Publié dans HISTOIRE

VICTOR LUSTIG, l’homme qui vend la Tour Eiffel et escroque Al CAPONE (3)

Cela fait belle lurette – depuis la tuile survenue au banquier Green – que Lustig continue d’escroquer à qui mieux mieux.

Il plume les nouveaux riches avec un flair insensé et un génie de l’abordage qui l’apparente à un psychologue de haut vol. Mais ne nous leurrons pas et gardons-nous de toute admiration : Le faux comte Lustig est totalement amoral. Il n’éprouve aucune compassion pour touts ces gens qu’il détruit, sans compter les suicides qu’il laisse dans son sillage. Car il n’est évidemment pas question de retracer par le menu une carrière de voyou aussi prolifique. Oui, de «voyou» : C’est le qualificatif qu’il mérite. Ni son aplomb ni son intelligence de l’exonère. Il plume son prochain avec un sang-froid innommable, quelles qu’en soit les conséquences. Lustig n’a pas de coeur. Ou plutôt, si : seulement, il ne bat que pour l’argent. Voleur de grande classe, Arsène Lupin de l’escroquerie, il mérite d’entrer au panthéon des grands truands, même si cette idée eût choqué celui qui se prenait pour un artiste. Un de ses coups les plus fumants aura pour théâtre Paris. Le Paris de l’entre-deux guerres, où il fait si bon vivre….et travailler. Enfin, chacun à sa manière! 

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Il a fait de très bonnes affaires, le cher Victor, qu’il souhaite désormais joindre l’utile à l’agréable. Il a toujours eu la nostalgie de Paris. Si les pigeons n’avaient pas été aussi nombreux en Amérique, candidats naturels à un dépouillement en règle, nul doute qu’il aurait choisi Paris pour y couler des jours heureux. Mais Victor prend la vie comme elle vient, avec une certaine philosophie. Puisqu’il y est désormais, dans cette ville fascinante, il y trouvera bien quelques gogos à plumer. 

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Hôtel Le Crillon à Paris

Il arrive au printemps de 1925 flanqué d’un secrétaire particulier – oui, vous avez bien lu – et descend au Crillon, le palace le plus huppé de la Capitale. Il loue une suite, cela va de soi. Quand on est un noble, même faux, de l’ancien empire de Habsbourg, on est tenu de mener grand train.

Le secrétaire répond au nom de M.Dante ; il s’agit en fait de Dan Collins, alias «Le Dandy». Comme son surnom l’évoque, le Dandy porte beau. Regard clair, bronzé, épaules carrées, chevelure de jais, c’est une gravure de mode. Inutile de dire que le couple étrange – l’aristocrate à la fine moustache, toujours tiré à quatre épingles, et le bellâtre – ne passent pas inaperçus. En réalité, ce fameux Dandy est un escroc ; moins professionnel que Lustig, mais un escroc de bonne facture tout de même, qui s’est rempli les poches en écumant la côte ouest des États-Unis. Il parle français sans accent, car sa mère est française. C’est un peu la raison pour laquelle Victor l’amène dans ses valises. 

Dan alias M.Dante a plumé ses propres pigeons avec des armes ma foi fort peu reluisantes, puisqu’il faisait chanter les couples illégitimes descendant dans les motels tenus par des amis à lui. Il a donné aussi dans le faux monnayage et la traite des blanches, ce qui ne le rend pas plus recommandable.  Avec cela, un rusé, ce Dan le Dandy ! Arrêté trente-six fois, il n’a jamais été condamné. Une prouesse. Il a même réussi à voler son propre avocat ! Bref, c’est flanqué de ce triste sire aux dents blanches et à l’haleine fraîche que notre cher Victor débarque au Crillon. Mais Victor, on le sait, n’a aucune morale ! L’autre s’est attaché à lui comme un mousse s’arrime au capitaine pour changer d’horizon, et la réputation de Lustig, grand escroc célèbre dans les milieux de la haute pègre, n’est pas faite pour lui déplaire. Tout au contraire : c’est aux côtés des maîtres qu’on se forge. 

Vive la dolce Vita ! À Paris, tout brille, les femmes, les tripots, les cercles, les champs de courses….mais surtout les fameux Champs-Elysée.

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C’est là en sirotant un pastis, que Lustig attend. Il attend qui ? Quoi ? Le gogo, parbleu. Il n’a pas la moindre idée du lieu où il le dénichera. Mais ce dont il est sûr, c’est qu’il viendra à lui. Il en a toujours été ainsi, et il n’y a aucune raison pour que ça change. Dan le Dandy, se montre un peu agacé. Quoi ? L’autre l’a entraîné ici à Paris, sans aucun plan ? Réflexion de besogneux. De médiocre, même. Les génies n’établissent jamais de plan préalable. Jamais. Leurs plans leur viennent naturellement, au jour le jour. 

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Tenez, là, à la terrasse de ce bistrot des Champs-Élysées, par exemple. On est au quatrième jour de «sirotage» de pastis sans qu’il ne se passe rien lorsque, soudain, Victor Lustig jette sur la table le canard qu’il vient de parcourir d’un oeil distrait ….«Regarde !» Le Dandy a beau regarder, il ne voit rien – enfin, rien qui aiguise son intérêt ! «Regarde mieux, là, en page deux !» L’autre ne voit toujours rien. «Notre pigeon a sa carte de visite dans l’article, ici, en bas de page !» Dan hausse les épaules.  

Je t’annonce solennellement, reprend Lustig, que notre buse travaille dans la récupération des métaux !

– Oui…et alors ? rétorque Dan en lui lançant un regard bovin.

– Eh bien, creuse un peut ta petite cervelle. Nous allons lui vendre la tour Eiffel!»

Dan s’étouffe avec sa gorgée de pastis. Victor serait-il devenu fou ? Vendre la tour Eiffel ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas Notre-Dame de Paris, tant qu’il y est ! «Lis donc !» insiste Lustig. Le Dandy, les yeux ahuris, apprend alors que la tout Eiffel est un gouffre financier : un demi-siècle après son inauguration, elle rouille et nécessite des réparations qui coûtent les yeux de la tête. L’escroc à la chevelure de jais ne comprend toujours pas. «Et alors ?» hasarde-t-il. Manifestement, Dan n’a que faire de cette information. La tour Eiffel qui rouille ? La belle affaire ….La mairie de Paris envisageait même de la démolir. Soit ! Mais jamais, au grand jamais, ils n’oseront ! La Tour est un emblème National. Elle est l’équivalent de «La Marseillaise». Et encore, changer les paroles de «La Marseillaise» ferait moins scandale que démolir la tour Eiffel. 

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«Faux ! Tu connais fort mal son histoire, essaie de le convaincre Lustig…N’oublie pas qu’elle a été construite pour l’Exposition universelle de 1889, au départ à titre temporaire. Temporaire seulement. De plus, elle a fichu en rogne pas mal de gens, et non des moindres. Zola et Alexandre Dumas la regardaient comme une horreur absolue. Des campagnes de presse virulentes ont été orchestrées contre la tour Eiffel. Je vais vendre la tour Eiffel, te dis-je, et ça ne fera aucun scandale. Si je la mets en vente, les acheteurs vont se presser au portillon. «Et je vais la vendre cher !» précise-t-il. À ce point de la discussion, il est impossible de savoir si Dan le Dandy ne songe pas que le «maître» a une case fêlée. Lustig poursuit : «Il me faut des papiers à en-tête de la Ville et de la Société d’exploitation de la tour Eiffel. J’en fais mon affaire.»

Une belle lettre à en-tête de la Société d’exploitation de la tour Eiffel atterrit bientôt sous le nez des cinq principaux récupérateurs de ferraille de la capitale. Que dit-elle, cette lettre ? Que la ville, devant l’incapacité où elle se trouve de conduire sa rénovation, a décidé de vendre la tour Eiffel, et qu’il faut, cher monsieur, si cela vous intéresse, souscrire à l’appel d’offres. Rendez-vous est donné par l’adjudicateur désigné par la Ville à l’hôtel Crillon…tel jour, telle heure. L’affaire paraît extravagante, mais ça marche ! Le jour dit, à l’heure dite, les cinq bonshommes sont devant Lustig. 

Il n’a pas fallu longtemps au psychologue hors pair pour désigner sa victime. Celle qu’il appâte avant de l’hameçonner s’appelle – ça ne s’invente pas – M.Poisson !  André Poisson. Pourquoi Lustig choisit-il celui-là ? D’abord parce qu’en réalité il l’a déjà choisi : eh oui, les quatre autres candidats ne sont là que pour donner le change. Ce sont des hommes de paille, en quelque sorte, dûment chapitrés par M.le comte. Ensuite parce que ce Poisson est un de ces nouveaux riches qui se sont faits tout seuls, à la force du poignet. Un battant qui, pour arriver là où il est, est passé sur le corps de tout ce qui s’oppose à son ascension. Il a presque atteint le sommet de l’Olympe, mais pas tout à fait encore. Il lui reste une marche à gravir pour attraper le pompom. Justement, l’Olympe, c’est la cime de la tour Eiffel….

À suivre …. 

Auteur :

Dans ces pages, je revisite l'actualité et prend du recul en faisant cohabiter le monde du réel avec celui de la fiction et de l'imaginaire.

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