Publié dans DÉCRYPTAGE, HISTOIRE

VICTOR LUSTIG, L’homme qui vend la TOUR EIFFEL et escroque AL CAPONE. (1)

1890. La petite ville d’Hostiné, de l’Empire austro-hongrois. Un bébé vient au monde dans une famille de la bonne bonne bourgeoisie locale, ou on a l’habitude de travailler hardiment et de se battre pour conquérir les positions sociales. C’est ainsi que s’est conduit papa Lustig, devenu à la force du poignet le maire de sa ville. 

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Le petit Victor grandit entre des parents aimants, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ses principes sont bien différents de ceux de son géniteur : Victor conçoit d’emblée un mépris souverain pour le travail. Il se tourne les pouces en classe. Cependant, il compense sa paresse naturelle par une intelligence très fine et une imagination hors pair. Ses dons sont évidents : charmeur et polyglotte, il parle bientôt couramment cinq langues – le tchèque, l’allemand, l’anglais, le français et l’italien, et ne tarde pas à se lancer à la conquête de Paris. Il n’a pas encore vingt ans. Dans la ville lumière, il s’éprend de la bohème, des voyous, des joueurs et des femmes faciles. Il se frotte au milieu – d’un peu trop près, semble-t-il : il lui en coûte une balafre qui lui court de l’oeil à l’oreille gauches. C’est le prix à payer pour avoir courtisé d’un peu trop près la dulcinée d’un truand. Lustig a compris la leçon : il ne sera pas bandit, mais escroc. C’est moins dangereux, et ça rapporte tout autant. 

Il a dans sa manche deux armes fatales de l’escroc de génie – ou plutôt trois. Sa séduction et sa grande classe sont irrésistibles. Il voit aussi clair dans la tête de ses interlocuteurs que dans une boule de cristal. Enfin, il est totalement amoral. Autant dire qu’il possède tout le bagage nécessaire pour faire carrière dans le jeu. Bientôt, poker et bridge n’ont plus de secret pour lui. Il lui reste à trouver les dupes. Il les lui faut riches. Très riches. 

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Il ne tarde pas à remarquer que ce genre d’oiseau se pavane alors en cette vieille de Première Guerre Mondiale dans les cabines de première classe des palaces transatlantiques. Et hop ! Le voilà aussitôt au beau milieu d’entre eux, yeux et ouïe grands ouverts pour traquer le pigeon. En quatre ou cinq traversées, il fait son beurre, sans plus …Il n’est pas encore passé, pourrait-on dire, à la vitesse de croisière.

Il lui faut encore s’attacher un bon professeur qui sente d’où vient le vent. Justement, ce « professeur », ce maître qui l’aide à franchir un échelon dans l’Everest de l’escroquerie, « travaille » lui aussi sur les bateaux. Nicky Arnstein Résultat de recherche d'images pour "nicky arnstein" – c’est son nom -, joueur professionnel aux bras longs et aux doigts crochus, n’a pas son pareil pour jongler avec les cartes. Il gagne en trichant, et on n’y voit que du feu. La grande classe. 

Lors d’un de ces crépuscules dorés qui portent aux confidences, penchés sur le bastingage d’un somptueux paquebot, les deux nouveaux amis échangent leurs étranges expériences.

Tout est affaire de psychologie, lui dit Nicky. Le reste n’est rien…Elle seule permet de repérer le pigeon.

  • Ah oui ? commente Lustig Résultat de recherche d'images pour "victor lustig" en lissant sa fine moustache dans un geste familier 
  • Le bon pigeon ? C’est simple ! reprend Nicky. Il est riche, très riche. Dans le style nouveau riche. Ce sont ceux-là les flambeurs. Ces types-là ont déjà tout claqué, en voitures, en maisons, en femmes. C’est là une attitude naturelle quand on a été pauvre. Les vieilles fortunes sont près de leurs sous ; les récentes brûlent tout. Et surtout, elles ont besoin de se mettre en danger ; alors elles jouent ! Reste le point le plus important : le pigeon repéré, comment le ferrer ?
  • En lui proposant une partie, parbleu ! l’interrompt Lustig.
  • Arnstein lui décoche un fin sourire : « Surtout pas ! C’est la faute à ne pas commettre ! C’est au pigeon de proposer. A toi de résister…Si tu résistes, il insiste ! C’est la faiblesse du nouveau riche : il aime commander et, plus encore, il aime persuader !  » Arnstein sait de quoi il parle : il vient de soutirer 30 000 dollars à une buse de banquier en résistant deux jours à ses prières réitérées avant de craquer. Victor n’oubliera jamais la leçon de Nicky.

La guerre oblige le filou à mettre quelque temps ses activités lucratives en sourdine. Soudain, on n’entend plus parler de lui. Mais voilà qu’il pointe le bout de son nez au lendemain de la guerre, durant cette période si propice à tous les aigrefins de la terre : « Les année folles », qui, ne l’oublions pas, sont aussi les « années fric » de l’entre deux-guerres. Le temps de la prohibition et de tous les possibles. Celui des fortunes bâties sur du papier et des chutes vertigineuses, avec son lot de faillites retentissantes et de suicides qui ne le sont pas moins. Le temps des « nouveaux riches », précisément, et des gogos. Des gogos à la pelle.

Le cher Victor se sent d’emblée dans cette époque comme un poisson dans l’eau. Il faut un petit capital pour appâter la buse. Justement, l’ami Nicky, Nicky Arnstein, son « maître » sur les bateaux à vapeur, qui est cul et chemise avec les boss de la pègre de New-York, vient de faire son beurre en dépouillant les commissionnaires des banques pour 5 millions de dollars de bon échangeables. Pourquoi ne pas donner un coup de main au cher ami Victor, son pote joueur ? Avec 25 000 dollars en poche, Victor peut voguer vers son destin : l’hameçonnage d’un gogo….

Le type s’appelle Tormut Green. Il est banquier. Sa banque, l’American Savings Bank, vient de faire saisir une ferme hypothéquée et complètement délabrée dans la petite ville de Salina, dans le Kansas. 

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Une de ces mauvaises affaires dont personne ne voudrait : le bien est invendable. On n’imagine pas un fermier des environs s’intéresser à cette ruine. Et pourtant, ce matin-là, à l’été 1924, Tormut Green tomberait presque à la renverse de son fauteuil : un drôle de bonhomme, là, devant lui, lui tient d’étranges propos. Il se présente comme le comte Victor Lustig, un réfugié venu d’Europe, à ce qu’il raconte….

A suivre ….

Auteur :

Dans ces pages, je revisite l'actualité et prend du recul en faisant cohabiter le monde du réel avec celui de la fiction et de l'imaginaire.

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