Publié dans Non classé

Chez Victor Hugo en exil

Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey"

En voilà une restauration réussie ! A Guernesey , la maison de l’écrivain a rouvert ses portes. Y entrer c’est aussi entrer dans sa tête.

D’abord, il y a le léger choc atmosphérique entre le dehors et le dedans. Dans la petite rue qui monte de Saint Peter Port jusqu’à Hauteville House, tout est blanc, lisse et brillant comme un village anglo-normand rincé par l’orage. Mais derrière la porte du numéro 28, d’un «vert salade voulu par l’écrivain» explique Gérard Audinet, directeur des Maisons de Victor Hugo, il fait sombre et gothique, il fait fou, excentrique.

Image associée

A peine un pas dans le vestibule d’entrée et , déjà, Quasimodo, Esmeralda, Phoebus et toute une cour des miracles vous observent du haut d’un porche comme les gargouilles penchées au-dessus du frontispice de Notre-Dame. Il faut garder les yeux levés.

D’un côté, l’inscription ave («salut») surplombe la porte à deux vantaux de la salle de billard où amis et autres proscrits fumaient, buvaient, parlaient «à voix haute de tout et à voix basse d’autre chose».  En face, un obscur corridor émaillé d’oeils-de-boeufs et de porcelaines. Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey corridor" Des pots, des plats, des assiettes, partout, sur les murs et au plafond. De part et d’autre de ce «couloir aux faïences», un salon et l’atelier, tapissés du sol au plafond – si bien que l’on pourrait presque les retourner et y marcher à l’envers – Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey salon"

Pas de doute on est chez Victor Hugo. Sa maison d’exil – lui et sa famille y ont habité pendant quinze ans, de 1856 à 1870 – vient de rouvrir, rénovée à l’identique, telle que l’écrivain l’avait conçue et décorée, comme un «poème en plusieurs chambres», dixit son fils Charles.

Constatant que la bâtisse, constamment exposée aux vents marins, prenait l’eau, faisant courir un risque aux collections, la mairie de Paris, (à qui appartient la maison) a lancé des études en 2016 pour sauver le trésor : 800 000 euros ont été débloqués. Le mécénat de François Pinault, d’un montant de 3.5 millions d’euros, a permis d’envisager la restauration totale. Sofas retapissés de tapis turcs, miroirs et boiseries restaurés et tissus retissés à l’identique : il a fallu recourir à ses lettres familiales, à des photos d’archives pour reconstituer le défi qu’il avait ainsi formulé à son ami Jules Janin :

«Désormais je serai chez moi, les murs, les planchers et les plafonds seront à moi ; je serai un propriétaire, un landlord, la chose sacrée en Angleterre. (…) Je suis curieux de voir si les pierres anglaises sauront défendre un proscrit français. L’expérience est curieuse et vaut la peine d’être faite. La maison sort tout entière des «contemplations»

Oui, l’expérience mérite d’être faite. Découvrons, par exemple, la salle à manger et sa spectaculaire cheminée en H – Hauteville ou Hugo ? – :

Image associée

couronnée de mille curiosités et d’une statue de Notre-Dame-de-Bon- Secours lovée dans un quatrain. Dès le rez-de-chaussé, on est décoiffés.

Mais l’outre-monde de Victor Hugo ne se contente pas de l’abîme, et , dans l’escalier couvert d’un feutre épais, sous les puits de lumière, le visiteur «monte des ténèbres à l’idéal», comme dans la préface de «la légende des siècles».

Nous voilà au premier étage. Le long de la même bibliothèque que celle de la Tourgue  dans «Quatrevingt-treize», c’est à dire «oblongue et ayant la largeur du pont», où Shakespeare côtoie Homère, Corneille et Dickens, les salons rouge et bleu sont troués de fenêtres à la française, et non à l’anglaise – Hugo étant contre la peine de mort – par lesquelles le ciel, les arbres et la mer se déversent. Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey 1er étage les salons"

Plus sa boîte – de Pandore – domestique et crânienne se dévoile, plus la tête vous tourne. Baguenaudant au milieu de cette fête étrange, au bord de la poésie et du génie, l’on se croit myope ou complètement ivre ; c’est établi, Hugo a fait siège de notre esprit, on ne voit plus que lui. Hugo nous a pris. Image associée Et puisque «tout lieu de rêverie est bon, pourvu que le coin soit obscur et que l’horizon soit vaste» [écrivait-il dans «Actes et paroles»], vous poursuivez jusqu’à l’azur l’ascension de son oeuvre architecturale. Au sommet d’un escalier minuscule semé de miroirs où vous vous regardez en songeant au «Quand je vous parle de moi, je parle de vous.(…) Ah ! insensé, qui croit que je ne suis pas toi !» de la préface des «Contemplations» : la vigie, le bord du vide, l’encielement d’une oeuvre prodigieuse et d’une pensée athlétique, ce qu’il appelait le «Look-out». Voilà la pièce maîtresse de la maison, le cabinet de travail où s’achèvent «Les misérables», «la légende des siècles» et les plus belles pages d’histoire politique sur l’abolition de la peine de mort :

Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey"

Depuis ce poste d’observation bombardé de lumière, on regarde la baie de Havelet en face, peut-être même les côtes de France quand le temps est clair, mais aussi le jardin repensé par le paysagiste Louis Benech, et ce chêne «des États-Unis d’Europe», planté là un certain 14 juillet 1870, quelques semaines avant le retour du premier proscrit de France «chez lui».

«Quand la liberté rentrera, je rentrerai» 

avait annoncé Hugo au lendemain du coup d’État Bonapartiste de décembre 1851. C’est chose faite, le 5 septembre 1871, après la défaite de Napoléon «le Petit» à Sedan, le lendemain de la proclamation de la IIIe République, et après dix huit ans d’exil dont quinze à Guernesey.

Résultat de recherche d'images pour "hauteville house"

On quitte la maison d’Hugo, grisé comme on l’est par l’étroite proximité que l’on a, parfois, avec un grand texte. Hugo n’est pas parti. A Hauteville House, son hold-up mental est total. S’y aventurer est une odyssée de l’esprit, c’est «marcher vivant dans un rêve» comme dans «le livre des tables», lire une «page de grimoire écrite en pierre», comme dans «Notre-Dame de Paris», tandis qu’au-dehors, sous le crachin anglo-normand, tout est toujours blanc, lisse et brillant.

Auteur :

Dans ces pages, je revisite l'actualité et prend du recul en faisant cohabiter le monde du réel avec celui de la fiction et de l'imaginaire.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s