifique et le Lao Siam, un des meilleurs thaïlandais de Paris, son «tigre qui pleure», ( du bœuf à la citronnelle) est à tomber. J’hésite entre les raviolis coréens et le tigre en larmes….Finalement, j’entre au Pacifique, je m’installe devant le grand aquarium, je commande un canard pékinois aussi bon qu’à Pékin : Je déguste l’exquise peau craquante, en tête à tête avec les carpes aux yeux d’or.

Aujourd’hui c’est jour de marché à Belleville : je ne puis résister, je prends un bain de foule le long du boulevard, je me laisse porter par la cohue, la foule bigarrée des femmes… ici l’on trouve des fruits qu’on ne voit nulle part ailleurs. Me voici au bout du marché, devant le stand d’Afissatou, qui vend de si beaux boubous. Lestée d’un bracelet en pierre bleue, qui me portera sans doute bonheur, me voici happée par l’église NotreDame-de-la-Croix et son parvis haut perché Eglise Notre Dame de la Croix de Ménilmontant Après l’agitation frénétique du marché, cela fait du bien d’être soudain au calme, sur la place ombragée, au pied des grands marronniers. Je m’assieds devant un thé à la menthe servi avec des amandes grillées, au milieu des fumeurs de narghilés. Puis je passe devant la belle librairie de Monte-en-l’air, spécialiste de romans graphiques et livres d’artistes : Les dédicaces attirent toujours un monde fou. Je traverse l’église, respire l’odeur d’encens, ou un organiste joue. Le prêtre a exposé chasubles brodées et mitres colorées, on se serait cru dans un film de Fellini.

Le village de Charonne

J’enfile mes bottes de sept lieues, et en trois enjambées me voici au square des Saint-Simoniens : Prosper Enfantin, grand utopiste du XIXème siècle, philosophe illuminé, vécut ici, dans une demeure dont il ne reste que le parc. Au printemps, sous la ronde des cerisiers en fleurs, on se croirait au Japon. Juste en face, le cimetière du Père Lachaise, où dort l’armée des morts : Molière et Balzac y côtoient Jim Morrison et Édith Piaf.

Visit the Pere Lachaise Cemetery.The cemetery is surrounded by a stone wall that protects it from the bustle of the city. The main entrance, located on the boulevard Ménilmontant (twentieth arrondissement), is marked by a heavy gate symbolizing the boundary between the visible and the invisible, life and death. You can read the following Latin inscription: "hope is full of immortality", "Whoever believes in me, even if he is dead, he will live."Cimetiere-du-pere-lachaise © paula soler-moya - Flickr Creative Commons

Mais à l’immense Père Lachaise, aux allées de tombes, finalement assez déprimantes, je préfère le petit cimetière intime du village de Charonne, à quelques minutes : Il suffit d’enjamber la petite ceinture, l’ancienne voie de chemin de fer. Épousant la petite église Saint-Germain, le cimetière, un des plus charmants de Paris, cimetière de Charonne  rue Stendhal 75020C’est le royaume des chats, qui prennent le soleil sur les marbres lisses des tombeaux. À peine est-on assis qu’un guide bénévole et volubile vient vous faire l’article : ce lieu est sa passion, il vous raconte l’histoire tragique des enfants Malraux. Sur les conseils d’un ami, je pousse un peu plus loin, je parcours la rue Saint-Blaise, face à l’église de Charonne. J’admire les panamas dans la vitrine du chapelier, puis je découvre la place des Grès, encore une belle terrasse sous les arbres..Me voilà sur le jardin de l’hospice Debrousse, qui abrite le pavillon de l’Ermitage. Le pavillon de l'Hermitage  fut construit en 1734 pour la duchesse d’Orléans dans le parc du château de Bagnolet. Cette charmante bâtisse de pierre claire est le dernier vestige du château envolé de la duchesse d’Orléans, femme du Régent.

La Campagne à Paris

Je grimpe les escaliers de la rue du Père-Prosper-Enfantin. Et là, perchée sur la cime d’une colline : calme absolu, rêve bucolique coupé de la cohue…L’étonnante rue Irénée-Blanc, qui cercle la butte ronde de petites maisons et jardins. Le quartier de “la Campagne à Paris” sur les hauteurs du 20ème arrondissement Qui croirait qu’on est à deux pas de la porte de Bagnolet ? On entend juste le chant des oiseaux. Je dévale les escaliers du Père-Prospère-Enfantin. À côté du pavillon de l’Ermitage, j’avise un beau bistrot à l’ancienne, le Papillon Paris: Bistrot Papillon rénové par un couple de Sri-Lankais beaux comme le jour, au sourire soleil, et qui ont su, ainsi que me le confie un habitué, redonner au lieu son lustre d’antan. L’accueil est charmant, le zinc d’époque, et la cuisine aussi agréable que l’accueil. Au sortir de la campagne à Paris, je suis tombée par hasard sur un lieu qui clôt idéalement cette balade. Saluons l’ancien village de Charonne, et celles et ceux qui, parfois venus de très loin, nous apportent, en le faisant revivre, l’éclat et la joie dont nous avons tant besoin.

 

 

 

 

 

 

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René GOSCINNY génial scénariste …

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Qui, mieux que Goscinny, peut nous introduire à Goscinny ? « J’ai touché la main de Brassens, je suis au mieux avec Sempé, j’ai bien connu René Fallet, un soir à Montmartre, j’ai même salué Marcel Aymé qui parlait aux pigeons. Alors si vous me demandez aujourd’hui qui je suis, je répondrai que je suis l’homme qui n’a pas dit bonjour à Goscinny. » Le ton est donné.

1.  D’un ailleurs à l’autre

Deux ans après son frère Claude, René Goscinny naît à Paris, le 14 août 1926, de Stanislas Goscinny, ingénieur chimiste venu de Pologne, et d’Anna Beresniak, d’origine ukrainienne. Son grand-père maternel, Lazare, qui a ouvert une imprimerie à Paris, est l’auteur du premier dictionnaire yiddish-hébreu.

Deux ans après la naissance de René, son père, appelé à de nouvelles fonctions, part avec femme et enfants pour Buenos Aires. René, comme son frère, effectue ses études primaires et secondaires dans les établissements français de la capitale argentine. En 1943, le décès de son père, terrassé par une hémorragie cérébrale, l’oblige à interrompre ses études. D’abord employé dans un service comptable, son talent de dessinateur lui vaut d’être engagé dans une agence de publicité.

En 1946, il embarque avec sa mère pour New York afin de rejoindre un membre de la famille. Les débuts professionnels aux États-Unis s’avèrent difficiles. À défaut d’exercer une activité satisfaisante, René Goscinny fait de nombreuses rencontres : celle de dessinateurs français et belges venus confronter l’idée qu’ils s’étaient faite d’un pays longtemps rêvé avec une réalité parfois rude ; celle de jeunes graphistes américains qui font leurs débuts dans un monde qui ne leur est pas plus accueillant qu’à leurs collègues étrangers.

René Goscinny trouve un emploi dans un studio où il côtoie Harvey Kurtsman, Will Elder et John Severin qui formeront, plus tard, le noyau de l’équipe de Mad Magazine. Tous se livrent alors à des besognes variées : publicités, illustrations de livres pour la jeunesse… C’est précisément chez un éditeur de livres pour enfants que Goscinny croit enfin avoir trouvé un emploi durable. Mais l’entreprise fait faillite. Au cours de ces péripéties professionnelles, Goscinny fait la connaissance de Morris qui a déjà lancé Lucky Luke, de Joseph Gillain, dit Jijé, auteur d’une bande dessinée intitulée Jean Valhardi et futur créateur du western Jerry Spring, de l’éditeur Dupuis et de Georges Troisfontaines, directeur de l’agence World Press qui livrait des bandes dessinées au journal Spirou. Incité par Jijé à orienter son activité vers la bande dessinée, il met en images le personnage de Dick Dicks.

2.  Le scénario selon Goscinny

De retour en France en 1951 (« Sept ans d’Amérique, ça commençait à bien faire »), Goscinny se voit confier la responsabilité de l’antenne parisienne de World Press par Georges Troisfontaines. Il y fait la connaissance d’Albert Uderzo, laquelle, après celle de Morris aux États-Unis, lui permet de comprendre le parti qu’il peut tirer des échanges entre auteur d’histoires et « metteur en images ». La division des activités – scénario, graphisme,  mise en couleurs et jusqu’à la fonction d’éditeur qui tend à ressembler à celle de producteur – rapproche la bande dessinée du cinéma, ce dernier exerçant par ailleurs une influence sur le développement de genres comme le western ou le thriller. On doit à Morris une très fine analyse de la manière dont on peut restituer le mouvement dans la bande dessinée : « J’ai remarqué que la phase qui donne le mieux l’idée du mouvement est celle où celui-ci est le plus lent. Je donne généralement l’exemple de Joe Dalton qui casse les pierres. Il faut dessiner la phase où le marteau est au sommet de son parcours parce que là il s’arrête un instant, et c’est ça que l’œil retient. »

Goscinny a appris auprès de Morris le rôle précis, pour ne pas dire minutieux, du découpage. Cette compréhension des exigences de l’image par le scénariste deviendra rapidement un fardeau pour le graphiste qui en a formulé les règles. Quand il sera question, après la mort de Goscinny, de remplacer ce dernier par Greg, Morris lâchera, agacé : « Je ne suis pas sorti des griffes de Goscinny pour tomber dans celles de Greg ! »

L’association Morris-Goscinny, qui débute en 1955, a donné naissance à une suite d’albums brillants. Goscinny, à l’occasion d’une mise au point concernant son apport personnel dans la série des Lucky Luke, rappelle qu’il a non seulement « ressuscité » les frères Dalton, imprudemment éliminés par leur géniteur lorsque ce dernier était l’unique auteur, mais qu’il a également introduit, dans divers épisodes, des personnages légendaires de la conquête de l’Ouest : Jesse James, Calamity Jane, Billy the Kid, sans oublier… le chien Ran Tan Plan, réplique « parlante » du Rintintin emprunté à une série télévisée américaine.

En 1956, sous le pseudonyme d’Agostini, Goscinny prend « en marche » Les Aventures du Petit Nicolas que Sempé avait jusqu’alors publié sous sa seule signature dans le magazine Le Moustique. Les sensibilités à vif de Sempé et de Goscinny se conjuguent pour faire vivre le personnage fragile et innocent du minuscule Nicolas, auquel ils prêtent des attitudes et des propos que l’enfant présent dans chaque lecteur pourrait adopter et tenir – attitudes et propos marquant un retrait par rapport à un monde décidément trop écrasant. Cette association entre texte et dessin d’humour, en marge de la bande dessinée, connaît encore un beau succès.

3.  Les années « Pilote »

En 1959, Goscinny, avec Uderzo et Jean-Michel Charlier, lance le magazine Pilote, Cette publication, dont il est le rédacteur en chef, vise un lectorat plus large que celui des enfants et des adolescents. L’humour et la satire aidant – Goscinny n’a jamais caché que sa publication de référence était Mad –, il souhaite amener les lecteurs adultes des bandes dessinées à ne plus se considérer comme des « attardés » tournés vers un genre de récit conçu pour des esprits immatures.

Le lancement de Pilote coïncide avec celui des Aventures d’Astérix le Gaulois. On a beaucoup commenté cette suite de prouesses née à une époque où la France vit dans l’ombre tutélaire du général de Gaulle. Goscinny et Uderzo taquinent l’identité française telle qu’elle s’est constituée au cours des siècles. De Gaulle, c’est l’exaltation de la nation, c’est également la décolonisation, celle-là compensant celle-ci. Astérix naît alors que la formule ressassée « Nos ancêtres les Gaulois… », qui figure dans les manuels d’histoire, ne peut plus s’appliquer à des enfants dont les origines diverses demandent à être reconnues. Astérix le Gaulois (1961) est le premier d’une série de 24 albums scénarisés par Goscinny (dont Astérix gladiateur en 1964, Le Combat des chefs en 1966, Astérix aux jeux Olympiques en 1968, Les Lauriers de César en 1972, Obélix et compagnie en 1976, etc.).

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Les singularités nationales ne suffisent pas à expliquer le succès que cette bande dessinée connaît dans nombre de pays étrangers. Ce qui paraît proprement français devient, grâce à la connivence entre Goscinny et Uderzo, le modèle de toute épopée. La force comique naît de l’écart croissant entre la légende quelle qu’elle soit et la réalité de plus en plus uniforme qui s’impose à tous les peuples. Il appartenait à un exilé de trouver la bonne distance entre mythe et réalité contingente. Le séjour aux États-Unis, lieu des mythes les plus récents, se sera révélé à cet égard une expérience décisive.

Goscinny participe à bien d’autres « séries » : La Potachologie (1963) et Le potache est servi (1965) avec Cabu, les Dingo dossiers (1965-1967) avec Gotlib, Jehan Pistolet (1952) et Oumpah-Pah (1952) avec Uderzo…

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Iznogoud, créé en 1962 avec l’aide de Tabary, est le personnage de plus radical imaginé dans la bande dessinée par Goscinny. Le récit trouve son origine dans un épisode des Aventures du Petit Nicolas. Lors d’un séjour de celui-ci en colonie de vacances, un moniteur conte l’histoire d’un méchant vizir qui veut devenir « calife à la place du calife ». Alors que Morris opposait une forte résistance aux « calembours atroces » que lui proposait Goscinny, Tabary s’en fait volontiers l’interprète. Iznogoud incarne la volonté d’exercer le pouvoir pour le pouvoir. C’est la face visible d’un vide insondable. Dépourvu du caractère « bon enfant » qui, dans les bandes dessinées, rend les « méchants » sympathiques, Iznogoud ne connaît qu’un succès limité. Sans doute donne-t-il une image trop négative de l’ambition – ambition par ailleurs encouragée par la société comme moteur de progrès – pour être accepté sans réticence. Iznogoud fera l’objet d’une série de 16 albums scénarisés par Goscinny.  Je Cite notamment Le Grand Vizir Iznogoud (1966), Les Vacances du calife (1968), Le Jour des fous (1972), Je veux être calife à la place du calife (1978), etc.

Les événements de mai 1968 et leurs suites devaient affecter profondément Goscinny. Des dessinateurs d’Hara Kiri, fondé au début des années 1960, sont également des collaborateurs de Pilote : Cabu, Mandryka, Fred, Reiser, Gébé… Lorsque Hara Kiri fait l’objet d’une interdiction de paraître, Pilote sert de refuge. Mais quand les critiques des dessinateurs envers le rédacteur en chef fusent, Goscinny se sent personnellement visé. Lorsqu’il refuse des planches de Mandryka, une crise est ouverte. Une dissidence s’organise qui aboutit à la création, en 1972, de L’Écho des savanes, par Claire Bretécher, Marcel Gotlib  et Nikita Mandryka. D’autres magazines, tournés vers un lectorat d’adultes, voient alors le jour : Fluide glacialMétal hurlant… Enfin, en 1974, Goscinny quitte « son » journal Pilote et fonde, avec Uderzo et Georges Dargaud, les studios d’animation Idéfix, qui produisent le dessin animé Les Douze Travaux d’Astérix en 1976.

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4.  Goscinny derrière son œuvre

Goscinny n’a cessé de vivre douloureusement ses échecs comme ses réussites. Pendant la guerre, encore adolescent, il avait voulu revenir en France pour se tenir auprès de parents, dont certains disparurent dans les camps de concentration. La mort subite de son père l’en avait empêché. La disparition d’une partie des siens laissa un vide que son activité frénétique ne parvint pas à combler. Une de ses histoires courtes, mise en images par North et publiée dans Pilote en 1974, nous permet de mesurer l’ampleur de son désespoir. À partir d’une fiction mettant en scène résistants et troupes d’occupation, il imagine une série d’actions contrariées par d’imprévisibles accidents de la route. Pour conclure sa démonstration sur « L’Ironie du sort » (titre de cette courte histoire), il remonte à la veille de la Première Guerre mondiale et tend à démontrer que si l’automobile de l’archiduc François-Joseph n’avait pas démarré par suite d’une panne d’allumage « il n’y aurait pas eu d’attentat, la guerre de 1914-1918 n’aurait pas eu lieu. Le destin de l’Allemagne aurait été différent. Le nazisme n’aurait peut-être pas existé… et, par conséquent, il n’y aurait pas de film sur l’Occupation ! ». Peut-être n’y aurait-il pas eu, non plus, un Goscinny transformant son désespoir d’être encore là en personnages pour rire, pour calmer la douleur de survivre à ce qu’aucun événement n’a pu empêcher.

5 – Ils sont fous ces cardiologues

Quand il quitte son domicile pour un examen médical anodin prescrit dans le cadre d’un bilan de sante, ce 5 novembre 1977 à neuf heures du matin, René Goscinny est un homme de cinquante et un ans qui a derrière lui une carrière peu commune de travail, de talent et d’innovation. Lui est quelques autres ont réussi en dix ans à hisser la bande dessinée sous les projecteurs des adultes, des artistes, du grand public. Il est parvenu à transformer une distraction légère pour enfants ou ados puérils en un mode d’expression à part entière, véhicule de création, de satire, de critique, voire outil de pédagogie. Avant lui, il y avait les petits Mickey des illustrés ; après lui, il y a eu la BD. Aucun créateur littéraire depuis Molière n’a pu jusqu’à ce jour se targuer d’autant d’expressions passées dans le langage courant : De «Ils sont fous, ces Romains» à «Quand est-ce qu’on mange ? », en passant par «le calife à la place du calife» ou «Tais-toi Averell», il a donné des munitions pour cinquante ans aux journalistes en mal de titres et aux dialoguistes à court d’inspiration. Et, quand, ce matin-là, son chauffeur le dépose en compagnie de sa femme Gilberte à la clinique internationale du parc Monceau, dans le XVII° arrondissement, il n’a aucune raison de douter que sa carrière poursuive son ascension, pour le bonheur de tous les publics.

Un pédalier, des électrodes : Le test d’effort est un outil indispensable pour la surveillance du cœur, d’une pratique banale et systématiquement utilisé. Il permet au cardiologue de détecter la moindre anomalie dans le cycle cardiaque. Mais quand ce matin-là la patient, entre deux coups de pédale, se plaint d’une douleur au bras, symptôme significatif, le patricien lui demande de continuer à pédaler encore un peu ; en présence d’une faiblesse manifeste, il a besoin d’affiner le diagnostic. Mais la faiblesse se révèle en l’occurrence une vraie défaillance. Au bout de quinze secondes, le patient s’écroule. Les tentatives de réanimation seront vaines, Goscinny est mort.

Un temps incriminé, le cardiologue sera mis hors de cause : l’écrivain souffrait d’une pathologie imprévisible à ce stade, il aurait pu s’effondrer le lendemain dans les escaliers ou dans la rue, argumenteront les experts.

Sa mort n’interrompra pas la carrière de ses héros qui continueront à grimper dans le hit-parade des ventes et des adaptations, tous repris, sauf Nicolas, par leur dessinateur ou d’autres auteurs avec des bonheurs divers. Mais pour les vrais Goscinnomanes, Astérix, Obelix, Lucky Luke, Rantanplan, Iznogoud et les autres sont morts avec lui ce jour-là. La potion magique n’a été d’aucun secours contre Caïus Infarctus.