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Chez Victor Hugo en exil

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En voilà une restauration réussie ! A Guernesey , la maison de l’écrivain a rouvert ses portes. Y entrer c’est aussi entrer dans sa tête.

D’abord, il y a le léger choc atmosphérique entre le dehors et le dedans. Dans la petite rue qui monte de Saint Peter Port jusqu’à Hauteville House, tout est blanc, lisse et brillant comme un village anglo-normand rincé par l’orage. Mais derrière la porte du numéro 28, d’un «vert salade voulu par l’écrivain» explique Gérard Audinet, directeur des Maisons de Victor Hugo, il fait sombre et gothique, il fait fou, excentrique.

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A peine un pas dans le vestibule d’entrée et , déjà, Quasimodo, Esmeralda, Phoebus et toute une cour des miracles vous observent du haut d’un porche comme les gargouilles penchées au-dessus du frontispice de Notre-Dame. Il faut garder les yeux levés.

D’un côté, l’inscription ave («salut») surplombe la porte à deux vantaux de la salle de billard où amis et autres proscrits fumaient, buvaient, parlaient «à voix haute de tout et à voix basse d’autre chose».  En face, un obscur corridor émaillé d’oeils-de-boeufs et de porcelaines. Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey corridor" Des pots, des plats, des assiettes, partout, sur les murs et au plafond. De part et d’autre de ce «couloir aux faïences», un salon et l’atelier, tapissés du sol au plafond – si bien que l’on pourrait presque les retourner et y marcher à l’envers – Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey salon"

Pas de doute on est chez Victor Hugo. Sa maison d’exil – lui et sa famille y ont habité pendant quinze ans, de 1856 à 1870 – vient de rouvrir, rénovée à l’identique, telle que l’écrivain l’avait conçue et décorée, comme un «poème en plusieurs chambres», dixit son fils Charles.

Constatant que la bâtisse, constamment exposée aux vents marins, prenait l’eau, faisant courir un risque aux collections, la mairie de Paris, (à qui appartient la maison) a lancé des études en 2016 pour sauver le trésor : 800 000 euros ont été débloqués. Le mécénat de François Pinault, d’un montant de 3.5 millions d’euros, a permis d’envisager la restauration totale. Sofas retapissés de tapis turcs, miroirs et boiseries restaurés et tissus retissés à l’identique : il a fallu recourir à ses lettres familiales, à des photos d’archives pour reconstituer le défi qu’il avait ainsi formulé à son ami Jules Janin :

«Désormais je serai chez moi, les murs, les planchers et les plafonds seront à moi ; je serai un propriétaire, un landlord, la chose sacrée en Angleterre. (…) Je suis curieux de voir si les pierres anglaises sauront défendre un proscrit français. L’expérience est curieuse et vaut la peine d’être faite. La maison sort tout entière des «contemplations»

Oui, l’expérience mérite d’être faite. Découvrons, par exemple, la salle à manger et sa spectaculaire cheminée en H – Hauteville ou Hugo ? – :

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couronnée de mille curiosités et d’une statue de Notre-Dame-de-Bon- Secours lovée dans un quatrain. Dès le rez-de-chaussé, on est décoiffés.

Mais l’outre-monde de Victor Hugo ne se contente pas de l’abîme, et , dans l’escalier couvert d’un feutre épais, sous les puits de lumière, le visiteur «monte des ténèbres à l’idéal», comme dans la préface de «la légende des siècles».

Nous voilà au premier étage. Le long de la même bibliothèque que celle de la Tourgue  dans «Quatrevingt-treize», c’est à dire «oblongue et ayant la largeur du pont», où Shakespeare côtoie Homère, Corneille et Dickens, les salons rouge et bleu sont troués de fenêtres à la française, et non à l’anglaise – Hugo étant contre la peine de mort – par lesquelles le ciel, les arbres et la mer se déversent. Résultat de recherche d'images pour "victor hugo à guernesey 1er étage les salons"

Plus sa boîte – de Pandore – domestique et crânienne se dévoile, plus la tête vous tourne. Baguenaudant au milieu de cette fête étrange, au bord de la poésie et du génie, l’on se croit myope ou complètement ivre ; c’est établi, Hugo a fait siège de notre esprit, on ne voit plus que lui. Hugo nous a pris. Image associée Et puisque «tout lieu de rêverie est bon, pourvu que le coin soit obscur et que l’horizon soit vaste» [écrivait-il dans «Actes et paroles»], vous poursuivez jusqu’à l’azur l’ascension de son oeuvre architecturale. Au sommet d’un escalier minuscule semé de miroirs où vous vous regardez en songeant au «Quand je vous parle de moi, je parle de vous.(…) Ah ! insensé, qui croit que je ne suis pas toi !» de la préface des «Contemplations» : la vigie, le bord du vide, l’encielement d’une oeuvre prodigieuse et d’une pensée athlétique, ce qu’il appelait le «Look-out». Voilà la pièce maîtresse de la maison, le cabinet de travail où s’achèvent «Les misérables», «la légende des siècles» et les plus belles pages d’histoire politique sur l’abolition de la peine de mort :

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Depuis ce poste d’observation bombardé de lumière, on regarde la baie de Havelet en face, peut-être même les côtes de France quand le temps est clair, mais aussi le jardin repensé par le paysagiste Louis Benech, et ce chêne «des États-Unis d’Europe», planté là un certain 14 juillet 1870, quelques semaines avant le retour du premier proscrit de France «chez lui».

«Quand la liberté rentrera, je rentrerai» 

avait annoncé Hugo au lendemain du coup d’État Bonapartiste de décembre 1851. C’est chose faite, le 5 septembre 1871, après la défaite de Napoléon «le Petit» à Sedan, le lendemain de la proclamation de la IIIe République, et après dix huit ans d’exil dont quinze à Guernesey.

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On quitte la maison d’Hugo, grisé comme on l’est par l’étroite proximité que l’on a, parfois, avec un grand texte. Hugo n’est pas parti. A Hauteville House, son hold-up mental est total. S’y aventurer est une odyssée de l’esprit, c’est «marcher vivant dans un rêve» comme dans «le livre des tables», lire une «page de grimoire écrite en pierre», comme dans «Notre-Dame de Paris», tandis qu’au-dehors, sous le crachin anglo-normand, tout est toujours blanc, lisse et brillant.

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Au siège de l’ONU : un monde à part.

Au siège de l'ONU : un monde à part.

Dans l’ombre des puissants, des centaines de personnes, chargées de la sécurité et de la traduction, contribuent à la réalisation des missions de l’ONU.

Vous avez beau être à New York, vous n’êtes plus aux États-Unis…Ici, au siège des Nations unies, à l’est de Manhattan, vous entrez en territoire international.

L’architecture de cet espace de sept hectares, offert en 1946 par le milliardaire John Davison Rockefeller Junior, a été conçue par les plus grands noms de l’époque, dont le Français LE CORBUSIER. Parsemé d’oeuvres d’art pacifistes, le site matérialise le rêve un peu fou de mettre fin aux conflits au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Ouvert au public, l’organisme accueille tout au long de l’année des visiteurs venus découvrir ses lieux emblématiques : Le pavillon de l’assemblée générale, bien sûr, mais aussi le bâtiment des conférences, qui abrite le Conseil économique et social, le Conseil de tutelle et le Conseil de sécurité, la tour de verre du Secrétariat, ainsi que la bibliothèque.

Plus de soixante-dix ans après sa naissance, L’ONU reste une grosse machine méconnue du grand public.

«Je suis souvent surprise par les questions que posent les visiteurs, confie en souriant la guide, de nationalité marocaine. L’autre jour, un touriste européen me demandait si les ambassadeurs de l’ONU étaient nommés par le secrétaire général de l’organisation. Évidemment que non ! Chaque état choisit son propre représentant».

Mais avant de pouvoir visiter les lieux, il faut montrer patte blanche. Les contrôles à l’entrée sont drastiques et l’enceinte est ultra-sécurisée. «L’ONU constitue évidemment une cible pour les terroristes. Nous savons que nous serons attaqués un jour», affirme l’inspecteur Matthew Sullivan, grand gaillard au physique imposant, chargé de la sécurité. Cet ancien du corps des marines, ex-policier dans le New Jersey, a rejoint les Nations Unies il y a trente cinq ans comme officier. Il coordonne aujourd’hui une équipe de 330 personnes de 42 nationalités différentes. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la sécurité a été considérablement renforcée. Pour préparer le personnel à faire front en cas d’incendie ou d’attentat, des exercices se simulation sont régulièrement organisés, comme, par exemple, une évacuation générale par bateau sur l’East River.

Au siège de l'ONU : un monde à part.

L’effort de sécurité atteint son paroxysme à la mi septembre, lors du traditionnel débat général, environ sept jours pendant lesquels de nombreux chefs d’état se rendent à New-York pour s’exprimer à la tribune et rencontrer leurs homologues.

«C’est notre Super Bowl à nous», indique avec humour Matthew Sullivan.

En 2015, l’évènement a pris une ampleur inconnu jusque là. Les 70 ans de l’organisation ont en effet rassemblé par moins de 160 dirigeants, dont Xi Jinping, Vladimir Poutine, Raul Castro et, surtout le pape François, «sur qui pesait la menace la plus importante que nous ayons eu à gérer», glisse Matthew Sullivan. D’autant qu’il fallait aussi assurer la sécurité des célébrités présentes, comme la chanteuse Shakira ou l’acteur George Clooney, et des 2 000 journalistes venus du monde entier pour couvrir l’événement.

Pendant le débat général, les forces de l’ordre bouclent systématiquement le quartier, où sont dressées de grandes tentes blanches destinées à accueillir les chefs d’États. Les 1600 écrans de surveillance du siège sont scrutés avec une attention décuplée, et des antennes extérieures mesurent la qualité de l’air afin de repérer d’éventuels gaz suspects.

Les troupes de Matthew Sullivan collaborent alors de près avec le NYPD : la police New-yorkaise leur fournit des hommes, des chiens policiers -capables de renifler les explosifs-, un équipe de démineurs et même quelques snipers postés dans un bateau sur l’East River, face au siège. L’équipe de sécurité onusienne bénéficie en outre du soutien de la police fédérale, du FBI et de la CIA.

La veille de l’évènement, les trois hectares de bâtiments sont passés au peigne fin, à la recherche de mouchards et de caméras espions. Et les salariés de l’ONU ont l’obligation d’évacuer le parking pendant le Week-end. Les rares voitures qui y stationnent encore font l’objet d’une fouille approfondie.

Au deuxième étage du bâtiment principal, où se tiennent les rencontres entre les différents chefs d’État, de grands rideaux obturent les fenêtres, empêchant les curieux et les individus mal intentionnés d’observer ce qui se passe. Et une fois le débat terminé, Matthew Sullivan reste sur le qui-vive : la surveillance est permanente au siège.

L’Egyptien Hossam Fahr, lui, est responsable du service interprétariat. Plus de 120 virtuoses des langues travaillent pour ce sexagénaire à l’oeil vif et l’air affable. Sélectionnés à l’issue d’un examen drastique, ils consacrent leur temps à traduire l’Histoire en direct. Chaque intervention de chef d’État est traduite en six langues : anglais, français, espagnol, russe, chinois et arabe. Là encore le pic d’activité a lieu au moment du débat général.

Pour mener sa mission à bien, Hossam Fahr fait souvent appel à des collaborateurs travaillant pour les autres sites onusiens, à Vienne, Genève et Nairobi. Ces hommes et ces femmes de l’ombre n’ont pas droit à l’erreur. Une traduction imprécise peut avoir des conséquences désastreuses d’un point de vue diplomatique. «Lors d’une conférence sur la décolonisation, au début de ma carrière, je devais traduire de l’arabe vers l’anglais la phrase suivante : «L’indépendance des petits pays est un objectif majeur de l’ONU», se rappelle Hossam Fahr. J’ai utilisé le mot exploitation au lieu d’indépendance…Les deux termes sont très proches en arabe. Je me suis immédiatement rendu compte de ma bévue et je l’ai corrigée. Mais j’ai dû «courir» ensuite pour rattraper mon retard.»

Hossam, se remémore avec fierté la première déclaration à l’Assemblée générale de Nelson Mandela, tout juste élu président de l’Afrique du Sud : «Il a tenu un discours extraordinaire, plein de tolérance. L’Assemblée entendait son message à travers ma voix.»

Suivie d’un essaim de touristes, la guide marocaine achève sa conférence. Devant une sculpture représentant un revolver au canon noué, elle cite un ancien secrétaire général des Nations Unies, Dag Hammarskjöld : «L’ONU n’a pas été crée pour conduire l’humanité au paradis mais pour la sauver de l’enfer».

Technocratique et dépensière, l’organisation a sans doute beaucoup de défauts. Elle n’a pas mis fin aux guerres, loin de là. Mais c’est un lieu où les dirigeants de tous les pays peuvent se rencontrer et se parler. Un tout petit miracle, l’air de rien.

Un million de curieux se pressent chaque année pour découvrir les lieux.

Si vous avez envie de pousser les portes de l’ONU pour une visite inédite, les billets et  renseignements se trouvent   ICI.

Sachez qu’au cours de la visite, le ou la guide n’hésite pas  à  demander si quelqu’un a des questions à poser.  La visite se termine  par l’inévitable boutique.

Situés au sous sol du bâtiment, vous trouverez donc une boutique de souvenirs, un restaurant, une librairie et un bureau de  «Poste» un peu particulier.  Vous pouvez donc acheter vos timbres et poster vos cartes qui partiront directement de l’ONU !

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Sète, la petite Venise du Sud

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Ville posée sur l’eau, Sète est entourée d’une part, par l’étang de Thau et, d’autre part, par la Méditerranée. Entre les deux, des canaux et des ponts relient la ville chère à Georges Brassens et donnent à cette petite cité du Sud des allures de Venise languedocienne.

Le port de Sète constitue le véritable socle de la ville. Ouvert le 29 juillet 1666, il a été creusé de toutes pièces sur la volonté de Louis XIV qui voulait offrir un débouché maritime au canal du Midi pour relier l’Atlantique à la mer méditerranée. Le port s’est ensuite enrichi grâce au commerce du vin.

Résultat de recherche d'images pour "sète france" Le ballet de ses cargots, paquebots et bateaux de pêche n’a cessé d’inspirer les artistes sétois, de Paul Valéry à Jean Vilar, en passant bien sûr, par Georges Brassens.

La promenade Jean-Baptiste-Marty vous plonge directement dans l’ambiance portuaire. Elle surplombe le quai de la Consigne, l’ancien siège des ateliers de salaison du poisson bleu (sardines, anchois, maquereaux), qui accueille désormais les ateliers d’entretien des filets de pêche. 

Creusé en même temps que le port, le canal de Sète constitue la colonne vertébrale de la cité portuaire. La partie comprise entre le pont de la Savonnerie et le pont de la Civette, appelée Cadre Royal, représente à elle seule un concentré de la vie Sétoise : Résultat de recherche d'images pour "Sète france Cadre royal"

Les bateaux amarrés le long des quais lui donnent des allures de carte postale, qu’il est agréable de découvrir sur l’une de ces petites vedettes de croisière qui sillonnent la ville. C’est la meilleure option pour admirer de part et d’autres des quais les façades colorées, clin d’oeil à l’Italie et à ses populations venues jadis s’installer dans ce paradis languedocien. 

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Le palais consulaire autrefois chambre de commerce, il abrite aujourd’hui la Maison de la Mer. Sa tour évoque un minaret symbole des liens économiques de Sète avec le Maghreb, notamment l’Algérie.

Le quai Lemaresquier abrite le palais consulaire, construit dans un style Art déco avec des grappes de vigne sculptées qui rappellent l’importance du négoce du vin. Les restaurants en enfilade se succèdent sur le quai Général-Durand, appelé aussi quai de la Marine. Entre ces deux ponts, c’est sur le canal que se déroulent chaque été les fameux tournois de joutes nautiques, une institution sétoise. 

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Rendez-vous au village des Pointus

Impossible de ne pas succomber au charme de ces petites cabanes de pêcheurs. A la pointe courte, posée sur l’étang de Thau, c’est comme si le temps s’était arrêté. 

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Ce village de pêcheurs, dont les habitants se nomment les pointus, est resté dans son jus avec ses barques colorées et ses filets qui sèchent le long de l’étang. 

L’artère principale s’appelle la «rue de la Pétanque» : Tout est dit ! A la fin de l’été, il ne faut pas manquer le spectacle des pêcheurs amassés le long des quais et attendant les dorades qui transitent de l’étang vers la mer. 

Dans les pas des poètes

Sète s’apprécie aussi vue d’en haut. Situé sur le versant méridional du mont Saint-Clair, le cimetière Saint-Charles a été rebaptisé Cimetière marin en 1945 en référence au poème du même nom de Paul Valery. Image associée Le poète, né à Sète en 1871, y repose, tout comme l’homme de théâtre Jean Vilar, Résultat de recherche d'images pour "Sète france jean Vilar" créateur du festival d’Avignon. 

Une partie du cimetière est réservée à la communauté protestante qui a joué un rôle essentiel dans l’essor de l’activité du port aux XVIIIe et XIXe siècles. Les Sétois ont aussi l’habitude de l’appeler le «cimetière des riches», par opposition au «cimetière des pauvres», le cimetière Le Py, situé en face de l’étang de Thau, et où repose Georges Brassens. Résultat de recherche d'images pour "Sète france Georges brassens", sa tombe est d’une grande simplicité (à l’image de l’artiste). Des années après sa disparition, il  déplace toujours les foules. Il est aussi possible de se balader devant sa maison natale située au 20, de la rue qui porte son nom sur les pentes du mont Saint-Clair. L’espace Brassens, musée qui lui est consacréRésultat de recherche d'images pour "espace georges brassens sète" propose des scénographies pour redécouvrir la jeunesse de l’artiste-poète. Enfin chaque été en juin, le théâtre de la Mer organise un festival de chansons françaises intitulé «Quand je pense à Fernande»….Vous connaissez la suite !

Supplique de Georges Brassens pour être enterré sur la plage de Sète (extrait)

Mon caveau de famille hélas ! n’est pas tout neuf. Vulgairement parlant, il est plein comme un oeuf
Et, d’ici que quelqu’un n’en sorte, il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens  » poussez vous donc un peu ! » Place aux jeunes en quelque sorte.
Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus, creusez, si c’est possible, un petit trou moelleux

Une bonne petite niche, auprès de mes amis d’enfance, les dauphins, Le long de cette grève où le sable est si fin, sur la plage de la corniche.

C’est une plage où, même à ses moments furieux, Neptune ne se prend jamais trop au sérieux, Où, quand un bateau fait naufrage, le capitaine crie : » je suis le maître à bord ! Sauve qui peut ! le vin et le pastis d’abord! chacun sa bonbonne et courage ! »

Et c’est là que jadis, à quinze ans révolus, à l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus, Je connus la prime amourette. Auprès d’une sirène, une femme-poisson, Je reçus de l’amour la première leçon, avalai la première arête  …

Halte indispensable à la criée.

Le bâtiment, acquis par la ville en 1966, avec son toit en forme de pagode, vaut vraiment le détour. 

Visite guidée de la Criée à Sète

Construite en 1967 et inaugurée en 1969, la Criée de Sète fut la première à être informatisée dans les années 1980. Climatisée et respectant ainsi la chaîne du froid, elle contient un amphithéâtre où les professionnels achètent les lots de poissons au cours d’enchères descendantes. Là, les produits défilent avec leurs informations et les acheteurs se tiennent à l’affût, appuyant sur leur télécommande à infrarouge lorsqu’un lot les intéresse.

L’office du tourisme organise de février à novembre des visites guidées pour plonger dans l’ambiance, certes un peu bruyante, mais si typique, de cette grand messe du poisson

Sur une bande roulante, les cageots remplis de dorades, rougets et autres seiches défilent à la queue leu leu tandis que sur les murs, les chiffres des enchères défilent à toute allure. Ça crie, on passe commande et ça sent bon le poisson frais….impressionnant ! 

En sortant de la Criée, les participants rendent les badges qui leur avaient été remis pour entrer. Les touristes marchent alors à côté des camions qu’on charge du poisson récemment acquis. Une fois devant, la dernière petite information de la visite concerne l’immeuble face à la Criée. Il s’agit de l’ancienne habitation d’un mareyeur, un vendeur de poisson. Son emplacement lui assurait d’avoir un poisson on ne peut plus frais.

Les nombreux visiteurs sont séduits par cette visite d’un lieu finalement peu commun et la fréquentation générale prouve que ces “coulisses” intéressent le public.

 

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VENISE Dans les pas de Casanova.

Aux femmes, il a toujours préféré sa liberté. Joueur invétéré et libertin, il s’est vanté d’en avoir aimé 122….en 39 ans ! C’est à Venise qu’il a commencé à exercer ses «talents»….

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Le Palais des Doges

Résultat de recherche d'images pour "giacomo casanova"Né en 1725 à Venise, Giacomo Casanova est le fils de modestes artistes. Lui-même déploiera d’immenses talents de comédien non seulement pour se rapprocher des puissants, mais aussi pour séduire la gent féminine. Ainsi, vers 1740, alors qu’il est nommé abbé de l’église San Samuelle, à deux pas du palais Grassi, construit entre 1748 et 1772, la beauté des femmes l’émoustille déjà et il se détourne vite de sa vocation. Tandis qu’il prépare un sermon, il tombe amoureux d’Angela, la nièce du curé, qui prend des leçons de broderie. Casanova passe ses journées à la regarder travailler en lui déclarant sa flamme, mais ne reçoit en retour que mépris et indifférence. La jeune femme, pourtant loin d’être insensible, a compris que ce beau parleur ne l’épouserait jamais…

Casanova jette alors son dévolu sur Nanette et Marton, deux soeurs brodeuses, comme Angela. Et cette dernière va jouer les entremetteuses. Elle propose à Casanova de se joindre à elle et ses deux amies pour une soirée libertine. Il faut se replacer dans le contexte de la Venise de l’époque, réputée être la ville d’Europe où l’on s’amusait le plus et qui attirait les célébrités du monde entier, pour ses théâtres, son carnaval (qui durait six mois) et aussi des bordels ! «Ablutions collectives ..Nuit blanche, Casanova passe de Nanette à Marton, de Marton à Nanette » écrit la romancière Chantal Thomas dans la biographie qu’elle consacre à l’aventurier Résultat de recherche d'images pour "casanova un voyage libertin de chantal thomas"Casanova, à seulement 14 ans, a perdu sa virginité. 

A la même époque, notre don Juan, 1.90 mètre de séduction et de muscles, tombe sous le charme de Teresa Imer. Le jeune homme fréquente alors assidûment le palais Malipiero, l’un des plus beaux palais de Venise, situé sur le grand canal, Résultat de recherche d'images pour "Le palais Malipiero"à quelques minutes à pied de la place Saint-Marc. Il y rencontre la belle Teresa, convoitée par le sénateur Malipiero, et….la séduit. Les amants se font surprendre et Casanova se fait chasser du palais à coups de bâtons. Leur idylle ne durera pas bien longtemps, mais la légende raconte qu’ils auraient eu deux enfants.

Décidément, dans cette Venise du siècle des Lumières, tout est permis ! Même les nonnes ont des aventures et Casanova compte bien en profiter. Le séducteur a 28 ans et fréquente les soirées masquées en vogue durant le carnaval. Résultat de recherche d'images pour "carnaval de venise"Il y rencontre celle qu’il appelle «C.C» dans ses mémoires, une jeune fille de bonne famille. Casanova veut l’épouser, mais le père de C.C. refuse et, par précaution, fait enfermer la malheureuse au couvent de l’île de Murano, Résultat de recherche d'images pour "île de Murano"à 1.5 kilomètres au nord de Venise.

Dépité, le jeune homme se rend plusieurs fois au couvent pour tenter d’apercevoir sa bien-aimée, quand il est repéré par M.M (Marina Morosini), une autre religieuse, issue d’une lignée de Doges. Il n’en faut pas plus à cet épicurien pour céder à la tentation ! Résultat de recherche d'images pour "Casanova libertin" M.M, l’invite dans son «casin», une de ces garçonnières où les Vénitiens s’adonnaient à toutes sortes de plaisirs. L’alcool coule à flots et les sens s’éveillent…..C.C. apprenant que son premier amour s’est rapproché de celle qui joue auprès d’elle le rôle d’une protectrice, ne tarde pas à les rejoindre pour une orgie d’anthologie ! 

Arrêté à Venise le 26 juillet 1755 – pour crime contre la religion, libertinage ou escroquerie, voire après une dénonciation par quelques maris jaloux, les hypothèses sont nombreuses ! Casanova est incarcéré à la prison des Plombs, Résultat de recherche d'images pour "prison des plombs venise"située dans le palais des Doges (le Pont des soupirs, est un trait d’union entre le palais et la prison : la joie et la douleur)  Un enfer. Là Casanova hurle, se tape la tête contre les murs. «C’est ainsi que je commencerai à devenir fou», écrira-t-il dans ses mémoires. 

La prison est réputée inviolable, il s’en évade pourtant le 31 octobre 1756. Il s’enfuit par les toits alors que les cloches de Saint-Marc sonnent les douze coups de minuit. Après son évasion rocambolesque, il file en gondole sur la lagune, et fuit sa ville chérie. Après une vie d’aventurier, il finit ses jours dans un château de Bohême (en République Tchèque), où il rédige son oeuvre la plus célèbre, Histoire de ma vie, qu’il résumait ainsi : «J’écris ma vie pour me faire rire, et j’y réussis».

Au XVIIIème siècle, Venise surnommée la Sérénissime, comptait 150 000 habitants ; Ils y en a moins de 60 000 aujourd’hui.

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Avec ses 20 millions de visiteurs annuels, cet écrin de beauté insulaire, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, devient de moins en moins agréable à vivre. Surtout l’été. Le tourisme de masse fragilise considérablement la ville que ses habitants désertent, fuyant les voyageurs, trop nombreux, et les rues devenues impraticables. Il faut jouer des coudes pour se frayer un passage dans les ruelles ou franchir les ponts surplombant les canaux. Les magasins de souvenirs, de masques ou de bibelots ont souvent pris la place de boutiques traditionnelles, artisanat de qualité ou commerces alimentaires. Le centre historique perd tous les ans quelques centaines d’habitants, avant 2030 il risque de se vider presque totalement transformant la ville en un «nouveau Disneyland».

Mais à Venise règne toujours l’insouciance, l’idée que l’art peut résister à tout et sauver de tout.

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LALIQUE : La haute couture du cristal

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«Le verre est la matière merveilleuse»

Ainsi s’exprime René Lalique en 1925. L’artiste a alors 65 ans. Cela fait plus de quarante ans que son nom est associé à la pureté et à l’éclat du verre qui revêt objets, luminaires, mobilier, bijoux, parfums……. Cent trente ans après, l’esprit novateur du maître règne toujours sur la maison qu’il a fondée, à la renommée désormais internationale. 

Retour sur une destinée peu commune….

D’abord un maître bijoutier 

Résultat de recherche d'images pour "rené lalique"Réné Lalique entre en apprentissage chez un fabricant-bijoutier, tout en poursuivant des études à l’École des Arts décoratifs de Paris. Il part se perféctionner deux ans en Angleterre avant de s’illustrer auprès de grands joailliers parisiens auxquels il apporte sa touche novatrice en utilisant l’émail et le verre tels des pierres précieuses pour orner ses bijoux. Résultat de recherche d'images pour "rené lalique bijoux "Résultat de recherche d'images pour "rené lalique bijoux "

Sa volonté de «créer quelque chose que l’on aurait pas encore vu», lui vaut d’être sacré «inventeur du bijou moderne» par ses contemporains. 

En 1885, il fonde sa première verrerie à proximité de Paris et fabrique, pour le parfumeur Coty, des flacons de verre aux formes inédites.  Image associée

René Lalique, déjà maître joaillier de l’Art nouveau, devient maître verrier de l’Art déco ! 

Le «Rodin de la transparence»

Après la première guerre mondiale, en 1921, Lalique crée la Verrerie d’Alsace à Wingen-sur-Moder, au coeur d’une région de tradition verrière où il travaillera avec une main-d’oeuvre spécialisée et des artisans talentueux. Dès lors, il consacre son travail au verre industriel en jouant sur le contraste entre le verre transparent et le verre satiné, avec, parfois, une patine, un émail ou une coloration dans la masse. Résultat de recherche d'images pour "rené lalique vases "

C’est précisément cette opposition de matières qui demeure encore aujourd’hui la marque de fabrique Lalique. Image associéeSes créations s’inspirent des courbes féminines, de la force de la nature, ou de la grâce de la flore Résultat de recherche d'images pour "rené lalique vases "

Côté production, celui que l’on surnomme le «Rodin de la transparence», innove également avec la fabrication de moules en fonte ou en plâtre, à usage unique, et destinés aux très grandes pièces. Image associéeLe cristal est travaillé dans l’atelier du «verre chaud», où les températures sont extrêmes (le cristal en fusion atteint 1400°) . Récupéré à l’aide de cannes par des «cueilleurs», le cristal est ensuite mis en forme soit dans des moules, soit par des souffleurs, puis les pièces sont acheminées dans les ateliers du «verre froid». Là, les maîtres verriers leur font subir des retouches, des matages (des bains d’acide), un polissage….avant d’apposer, à main levée et au moyen d’une pointe diamantée, la touche finale, la signature Lalique : Résultat de recherche d'images pour "signature lalique france"

Puis vient l’ère du cristal 

A la mort du maître, en 1945, Marc Lalique : Résultat de recherche d'images pour "marc lalique" le fils de René, prend la tête de l’entreprise. C’est lui qui fait définitivement entrer Lalique dans l’ère du cristal. Sa fille Marie-Claude : Image associéelui succède en 1977. Dynamique, elle associe aux traditionnelles techniques de création, telles que le dessin et le modelage en terre, des procédés modernes comme la numérisation et l’impression 3D. 

En 2008, l’entreprise est rachetée par un groupe suisse, Art et Fragrance (devenue depuis Lalique Group), qui développe la capacité de production de la cristallerie. La société lance alors des collections inédites dans le domaine de la maison, de l’art contemporain, et renoue avec la haute joaillerie avec des créations dans le pur respect de l’esprit des oeuvres du père fondateur. 

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Une excellence reconnue aujourd’hui par le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV), qui distingue des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels prestigieux. 

Quelle est la différence entre le verre et le cristal ?

Tous les deux sont constitués de silice (oxyde de silicium), mais le cristal renferme également de 10 à 32 % d’oxyde de plomb, qui augmente la transparence et diffuse beaucoup plus de lumière.

C’est énorme ! 

  • La fabrication d’une pièce en cristal peut nécessiter jusqu’à 40 étapes
  • Il existe plus de 50 métiers chez Lalique : potiers, cueilleurs, souffleurs, sculpteurs..
  • Certains ouvriers constituent la cinquième génération à travailler dans l’entreprise, sachant qu’il faut plus d’une dizaine d’années pour devenir maître verrier.
  • Lalique compte huit meilleurs ouvriers de France parmi ses effectifs. Cette distinction reconnue dans le monde entier témoigne du talent de chaque artisan récompensé.
  • Le 13 novembre 2017, un collier Art nouveau de diamants et perles signé Lalique, créé en 1899-1901, a été cédé au prix de 978 480 dollars américains, soit l’équivalent de un million d’euros ! 

À VOIR

Le musée Lalique ouvert en 2011, il contient 600 oeuvres d’exception (bijoux, sculptures, vases, flacons….) et également des dessins et croquis de René Lalique.

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Musée Lalique, rue du Hochberg, 67290 Wingen-sur-Moder. 

Publié dans Découverte, Non classé, VOYAGE

Les LANDES. Des charmes cachés !

Combien de fois ai-je entendu cette phrase :

Il n’y a rien à voir dans les Landes.

Je vais essayer de vous en faire découvrir ses charmes, hors des sentiers battus.

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Ne vous attendez pas à ce que surgisse un berger juché sur ses échasses, surveillant son troupeau de moutons. Ils sont couchés dans les livres d’images. Certains ont disparu au fond des marécages depuis que, selon la volonté de Napoléon III, on a planté une forêt de pins qui les ont asséchés.

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Les conifères se pressent par milliers le long de routes rectilignes, sur des distances telles qu’une poignante monotonie nous étreint ; d’où le sentiment qu’à part ces géants habillés de vert, hiver comme été, les Landes n’offrent que peu d’intérêt. L’âme des bergers subsiste pourtant, il suffit d’écouter le vent, porteur de mémoire. Depuis quelques années, un pâtre nostalgique de cette époque révolue a endossé la houppelande ; il parcourt le pays sur ses tchanques et il a ressuscité la transhumance.

Tournons cette page de poésie pour nous arrêter à Solférino. Ici plane le fantôme de Napoléon III. Sur l’impulsion de l’empereur, des essais de culture ont été faits, notamment de coton. Le long d’une route s’alignent des cottages autrefois occupés par les ouvriers. Un musée désormais fermé gardait le vélo et l’appareil photo de Félix Arnaudin avec lesquels ce collecteur de souvenirs sillonnait la région. Aujourd’hui, ces deux témoins de l’histoire régionale sont visibles au musée d’Aquitaine, à Bordeaux. Solférino demeure, émouvant village oublié au coeur de la lande, comme un reflet d’autrefois.

Du pétrole et des vaches

Naguère aussi oublié que Solférino, Parentis-en-Born s’est soudain réveillé pour devenir un Dallas en miniature. En 1953, le pétrole a jailli.

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De la forêt et des eaux du lac ont émergé des puits. Le village a grandi, est sorti de l’anonymat. Aujourd’hui l’or noir coule toujours. Des structures d’accueil se sont développées et attirent bien des visiteurs. Lorsque j’ai appris que des courses de vaches avaient lieu dans des arènes, j’en suis restée abasourdie : «Ils sont fous ces Landais !» Je précise  que je réprouve fortement les corridas. On Visite l’église et on remarque une porte basse murée flanquée d’un petit bénitier. Durant plusieurs siècles, une communauté fut mise au ban de la société. Ces gens, on les appelait les 〈cagots〉 soi-disant descendants des lépreux, ce qui expliquerait cette discrimination. Ils n’avaient pas le droit d’entrer dans les églises que par ces portes basses, en courbant l’échine dans une attitude d’insupportable soumission !

On mange des gâteaux aux pignons dont ce village du pays de Born s’est fait une spécialité. La myrtille y est reine, comme l’asperge qui se plaît dans ce sol pulvérulent. Ici, nous dit-on le miel de bruyère a le goût du bonheur. On le goutte,  Je préfère le miel d’acacia …Au bord du lac commun à Parentis et Biscarrosse paissent des vaches écossaises qui entretiennent la vraie nature de ces prairies et paysages lacustres.

Le lac de Sanguinet

Le Lac de Sanguinet

Dix minutes en voiture et nous voici à Biscarrosse. Des boutiques s’ouvrent sur une place, les promeneurs s’attardent. Il fait si bon flâner ! Quelques kilomètres séparent le bourg des vastes plages blondes. L’hiver y est,  parait-il,  tiède et doux comme le sable. De nombreux lacs jalonnent le littoral. Comment se sont-ils formés ? Sous l’effet des vents du large, les dunes se font, se défont et le sable a obstrué les estuaires des fleuves côtiers. Le meilleur exemple se trouve à Sanguinet. Des plongeurs extraient des fonds vaseux maints objets témoignant de la présence humaine à l’époque gallo-romaine. Certains usuels, d’autres très rares. On découvre le passé de la petite cité, l’antique Losa, dans le musée qu’elle a créé. Et l’on peut profiter de son lac pour naviguer et se baigner.

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Domaine du duc de Westminster

Plus tard au sud, Mimizan mérite une halte : la mer, un lac que surplombe Woolsack, domaine du duc de Westminster qui venait y chasser le sanglier, et Winston Churchil y peindre la nature. Coco Chanel loua une maison pour offrir à ses cousettes les premiers congés payés. Le portail monumental de l’abbaye est un livre de pierre ouvert sur des scènes de la vie rurale. Bâtie entre le bourg et la plage, elle a failli disparaître, engloutie dans les sables mouvants. À proximité s’élève une petite pyramide, vestige d’une sauveté, refuge où même les criminels bénéficiaient de l’immunité. Au loin mugit l’océan.  La D41 nous amène à Lévignac, ravissant village où les maisonnettes rivalisent de coquetterie. Un ruisseau le traverse en glougloutant. On poursuit vers le littoral, les mouettes nous offrent un ballet et nous saluent de leurs cris. Sans quitter la côte, on arrive à Hossegor qui nous attend dans l’un de ses restaurant pour une dégustation d’huitres au bord de son lac marin. Il se remplit et se vide au rythme des marées.

Maisons près du lac d'Hossegor #landes #hossegor #lac #nature #lake #house

Nous faisons le tour du lac pour apprécier les belles demeures qui se mirent dans ses eaux. Cela fait beaucoup d’eau ! Sachez cependant que les Landes produisent un délicieux vin de sable !

Nous remontons dans les terres jusqu’à Dax, réputée pour ses boues. Dans ce pays de sable et d’eau, nombreuses sont les fontaines dites miraculeuses.

Fontaine chaude - Dax

Dax, fontaine chaude

Une légende raconte….Un légionnaire romain avait un chien perclus de rhumatismes. La sachant incapable de le suivre, il le jeta dans l’Adour pour le noyer. (Charmant !) Quelle ne fut sa surprise de le retrouver fringant au retour de sa campagne. La boue dans laquelle il s’était vautré sur la rive du fleuve l’avait revigoré. Il venait d’initier le thermalisme et ses bienfaits. Au musée de Borda on peut voir les restes des fondations d’une basilique édifiée par les Romains au début de notre ère. Ce ne sont pas les seuls atouts de cette ville charmante où subsistent des remparts, où le shopping  est roi et que traverse l’Adour qui rime si joliment avec amour… Plus à l’est, Brassempouy, devenu célèbre grâce à la dame à la capuche, She's a jar... with a heavy lid... | Head of a woman known as the  “Venus of... une statuette en ivoire sculpté, première représentation de visage humain : Une merveille de finesse et d’élégance âgée de 25 000 ans ! Un musée nous transporte au coeur de la préhistoire pour mettre nos pas dans ceux de nos ancêtres. Émerveillement garanti pour les amoureux de cette époque lointaine.

Du gras et des ballons

Connaissez-vous les Festivolailles ? Ces marchés au gras nous ramènent à des découvertes plus gustatives. Entre le confit, le magret frais ou fumé et le suprême foie gras fermier, le canard nous donne rendez-vous en différents lieux pour goûter à ces délices du palais arrosés d’un vin de Tursan. Les Landais le servent dans du Samadet,  cette fameuse vaisselle dont le village éponyme perpétue l’art, ô combien noble, né dans l’ancienne faïencerie royale. Musée de la faïence à Samadet. On se mêle à la foule des vendeurs et des acheteurs. Ici, on soupèse, on tâte, on compare, on marchande. On palabre longuement avant de conclure. Et l’on repart avec, dans son panier, de quoi festoyer dignement.

Les berges de la Midouze #montdemarsan #landes #riviere #berges #cloud

Terminons ce périple à Mont-de-Marsan, la ville aux trois rivières : de la rencontre de la Douze et du Midou naquit la Midouze. On flâne le long des berges par l’ancien chemin de halage. De portes ouvertes nous parviennent des éclats de voix : on parle rugby, on s’échauffe. Ici la star, c’est le ballon ovale. Il n’est que d’entendre les supporters s’enflammer et les ovations s’élever dans des gradins. Les fêtes y sont nombreuses, car dans ce pays du bien manger, dont le cœur bat au rythme des flonflons, on sait se divertir et donner libre cour à sa formidable joie de vivre !

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Peut-on encore affirmer qu’il n’y a rien à voir dans les Landes ?

Publié dans DÉCRYPTAGE, HISTOIRE

Victor Lustig, l’homme qui vend la Tour Eiffel et escroque Al Capone ..(4)

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Et le comte Lustig, bien mis, respectable adjudicateur avec rosette à la boutonnière, parle. Il parle longuement, mais juste ce qu’il faut. pas plus. C’est qu’il sait doser ses effets, l’animal. Il sait que dans ce genre d’affaire la moindre faute, la moindre erreur de jugement peut être fatale. Poisson, sa victime, a les ouïes aux aguets. Il flairerait le plus petit piège. Mais sa méfiance s’endort bientôt. Lustig est le roi de l’embrouille. Son métier, il le connaît sur le bout des doigts. 

La fin de sa péroraison vaut son pesant de cacahuètes : «Ce que je vais vous dire maintenant est pour l’heure encore un secret. Seuls la société d’exploitation, la Ville de Paris et le président de la République bien évidemment sont au fait…..Si cela s’apprend, il y aura aussitôt une levée de boucliers….». Un long silence. Tout ce beau monde se jauge. On sait que le meilleur est encore à venir. La lettre certes mentionne le «meilleur» mais on n’ose y croire. Lustig prend sa voix la plus neutre, la plus naturelle et annonce froidement : «Il s’agit de vendre la tour Eiffel, messieurs ! ».

Lustig ne les laisse pas souffler. Les autres gardent contenance, mais on imagine quel chambardement intérieur les agite. 

«Eh oui, messieurs, vous avez lu les journaux, le coût des réparations…Ce n’est plus possible, je suis sûr que vous comprenez. Et puis, ce n’est pas un sacrilège. Vous savez comme moi que la Tour n’a pas que des partisans. Nombreux sont ceux qui, depuis le grand Maupassant, l’ont dans le nez, si vous me passez l’expression. Il n’y a pas que les touristes gâteux en ce bas monde ; les Parisiens, eux, pour beaucoup en tout cas, n’en sont pas fanas…Bon ! Dépassions maintenant ce débat. Rentrons dans le vif du sujet. La Tour Eiffel, c’est 300 mètres de haut, 15 000 poutres de fer, 2 500 000 rivets….7 000 tonnes de fer, messieurs….Je dis bien 7 000 tonnes!»

Soudain, parmi les cinq candidats, il en est un qui oublie le scandale inévitable, les articles de presse : 7 000 tonnes de ferraille à récupérer ! Il est redevenu ce qu’il est : un homme d’affaires. Et un homme d’affaires, ça fait des affaires. Désormais, les cinq ferrailleurs, dont les quatre hommes de paille, sont en ordre de bataille. Chacun pour soi et Dieu pour tous ! 

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Victor lève la séance. Il attend les offres sous pli scellé dans cinq jours. Ici même au Crillon. Aucun délai ne sera toléré. Il s’agit d’une chose sérieuse, que diable ! A peine les cinq compères ont-ils levé l’ancre que Dan le Dandy, resté seul avec le «maître», ne peut réprimer un sifflement admiratif. Mais Lustig le refroidit aussitôt : «Il n’est pas encore complètement ferré, mon cher» 

  • Et s’il s’avisait de faire sa petite enquête ? ajoute Dan.
  • Il n’en fera rien. Il a trop peur de perdre l’affaire.

Les offres arrivent, comme il faut s’y attendre, en temps et en heure. Et, le lendemain, M.André Poisson reçoit un pli cacheté qu’il ouvre avec fébrilité. C’est lui, oui, c’est bien lui qui est retenu ! Pour réunir les fonds, il demande quelques jours de répit – le temps nécessaire pour hypothéquer sa belle villa. Délai accordé bien sûr ! Les jours s’écoulent. La veille du jour dit, Poisson reçoit un coup de fil. C’est le Dandy. «On vous attend demain à telle heure avec le chèque certifié, cher monsieur…

  • Pas de problème répond Poisson.

Lustig, ce matin-là, l’accueille avec chaleur : « bravo, bravo, cher monsieur, vous avez emporté le gros lot ! Vous avez le chèque ? 

  • Bien sûr…Et vous,  vous avez le contrat ? 
  • Naturellement..

Le comte décoche une oeillade au Dandy. Celui-ci comprend au quart de tour et s’éclipse discrètement. «Ah, maintenant que nous voilà seuls, monsieur Poisson, avez-vous….? » Poisson prend l’air idiot, fait mine de ne pas comprendre.

  • Plaît-il ? 
  • Mais oui, vous êtes dans les affaires ….Un vieux de la vieille, monsieur Poisson….Vous connaissez bien les usages…

La large face rubiconde de Poisson s’éclaire d’un sourire entendu. «Ah, le pot-de-vin …

  • Pas de gros mots, monsieur Poisson …Le «dessous-de-table», s’il vous plaît ! 
  • Je pensais cher monsieur, qu’il fallait appeler un chat un chat ! Et Poisson, l’air fat, de sortir de sa poche une grosse liasse de billets : «Je connais les usages, cher monsieur».

Le lendemain, Lustig et le Dandy sirotent un rhum de la Martinique dans un charmant café de Vienne, entourés de jolies femmes. Un mois plus tard, ils sont toujours là, à faire la fête. De Paris, aucune nouvelle. Un jour, comme il remarque un soupçon d’inquiétude dans la voix du Dandy, Lustig éclate de rire : «De nouvelles ? Il n’y en aura pas….Poisson, quand il s’est rendu compte qu’il avait été à ce point berné, a eu honte….Il est rentré dans sa coquille. Le pire pour lui est que la chose se sache. Cet homme, qui est un parvenu, possède un sens aigu du ridicule. Il sait que celui-ci peut tuer…Il va se taire, crois-moi ! ….Bon, ça fait un bon bout de temps qu’on traîne à Vienne…Si on repartait ? Qu’en penses-tu ? 

  • Oui, volontiers ! Pour où ? 
  • Mais pour Paris, parbleu ! Tu ne sais pas que la tour Eiffel est à vendre? dit Lustig en éclatant d’un rire tonitruant. 
  • Mais, mais….vous l’avez déjà vendue § 
  • Soit, mais puisque Poisson a laissé tomber, elle est donc toujours à nous! 

Lustig et Dan le Dandy vendront donc une seconde fois la tour Eiffel. Mais cette fois, leur victime fera un tel ramdam qu’il devront boucler leurs valises à la hâte et remettre le cap vers les États-Unis, où de juteuses affaires, comme toujours les attendent. 

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Chicago

Après avoir plumé quelques autres pigeons en Floride, dans cette ville de Palm Beach qui regorge de nouveaux riches de l’industrie américaine – proies que notre Victor, fort de son instinct de prédateur, flaire de loin – Il jette son dévolu sur Chicago, la nouvelle «capitale du crime» de l’entre-deux-guerres. On se souvient que Victor a toujours été fasciné par les grands truands, ces aristocrates du capitalisme à son apogée. Il les craint, car il n’aime ni la violence ni le sang. Alors pourquoi, en cette année 1926, dirige-t-il ses pas vers l’endroit le plus dangereux qui soit : Chicago ? C’est qu’il s’est mis dans la tête, franchissant un échelon qui risque de lui coûter la vie, de plumer AL CAPONE en personne…..

Dans les années 1920, la prohibition a favorisé l’ascension de truands jusqu’à des hauteurs restées inégalées. La morale évidemment n’y trouve pas son compte, pas plus que la pitié : 

 

Que le meilleur gagne ! Telle est la devise favorite des voyous.

À l’origine, le meilleur est un certain Johnny Torrio, un truand petit et contrefait mais très grand par la méchanceté. Il est flanqué d’un lieutenant court sur pattes et ventru, encore plus méchant que lui, nommé Al Capone : 

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L’ascension de ce Torrio est exemplaire. Un beau jour, il trouve que la gestion des affaires sous la prohibition est une pétaudière, et il veut y mettre un peu d’ordre. Il réunit les barons de la pègre, et ceux-ci fument la calumet de la paix en saucissonnant la ville de Chicago en districts du crime. 

Tous enterrent  la hache de guerre, sauf un, un Irlandais du nom d’O’Donnell. Ce qui ne plaît pas à Torrio : les cinq frères O’Donnell y laisseront leur peau. Là-dessus, un autre de ces insupportables Irlandais, un certain Dion O’Banion, relève le gant et se met à chercher noise à Torrio. Ce qui ne lui porte pas chance, puisqu’il se retrouve un beau matin allongé, criblé de plomb, sur un tapis de jonquilles et de myosotis qu’il vient d’acheter à son fleuriste favori. L’enterrement d’O’Banion sent la poudre, et Torrio, le commanditaire de l’assassinat, commence à avoir des vapeurs. Victime d’une jaunisse, il préfère en rester là et prendre sa retraite. 

Al Capone ramasse alors le flambeau. Ce n’est pas un tendre, Capone. Désormais on flingue à tout va dans Chicago, et le petit sicilien rondouillard devient le mandarin du «syndicat du crime». Il règne en maître sur Chicago, et lui, au moins, n’est pas un gagne petit. Les filles de joie, les drogués, les buveurs clandestins, tout ce petit monde lui rapporte bon an mal an quelque 100 millions de dollars. Même s’il arrose les politicards et les flics corrompus à hauteur de 30 millions, il lui reste tout de même de quoi mener une vie de nabab. 

Lustig admire Capone. Lui peut escroquer le monde entier, mais, le plus riche c’est Capone.

Pourtant, Capone est aussi un nouveau riche à sa manière. Alors…Lustig Résultat de recherche d'images pour "victor Lustig" a beau avoir la trouille, il ne peut résister à cette envie irrésistible d’escroquer le dieu de la pègre. Pour l’amour de la compétition, sans doute : quand on a déjà ratissé tout ce qui peut l’être, reste le sport ! Escroquer Al Capone s’apparente à un combat de boxe. Lustig va devoir esquiver un certain punch s’il veut survive. 

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Voilà le comte escroc devant le Hawthorne Inn de Chicago, hôtel de luxe flamboyant dont deux étages sont loués à l’année par Al Capone. De là, le Sicilien parvenu gouverne le monde du crime d’une poigne de fer. 

Lustig, s’attarde, contemple le territoire qu’il vient de se choisir. À force de jouer au badaud, privilège lui est donné d’assister à une incroyable mise en scène : celle de la sortie du truand. 

Image associée

Al Capone, chapeau rabaissé sur l’oeil droit, s’engouffre dans une énorme limousine, flanqué de porte-flingues armés jusqu’aux dents. Un spectacle ! 

À force de traînasser devant le Hawthorne Inn, les molosses à mitraillettes qui gardent l’entrée de l’hôtel finissent pas connaître son visage. Que fait ce type ? Ils lui posent la question avec brutalité, comme on s’adresse à l’importun qu’on veut dégager :  «Que voulez-vous ?»

  • Je veux voir M.Capone
  • Pour quoi faire ? 
  • C’est secret….Dites-lui que le comte Lustig désire le rencontrer

Le «comte»….Il est évident que ces gens n’ont jamais vu d’aristocrate de leur vie. Ils sont troublés. D’autant plus que le bonhomme n’a pas l’air de porter de la dynamite sur lui.

Alors, on s’en réfère au boss, via son inévitable bras droit John Scalise – Le bras gauche étant Franck Nitti, le tueur numéro un de Capone

Scalise est le gars qui a descendu O’Banion ; autant dire que ce n’est pas un tendre. Lustig continue d’affirmer qu’il doit voir le boss et que lui seul saura pourquoi.  Scalise, pour un peu, le giflerait. Il se retient. Il le fait fouiller au corps. Rien. Pas le moindre flingue. Al Capone décidera lui-même ce qu’il faut en faire. Peut-être, se dit Scalise, que ce comte en est vraiment un et que ça fera plaisir au patron de recevoir un authentique aristocrate. On sait qu’il aime fréquenter les grands de ce monde. Quelques minutes s’écoulent….interminables. 

Enfin, la réponse tombe : C’est OK, Al Capone recevra le comte Lustig dans deux jours, à telle heure ! 

Al Capone reçoit Victor Lustig le jour dit. Dans le bureau – immense – du boss des boss de la mafia. 

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Celui-ci est installé dans un fauteuil de cuir qui ressemble à une barque ; il regarde son visiteur de ses petits yeux fureteurs. Nul doute qu’il veut percer à jour ce que l’aristo guindé à la fine moustache a dans le coffre. Il le scrute attentivement. Le silence est pesant. Il ne faut pas longtemps à Lustig Résultat de recherche d'images pour "victor lustig" pour comprendre que le type qui se tient là en face de lui ne lui fera pas de cadeau. Le bonhomme n’a aucun sentiment. L’amitié, l’amour, ce sont pour lui les mots d’une langue étrangère – comme pour Lustig d’ailleurs. Ils sont l’ai si différents : l’un bedonnant, étalant ses bagouses ; l’autre, mince comme un fil, avec son chic discret. Et pourtant ils sont semblables : ils ne connaissent ni remords ni pitié. L’un est plus sanglant que l’autre, voilà toute la différence ! 

  • Lustig…C’est pas italien, ça ! lance le boss. 
  • Mince ça commence mal ! se dit Lustig…Il y a peu de chances que l’autre me prenne pour un frère.
  • Que puis-je pour vous, M. le Comte ? dit le gros d’une voix soudain radoucie. 
  • J’ai une proposition à vous faire, rétorque Lustig avec un fin sourire.
  • Une proposition ? raconte….Combien pour vous ? et combien pour moi ? 
  • Cinquante mille dollars, et, en deux mois, je double le capital

Le boss des boss tire du tiroir de son bureau une liasse obèse et compte de ses doigts manucurés : 

  • Voilà 50 000. Et comte, c’est du sérieux….On ne plaisante pas avec moi, si vous voyez ce que ça veut dire. 

Lustig a compris : cela signifie qu’en cas d’entourloupe il ira nourrir, garni de plomb, les poissons du lac Michigan : 

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Lustig ne peut réprimer un frisson. Inutile d’essayer de s’enfuir avec le magot. Il a deux mois, pas un jour de plus, pour le faire fructifier. Sinon, gare à lui….

Un mois plus tard, voici notre Lustig traînant dans les bistrots de Chicago. Il a toutes les chances d’être reconnu par les porte-flingues. Justement, en voilà un qui s’approche :

  • Le boss a demandé après vous….dit le molosse.
  • OK, répond Lustig.

Mais il ne se rend pas à l’invitation. Pas tout de suite, il fait lambiner l’affaire. À son habitude, il veut pousser à bout le truand, nourrir ses soupçons. C’est une guerre. Une guerre psychologique. Et, à ce jeu, Victor sait qu’il a toutes ses chances. La fièvre monte au long des jours suivants. Maintenant, c’est Nitti qui le cherche, lui, Lustig

Voilà qui ne sent pas bon. Quand Nitti cherche quelqu’un, ce n’est généralement pas pour lui offrir des roses… Il est temps. 

Lustig fonce au Hawthorne, demande à voir Capone. 

Même procédure : fouille au corps, interrogatoire en règle, etc. Voilà notre cher Victor dans le bureau du monstre. Il sait qu’il va lui falloir la jouer fine. il risque sa peau, tout simplement. Lentement, en réprimant un tremblement de la main, il sort 50 000 dollars de sa poche et les pose sur le bureau de Capone. Celui-ci fait la moue : 

  • Je crois que tu as essayé de me couillonner ! J’aime pas ça …..
  • Non, j’ai tout tenté ; j’ai pas réussi….Les intermédiaires se sont fait porter pâles ; j’espère qu’on aura à nouveau l’occasion de travailler ensemble, monsieur Capone.
  • Tu es raide ? lui dit soudain le boss.

À ces mots de Capone, Lustig sait qu’il a gagné. Il ne répond rien. Capone sort 5 000 dollars de son tiroir : «Tiens….»

Ce jour là, Victor Lustig songe qu’il n’a pas escroqué Al Capone, il a tout de même soutiré 5000 dollars au roi des gangsters. Personne dans tous les États-Unis ne peut en dire autant…

Victor enchaînera encore longtemps les prouesses. À la fin de ses jours, il cumulera vingt-quatre identités différentes. Il aura été arrêté quarante-sept-fois sans être jamais condamné – mais la quarante-huitième lui es fatale : il tombe pour une peccadille et est envoyé à Alcatraz, où il retrouve quelques vieux potes.

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Al Capone y purge une peine de douze ans ; il est employé à la blanchisserie. 

Au bout de dix ans sur le rocher, un AVC met le «comte» Lustig dans un piteux état. Une pneumonie l’achève.

Nous sommes le 9 mars 1947. Sur son certificat de décès, une mention à l’emplacement de la rubrique «profession» est écrit : Apprenti commis voyageur.

C‘est sur cette ultime pirouette que s’achève une vie à nulle autre pareille. 

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VICTOR LUSTIG, l’homme qui vend la Tour Eiffel et escroque Al CAPONE (3)

Cela fait belle lurette – depuis la tuile survenue au banquier Green – que Lustig continue d’escroquer à qui mieux mieux.

Il plume les nouveaux riches avec un flair insensé et un génie de l’abordage qui l’apparente à un psychologue de haut vol. Mais ne nous leurrons pas et gardons-nous de toute admiration : Le faux comte Lustig est totalement amoral. Il n’éprouve aucune compassion pour touts ces gens qu’il détruit, sans compter les suicides qu’il laisse dans son sillage. Car il n’est évidemment pas question de retracer par le menu une carrière de voyou aussi prolifique. Oui, de «voyou» : C’est le qualificatif qu’il mérite. Ni son aplomb ni son intelligence de l’exonère. Il plume son prochain avec un sang-froid innommable, quelles qu’en soit les conséquences. Lustig n’a pas de coeur. Ou plutôt, si : seulement, il ne bat que pour l’argent. Voleur de grande classe, Arsène Lupin de l’escroquerie, il mérite d’entrer au panthéon des grands truands, même si cette idée eût choqué celui qui se prenait pour un artiste. Un de ses coups les plus fumants aura pour théâtre Paris. Le Paris de l’entre-deux guerres, où il fait si bon vivre….et travailler. Enfin, chacun à sa manière! 

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Il a fait de très bonnes affaires, le cher Victor, qu’il souhaite désormais joindre l’utile à l’agréable. Il a toujours eu la nostalgie de Paris. Si les pigeons n’avaient pas été aussi nombreux en Amérique, candidats naturels à un dépouillement en règle, nul doute qu’il aurait choisi Paris pour y couler des jours heureux. Mais Victor prend la vie comme elle vient, avec une certaine philosophie. Puisqu’il y est désormais, dans cette ville fascinante, il y trouvera bien quelques gogos à plumer. 

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Hôtel Le Crillon à Paris

Il arrive au printemps de 1925 flanqué d’un secrétaire particulier – oui, vous avez bien lu – et descend au Crillon, le palace le plus huppé de la Capitale. Il loue une suite, cela va de soi. Quand on est un noble, même faux, de l’ancien empire de Habsbourg, on est tenu de mener grand train.

Le secrétaire répond au nom de M.Dante ; il s’agit en fait de Dan Collins, alias «Le Dandy». Comme son surnom l’évoque, le Dandy porte beau. Regard clair, bronzé, épaules carrées, chevelure de jais, c’est une gravure de mode. Inutile de dire que le couple étrange – l’aristocrate à la fine moustache, toujours tiré à quatre épingles, et le bellâtre – ne passent pas inaperçus. En réalité, ce fameux Dandy est un escroc ; moins professionnel que Lustig, mais un escroc de bonne facture tout de même, qui s’est rempli les poches en écumant la côte ouest des États-Unis. Il parle français sans accent, car sa mère est française. C’est un peu la raison pour laquelle Victor l’amène dans ses valises. 

Dan alias M.Dante a plumé ses propres pigeons avec des armes ma foi fort peu reluisantes, puisqu’il faisait chanter les couples illégitimes descendant dans les motels tenus par des amis à lui. Il a donné aussi dans le faux monnayage et la traite des blanches, ce qui ne le rend pas plus recommandable.  Avec cela, un rusé, ce Dan le Dandy ! Arrêté trente-six fois, il n’a jamais été condamné. Une prouesse. Il a même réussi à voler son propre avocat ! Bref, c’est flanqué de ce triste sire aux dents blanches et à l’haleine fraîche que notre cher Victor débarque au Crillon. Mais Victor, on le sait, n’a aucune morale ! L’autre s’est attaché à lui comme un mousse s’arrime au capitaine pour changer d’horizon, et la réputation de Lustig, grand escroc célèbre dans les milieux de la haute pègre, n’est pas faite pour lui déplaire. Tout au contraire : c’est aux côtés des maîtres qu’on se forge. 

Vive la dolce Vita ! À Paris, tout brille, les femmes, les tripots, les cercles, les champs de courses….mais surtout les fameux Champs-Elysée.

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C’est là en sirotant un pastis, que Lustig attend. Il attend qui ? Quoi ? Le gogo, parbleu. Il n’a pas la moindre idée du lieu où il le dénichera. Mais ce dont il est sûr, c’est qu’il viendra à lui. Il en a toujours été ainsi, et il n’y a aucune raison pour que ça change. Dan le Dandy, se montre un peu agacé. Quoi ? L’autre l’a entraîné ici à Paris, sans aucun plan ? Réflexion de besogneux. De médiocre, même. Les génies n’établissent jamais de plan préalable. Jamais. Leurs plans leur viennent naturellement, au jour le jour. 

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Tenez, là, à la terrasse de ce bistrot des Champs-Élysées, par exemple. On est au quatrième jour de «sirotage» de pastis sans qu’il ne se passe rien lorsque, soudain, Victor Lustig jette sur la table le canard qu’il vient de parcourir d’un oeil distrait ….«Regarde !» Le Dandy a beau regarder, il ne voit rien – enfin, rien qui aiguise son intérêt ! «Regarde mieux, là, en page deux !» L’autre ne voit toujours rien. «Notre pigeon a sa carte de visite dans l’article, ici, en bas de page !» Dan hausse les épaules.  

Je t’annonce solennellement, reprend Lustig, que notre buse travaille dans la récupération des métaux !

– Oui…et alors ? rétorque Dan en lui lançant un regard bovin.

– Eh bien, creuse un peut ta petite cervelle. Nous allons lui vendre la tour Eiffel!»

Dan s’étouffe avec sa gorgée de pastis. Victor serait-il devenu fou ? Vendre la tour Eiffel ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas Notre-Dame de Paris, tant qu’il y est ! «Lis donc !» insiste Lustig. Le Dandy, les yeux ahuris, apprend alors que la tout Eiffel est un gouffre financier : un demi-siècle après son inauguration, elle rouille et nécessite des réparations qui coûtent les yeux de la tête. L’escroc à la chevelure de jais ne comprend toujours pas. «Et alors ?» hasarde-t-il. Manifestement, Dan n’a que faire de cette information. La tour Eiffel qui rouille ? La belle affaire ….La mairie de Paris envisageait même de la démolir. Soit ! Mais jamais, au grand jamais, ils n’oseront ! La Tour est un emblème National. Elle est l’équivalent de «La Marseillaise». Et encore, changer les paroles de «La Marseillaise» ferait moins scandale que démolir la tour Eiffel. 

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«Faux ! Tu connais fort mal son histoire, essaie de le convaincre Lustig…N’oublie pas qu’elle a été construite pour l’Exposition universelle de 1889, au départ à titre temporaire. Temporaire seulement. De plus, elle a fichu en rogne pas mal de gens, et non des moindres. Zola et Alexandre Dumas la regardaient comme une horreur absolue. Des campagnes de presse virulentes ont été orchestrées contre la tour Eiffel. Je vais vendre la tour Eiffel, te dis-je, et ça ne fera aucun scandale. Si je la mets en vente, les acheteurs vont se presser au portillon. «Et je vais la vendre cher !» précise-t-il. À ce point de la discussion, il est impossible de savoir si Dan le Dandy ne songe pas que le «maître» a une case fêlée. Lustig poursuit : «Il me faut des papiers à en-tête de la Ville et de la Société d’exploitation de la tour Eiffel. J’en fais mon affaire.»

Une belle lettre à en-tête de la Société d’exploitation de la tour Eiffel atterrit bientôt sous le nez des cinq principaux récupérateurs de ferraille de la capitale. Que dit-elle, cette lettre ? Que la ville, devant l’incapacité où elle se trouve de conduire sa rénovation, a décidé de vendre la tour Eiffel, et qu’il faut, cher monsieur, si cela vous intéresse, souscrire à l’appel d’offres. Rendez-vous est donné par l’adjudicateur désigné par la Ville à l’hôtel Crillon…tel jour, telle heure. L’affaire paraît extravagante, mais ça marche ! Le jour dit, à l’heure dite, les cinq bonshommes sont devant Lustig. 

Il n’a pas fallu longtemps au psychologue hors pair pour désigner sa victime. Celle qu’il appâte avant de l’hameçonner s’appelle – ça ne s’invente pas – M.Poisson !  André Poisson. Pourquoi Lustig choisit-il celui-là ? D’abord parce qu’en réalité il l’a déjà choisi : eh oui, les quatre autres candidats ne sont là que pour donner le change. Ce sont des hommes de paille, en quelque sorte, dûment chapitrés par M.le comte. Ensuite parce que ce Poisson est un de ces nouveaux riches qui se sont faits tout seuls, à la force du poignet. Un battant qui, pour arriver là où il est, est passé sur le corps de tout ce qui s’oppose à son ascension. Il a presque atteint le sommet de l’Olympe, mais pas tout à fait encore. Il lui reste une marche à gravir pour attraper le pompom. Justement, l’Olympe, c’est la cime de la tour Eiffel….

À suivre …. 

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VICTOR LUSTIG, l’homme qui vend la TOUR EIFFEL est escroque AL CAPONE. (2)

Victor Lustig, vient de rencontrer le banquier Tormut Green, auquel il s’est présenté comme le comte Victor Lustig, un réfugié venu d’Europe, à ce qu’il lui  raconte…

Résultat de recherche d'images pour "Victor lustig"Victor Lustig, parle bien, avec une classe, un don de persuasion proprement irrésistibles ! Issu d’une vieille famille qui remonterait aux croisades, il possédait terres et château dans le Tyrol lorsque soudain, patatras ! À l’annonce de la défaite autrichienne, ses paysans se sont révoltés, se sont emparés de tout, terres et château, et ont chassé les maîtres ! Une histoire à dormir debout…Quel gogo peut gober pareilles balivernes ? Mais Lustig n’est pas un conteur ordinaire. C’est un acteur. Et un acteur prodigieux, capable de faire prendre des vessies pour des lanternes. 

L’autre, le banquier,  écoute. 

Je suis un sans-abri…Je n’ai plus rien. Je voudrais refaire ma vie ici, aux États-Unis, poursuit Lustig. 

  • Soit, mais que puis-je fait pour vous ? lui demande Green, un tantinet embarrassé. 
  • Je veux acheter une ferme, lui répond Lustig.

Green regarde fixement l’individu sans lâcher un mot. Le bonhomme ressemble furieusement à quelqu’un qui dit la vérité. Un type, un émigrant qui vient aux États-Unis acheter une ferme, pourquoi pas ? 

  • J’ai un peu regardé alentour. On m’a parlé de la ferme Marsten. Vous la connaissez ? poursuit notre escroc.
  • Si je la connais ! C’est même ma banque qui en est devenue propriétaire. 
  • Est-elle chère, monsieur ? s’enquiert Lustig, un brin d’inquiétude dans la voix.
  • Chère ….non. Elle est disons, au juste prix ! 

Green a de la peine à cacher sa satisfaction. Hier encore, il s’arrachait les cheveux en pensant à cette ruine dont personne ne voulait, et voilà qu’aujourd’hui un aristocrate déplumé veut l’acquérir. Green songe que la vie ménage décidément de satanées surprises. Précisément, il n’est pas au bout de celles-ci. Voici que l’autre lui dit : «cher monsieur Green, je n’ai pas grand-chose. Juste le produit de la vente des bijoux de famille….Tenez, voici…» Et Victor de sortir de son cartable une enveloppe. Il l’ouvre. «Voici 25 000 dollars, monsieur Green…Est-ce que ça suffira ? ». Décidément, ces aristocrates sont des gogos. Pas un de ces fins de race qui ait les pieds sur terre. 25 000 dollars ? Cette ruine en vaut trois fois moins ! Mais puisque l’autre en offre 25 000, va pour 25 000 ! «C’est OK, monsieur Lustig !». 

Reste à accomplir une formalité délicate : la visite. Quand le comte va voir la ruine, il est probable qu’il prenne les jambes à son cou. Eh bien, pas du tout ! Lustig semble satisfait. «Au boulot», dit-il en serrant la main du banquier. 

  • À propos, monsieur Green, je compte sur vous pour m’apporter les papiers demain à mon hôtel, n’est-ce pas ? 
  • Bien sûr, monsieur Lustig ! 

Il sont sur le point de se séparer quand, soudain, Lustig semble hésiter. Il aurait une dernière requête à formuler. Il lâche le morceau : 

  • Voilà, monsieur Green, j’aurais besoin d’un petit capital pour commencer….Il y a, vous l’aurez remarqué, des travaux à faire. J’ai encore 25 000 dollars de bons, vous savez ! Pourriez-vous me les échanger ? 
  • Bien entendu ! lui répond Green avec un large sourire.

Marché conclu. Le lendemain, Green est dans la chambre du Lustig.

  • Voilà le titre de propriété, monsieur Lustig ! entame le banquier. Et là-dedans, j’ai vos 25 000 dollars en argent ; vous avez vos bons ? 
  • Bien sûr, reprend Lustig, les voici. 

Et il extrait d’un tiroir une enveloppe contenant une liasse de bons. «Mais avant de conclure l’affaire, trinquons, cher monsieur…. Une bonne affaire mérite un bon verre !» Un verre, puis deux, trois….Au bout du dixième verre, Green, complètement saoul, prend l’enveloppe que lui tend Lustig, lui donne les titres de propriété et les 25 000 dollars en liquide et s’en va en titubant. Au bureau, il s’effondre dans son fauteuil et examine le contenu de l’enveloppe, tout joyeux. Il manque soudain de se trouver mal : l’enveloppe ne contient que de vieux journaux au lieu de 50 000 dollars espérés. Il fonce à l’hôtel. La chambre est vide. L’oiseau s’est envolé. 


L’honorable Mr Green lance une meute de détectives à ses trousses, qui retrouvent le fameux comte Lustig dans une chambre d’hôtel de New York. Victor ne se cache pas le moins du monde.

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Comme tous les grands escrocs, il sait que rares sont les victimes qui veulent étaler leur infortune à la une : peur du scandale, du ridicule…les deux peut-être. Quoi qu’il en soit, l’animal étant coincé, on lui passe les menottes. Direction : Salina et le Kansas ! Ils sont cinq à l’escorter : quatre flics et l’avocat du banquier floué. 

Le voyage est long de New-York jusqu’au Kansas. Alors, Lustig parle tranquillement à l’avocat. Et ce faisant, il jauge sa personnalité : un type bien, droit, mais très conformiste. Un de ces bonhommes qui n’aiment ni les histoires ni les embrouilles. 

  • Ça va bouger, à Salina, n’est-ce pas, cher monsieur ? hasarde-t-il 
  • Sans aucun doute ….répond l’autre 
  • C’est pas joli, un escroc, j’en conviens. Un escroc, ça exploite les bas-fonds de l’âme humaine, reprend le « comte ».

L’avocat ne comprend pas bien où Lustig veut en venir, et il réprime une furieuse envie de hausser les épaules. Voilà que les escrocs se piquent d’être philosophes, songe-t-il ! 

  • Ah, les bas instincts de ces banquiers…poursuit énigmatiquement Lustig en lissant sa moustache. 

L’autre comprend d’un coup : Green a vendu à Lustig 25 000 dollars une ferme pourrie qui en valait 10 000 ! Pas honnête pour deux sous, le banquier! 

  • Je crains le pire pour la banque, renchérit soudain l’escroc.
  • Et pourquoi ? 
  • Se faire taper avec de vieux papiers journaux ! C’est pas bon pour un banquier ! La confiance des clients va ficher le camp ! C’est là hélas plus que probable ! 

L’avocat a compris au quart de tour. Il prend le téléphone et appelle Green. Lustig ? Monsieur Green, on a tout intérêt à le laisse filer. On étouffe l’affaire, et par-dessus le marché il promet de rembourser. Il s’y engage même par écrit. Green renâcle un peu. C’est tout de même un escroc ! Le banquier pèse le pour et le contre des heures durant. Puis il tranche : «OK…On le laisse filer !». La couleuvre est difficile à avaler, mais le scandale serait bien pire ! 

Ce qu’il ne sait pas, le bon Mr Green – et que Lustig, lui, sait -, c’est que les histoires finissent toujours pas remonter à la surface. Les rumeurs courent vite. Peut-on empêcher les rumeurs ? Sans doute pas….Et, un beau jour, cette histoire fâcheuse revient à Mr Green comme un boomerang. Les clients de la banque commencent alors à lâcher le banquier gogo. Comment garder sa confiance à une buse qui se fait croquer par un aigrefin, surtout quand cette buse est un banquier ? Lustig n’a évidemment pas remboursé les 25 000 dollars.

A suivre……

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VICTOR LUSTIG, L’homme qui vend la TOUR EIFFEL et escroque AL CAPONE. (1)

1890. La petite ville d’Hostiné, de l’Empire austro-hongrois. Un bébé vient au monde dans une famille de la bonne bonne bourgeoisie locale, ou on a l’habitude de travailler hardiment et de se battre pour conquérir les positions sociales. C’est ainsi que s’est conduit papa Lustig, devenu à la force du poignet le maire de sa ville. 

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Le petit Victor grandit entre des parents aimants, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ses principes sont bien différents de ceux de son géniteur : Victor conçoit d’emblée un mépris souverain pour le travail. Il se tourne les pouces en classe. Cependant, il compense sa paresse naturelle par une intelligence très fine et une imagination hors pair. Ses dons sont évidents : charmeur et polyglotte, il parle bientôt couramment cinq langues – le tchèque, l’allemand, l’anglais, le français et l’italien, et ne tarde pas à se lancer à la conquête de Paris. Il n’a pas encore vingt ans. Dans la ville lumière, il s’éprend de la bohème, des voyous, des joueurs et des femmes faciles. Il se frotte au milieu – d’un peu trop près, semble-t-il : il lui en coûte une balafre qui lui court de l’oeil à l’oreille gauches. C’est le prix à payer pour avoir courtisé d’un peu trop près la dulcinée d’un truand. Lustig a compris la leçon : il ne sera pas bandit, mais escroc. C’est moins dangereux, et ça rapporte tout autant. 

Il a dans sa manche deux armes fatales de l’escroc de génie – ou plutôt trois. Sa séduction et sa grande classe sont irrésistibles. Il voit aussi clair dans la tête de ses interlocuteurs que dans une boule de cristal. Enfin, il est totalement amoral. Autant dire qu’il possède tout le bagage nécessaire pour faire carrière dans le jeu. Bientôt, poker et bridge n’ont plus de secret pour lui. Il lui reste à trouver les dupes. Il les lui faut riches. Très riches. 

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Il ne tarde pas à remarquer que ce genre d’oiseau se pavane alors en cette vieille de Première Guerre Mondiale dans les cabines de première classe des palaces transatlantiques. Et hop ! Le voilà aussitôt au beau milieu d’entre eux, yeux et ouïe grands ouverts pour traquer le pigeon. En quatre ou cinq traversées, il fait son beurre, sans plus …Il n’est pas encore passé, pourrait-on dire, à la vitesse de croisière.

Il lui faut encore s’attacher un bon professeur qui sente d’où vient le vent. Justement, ce « professeur », ce maître qui l’aide à franchir un échelon dans l’Everest de l’escroquerie, « travaille » lui aussi sur les bateaux. Nicky Arnstein Résultat de recherche d'images pour "nicky arnstein" – c’est son nom -, joueur professionnel aux bras longs et aux doigts crochus, n’a pas son pareil pour jongler avec les cartes. Il gagne en trichant, et on n’y voit que du feu. La grande classe. 

Lors d’un de ces crépuscules dorés qui portent aux confidences, penchés sur le bastingage d’un somptueux paquebot, les deux nouveaux amis échangent leurs étranges expériences.

Tout est affaire de psychologie, lui dit Nicky. Le reste n’est rien…Elle seule permet de repérer le pigeon.

  • Ah oui ? commente Lustig Résultat de recherche d'images pour "victor lustig" en lissant sa fine moustache dans un geste familier 
  • Le bon pigeon ? C’est simple ! reprend Nicky. Il est riche, très riche. Dans le style nouveau riche. Ce sont ceux-là les flambeurs. Ces types-là ont déjà tout claqué, en voitures, en maisons, en femmes. C’est là une attitude naturelle quand on a été pauvre. Les vieilles fortunes sont près de leurs sous ; les récentes brûlent tout. Et surtout, elles ont besoin de se mettre en danger ; alors elles jouent ! Reste le point le plus important : le pigeon repéré, comment le ferrer ?
  • En lui proposant une partie, parbleu ! l’interrompt Lustig.
  • Arnstein lui décoche un fin sourire : « Surtout pas ! C’est la faute à ne pas commettre ! C’est au pigeon de proposer. A toi de résister…Si tu résistes, il insiste ! C’est la faiblesse du nouveau riche : il aime commander et, plus encore, il aime persuader !  » Arnstein sait de quoi il parle : il vient de soutirer 30 000 dollars à une buse de banquier en résistant deux jours à ses prières réitérées avant de craquer. Victor n’oubliera jamais la leçon de Nicky.

La guerre oblige le filou à mettre quelque temps ses activités lucratives en sourdine. Soudain, on n’entend plus parler de lui. Mais voilà qu’il pointe le bout de son nez au lendemain de la guerre, durant cette période si propice à tous les aigrefins de la terre : « Les année folles », qui, ne l’oublions pas, sont aussi les « années fric » de l’entre deux-guerres. Le temps de la prohibition et de tous les possibles. Celui des fortunes bâties sur du papier et des chutes vertigineuses, avec son lot de faillites retentissantes et de suicides qui ne le sont pas moins. Le temps des « nouveaux riches », précisément, et des gogos. Des gogos à la pelle.

Le cher Victor se sent d’emblée dans cette époque comme un poisson dans l’eau. Il faut un petit capital pour appâter la buse. Justement, l’ami Nicky, Nicky Arnstein, son « maître » sur les bateaux à vapeur, qui est cul et chemise avec les boss de la pègre de New-York, vient de faire son beurre en dépouillant les commissionnaires des banques pour 5 millions de dollars de bon échangeables. Pourquoi ne pas donner un coup de main au cher ami Victor, son pote joueur ? Avec 25 000 dollars en poche, Victor peut voguer vers son destin : l’hameçonnage d’un gogo….

Le type s’appelle Tormut Green. Il est banquier. Sa banque, l’American Savings Bank, vient de faire saisir une ferme hypothéquée et complètement délabrée dans la petite ville de Salina, dans le Kansas. 

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Une de ces mauvaises affaires dont personne ne voudrait : le bien est invendable. On n’imagine pas un fermier des environs s’intéresser à cette ruine. Et pourtant, ce matin-là, à l’été 1924, Tormut Green tomberait presque à la renverse de son fauteuil : un drôle de bonhomme, là, devant lui, lui tient d’étranges propos. Il se présente comme le comte Victor Lustig, un réfugié venu d’Europe, à ce qu’il raconte….

A suivre ….